La grande erreur commise par la Hongrie, la Pologne et la Tchéquie c'est leur refus catégorique d'accueillir ne serait-ce qu'un seul réfugié. Ou dans le cas de la Tchéquie de les limiter à douze. Les états membres peuvent toujours exprimer leurs objections et tenter d'obtenir une réduction de l'effort demandé, mais hurler "non" et claquer la porte ne correspond pas à la façon dont on fait des affaires dans l'Union.

L'Autriche aussi est demeurée intraitable longtemps, mais elle est toujours restée à table et a obtenu un compromis. La Hongrie, la Tchéquie, et la Pologne auraient pu faire pareil en exigeant des screenings supplémentaires ou d'autres garanties de sécurité. Elles auraient pu demander d'accueillir les réfugiés uniquement sous le statut de "protection temporaire". On aurait donc également pu négocier sur le nombre de réfugiés. En fin de compte, il s'agit de quelques centaines de personnes, et non des milliers, installées en ce moment en Grèce et en Italie, qui ont besoin d'un nouveau pays. C'est comme si la Belgique se moquait du Pacte de stabilité et de croissance au lieu de négocier les mesures difficiles pour mettre de l'ordre dans le budget.

Pourtant, l'Union européenne n'est pas tout à fait hors de cause. Le plan de répartition européen ne tient pas debout. Quand la crise des réfugiés était à son apogée, en 2015, la Commission européenne a lancé un plan ambitieux en trois phases. Un : un service de surveillance européen des frontières et des côtes. Deux : une procédure d'asile commune pour toute l'Europe. Et trois : un plan de répartition européen. Ces trois phases consécutives devaient remplacer le système de Dublin. Malheureusement, c'était trop ambitieux pour nos dirigeants qui ont torpillé les deux premières phases, mais qui ont approuvé la troisième phase, le plan de répartition. C'était mettre la charrue avant les boeufs.

La troisième phase n'a de sens que si les deux premières sont effectuées: un accueil décent et un enregistrement des réfugiés aux frontières, en faisant la distinction avec les migrants économiques qui peuvent être renvoyés. Cela n'a jamais été fait. On a conclu un accord douteux avec le président turc Recep Tayyip Erdogan qui doit faire la plus grande partie de notre sale boulot. L'Union n'a pas dépassé le stade d'un service de surveillance des frontières et des côtes embryonnaire qui doit se contenter d'un minable budget de 245 millions d'euros. À titre de comparaison : leurs collègues américains dépensent plus de 30 milliards de dollars à la surveillance de leurs frontières extérieures.

C'est bel et bien problématique que beaucoup d'états membres européens - dont la Pologne et la Tchéquie - n'aient pas d'emprise sur les frontières extérieures européennes mal surveillées, alors que nous disposons de la libre circulation de personnes. La majorité des coûts destinés à la surveillance de frontières européenne sont portés par la Grèce et l'Italie, alors que c'est une responsabilité européenne. Celui qui met le pied sur le sol grec se trouve virtuellement à Stockholm.

Nous ne sommes pas seulement une Union d'argent, nous sommes aussi une Union de valeurs

Nous ne pouvons pas diaboliser les états d'Europe de l'Est. Les moyens économiques de ces pays sont toujours nettement moins élevés que ceux des états membres d'Europe du Nord et d'Europe occidentale. En outre, ils sont confrontés à un afflux de migrants et de réfugiés russes et ukrainiens. Mais tout cela ne peut être une excuse pour ne pas fournir d'efforts. L'Union européenne, ce sont des avantages, tels que les fonds structurels, mais aussi des obligations. Si nous convenons tous ensemble qu'il est de notre devoir d'accueillir les réfugiés de zones de guerre, tout état membre doit apporter sa contribution. Ceux qui rejoignent l'Union uniquement pour l'argent n'y ont pas leur place. Nous sommes une Union de valeurs et tous les états membres sont tenus d'entériner les décisions.

C'est surtout dans le cas de la Pologne et de la Hongrie que l'affaire prend des proportions inquiétantes. Elles ont effet déjà une "procédure d'infraction" en cours pour avoir muselé les médias et miné l'indépendance judiciaire. C'est l'énième faux pas délibéré de deux gouvernements conservateurs qui ont fait de l'offense de Bruxelles leur fonds de commerce. Nous ne devons pas accepter ce genre de politique bornée et populiste.

Cependant, nous devons aussi regarder au-delà de la "procédure d'infraction". Cela signifie un développement rapide et décidé du service européen de surveillance des frontières et des côtes afin que nous sachions exactement qui entre en Europe. Il faut également des règles d'asile et de migration uniformes de sorte que les personnes autorisées à entrer bénéficient d'un statut reconnu partout dans l'Union. Ce n'est qu'ainsi que le plan de répartition pour les réfugiés dépassera le traitement des symptômes et deviendra la clé de voûte logique de la politique d'asile européenne.