D'Anatole France à Bob Dylan, du fondateur de la Croix-Rouge à Barack Obama, du découvreur des rayons X à Albert Einstein, 911 hommes et femmes de lettres, chercheurs, médecins, économistes, dirigeants politiques ou organisations ont reçu un prix Nobel à ce jour. Les insignes récompenses ont été instituées par l'inventeur de la dynamite, le Suédois Alfred Nobel, dans cinq disciplines en 1901 (littérature, paix, médecine ou physiologie, physique et chimie) aux fins d'honorer "ceux qui au cours de l'année écoulée auront rendu à l'humanité les plus grands services".

La Banque de Suède a ajouté, à l'occasion de son tricentenaire en 1968, un "prix de sciences économiques en hommage à Alfred Nobel".

Les lauréats 2017 seront connus à partir du 2 octobre avec, comme à l'accoutumée, en point d'orgue de cette saison Nobel, le prix de la paix, le 6, et celui de littérature, le 5 (ou le 12 si les membres de l'Académie suédoise n'ont pas arrêté leur choix le jeudi précédent).

- Gros plan sur le nucléaire? -

Seul Nobel décerné à Oslo, le prix de la paix suscite sans conteste les plus grands espoirs mais aussi les plus vives controverses. Après le président colombien Juan Manuel Santos récompensé en 2016 pour ses efforts de paix dans un pays ravagé par un conflit de plus d'un demi-siècle, 318 personnalités ou organisations ont été proposées cette année.

La question nucléaire domine dans les pronostics sur fond d'escalade entre Washington et Pyongyang après le sixième essai nord-coréen mais aussi d'incertitudes sur l'accord iranien, que le président américain Donald Trump a menacé de "déchirer". Deux acteurs-clés de cet accord, les chefs des diplomaties européenne Federica Mogherini et iranienne Mohammad Javad Zarif, ont les faveurs du directeur de l'Institut de recherche pour la paix d'Oslo (Prio), Henrik Urdal. "Avec la Corée du Nord également en jeu, il est très important de soutenir les initiatives qui prémunissent contre le développement et la prolifération des armes nucléaires", souligne-t-il.

L'identité des candidats est tenue secrète pendant au moins 50 ans, mais leurs parrains (parlementaires et ministres de tous les pays, anciens lauréats, certains professeurs d'université...) peuvent choisir de révéler le nom de leur champion.

Sont ainsi en lice les "Casques blancs" syriens, le médecin congolais Denis Mukwege, le blogueur saoudien emprisonné Raef Badaoui et l'Américain Edward Snowden, qui a révélé l'ampleur de la surveillance électronique par la NSA.

Comme en son temps George W. Bush, Donald Trump, qui échange depuis des semaines menaces et avanies avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, a été proposé par un compatriote dont on ignore l'identité mais qui souhaiterait voir reconnue son "idéologie de paix par la force".

- Le contraire de Bob Dylan? -

Pour le prix de littérature, l'Académie suédoise tient elle aussi secrète la liste des prétendants et il faut donc s'en remettre aux conjectures subjectives des critiques. Reviennent chaque année les noms de Don DeLillo (États-Unis) et Margaret Atwood (Canada), Adonis (France/Liban/Syrie), Haruki Murakami (Japon) et Ngugi Wa Thiong'o (Kenya). On peut ajouter Amos Oz et David Grossmann (Israël), Claudio Magris (Italie), Ismaël Kadaré (Albanie) et Michel Houellebecq (France).

Une chose semble acquise, selon les cénacles littéraires à Stockholm: l'Académie suédoise fera un choix consensuel, classique, pour ne pas dire conservateur, après le couronnement en 2016 de Bob Dylan qui a autant ravi que stupéfié. "Ce qui s'est passé l'an dernier était vraiment particulier. Je crois que cette année nous aurons un romancier ou un essayiste homme, originaire d'Europe. Exactement le contraire de Bob Dylan", pronostique Björn Wiman, directeur des pages culturelles du quotidien de référence Dagens Nyheter. Le Portugais Antonio Lobo Antunes et l'Albanais Ismail Kadaré ont de sérieuses chances, selon lui: "on se dirait +mais bien sûr, ils méritent le prix, il n'y a rien à y redire+".

Chaque prix est doté de 9 millions de couronnes (940.000 euros), à partager entre d'éventuels colauréats, d'une médaille et d'un diplôme. Ils sont très solennellement remis le 10 décembre à Stockholm et à Oslo.

Le testament Nobel

Les prix Nobel sont nés de la volonté du savant et industriel suédois Alfred Nobel (1833-1896) de reverser tous les ans les revenus de son immense fortune à des personnalités pour services rendus à l'humanité.

Le testament d'Alfred Nobel., REUTERS
Le testament d'Alfred Nobel. © REUTERS

L'inventeur de la dynamite avait couché ce souhait dans un testament établi à Paris en 1895, un an avant sa mort. Aux termes de ce testament, quelque 31,5 millions de couronnes suédoises, somme qui équivaudrait à 1,8 milliard de couronnes actuelles (soit environ 188 millions d'euros), ont été affectés comme capital dont les intérêts chaque année devaient être redistribués "à ceux qui au cours de l'année écoulée auront rendu à l'humanité les plus grands services".

Le testament prévoyait que les intérêts du capital placé seraient répartis ainsi: "La première partie sera distribuée à l'auteur de la découverte ou de l'invention la plus importante dans le domaine de la physique; la deuxième à l'auteur de la découverte ou de l'invention la plus importante en chimie; la troisième à l'auteur de la découverte la plus importante en physiologie ou en médecine; la quatrième à l'auteur de l'ouvrage littéraire le plus remarquable d'inspiration idéaliste; la cinquième à la personnalité qui aura le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des congrès pacifistes".

Au regard de la loi, le testament ne désignait pas de légataire pour la fortune elle-même. Si bien qu'à sa lecture, en janvier 1897, il fut vivement contesté par des membres de la famille Nobel.

Alfred Nobel, BELGAIMAGE
Alfred Nobel © BELGAIMAGE

En outre, Alfred Nobel a désigné dans son testament les différents comités qui attribueraient les prix chaque année: Académie suédoise pour la littérature, Karolinska Institutet pour la médecine, Académie royale suédoise des sciences pour la physique et la chimie, et un comité de cinq membres spécialement élus par le Parlement norvégien pour la paix.

Mais le testateur n'a pas expliqué les modalités que devrait observer chaque comité pour remettre les prix dans sa discipline.

Plus de trois ans s'écoulèrent avant que l'affaire ne fût réglée, en nommant comme légataire une Fondation Nobel qui gèrerait le capital des prix Nobel tandis que les divers comités désignés par le testament se chargeaient de l'attribution des prix.

En 1968, à l'occasion de son tricentenaire, la banque centrale de Suède (Riksbank), la plus vieille du monde, institua un prix de sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, en mettant à la disposition de la Fondation Nobel une somme annuelle équivalente au montant des autres prix.

Jusqu'en 1974, il était possible de décerner le prix Nobel de manière posthume. Deux Suédois le reçurent ainsi: en 1931 pour la littérature avec Erik Axel Karlfeldt, et en 1961 pour le prix Nobel de la paix qui récompensa Dag Hammarskjöld.

Aujourd'hui, chaque prix est doté de huit millions de couronnes suédoises (environ 840.000 euros) que se partagent les lauréats s'ils sont plusieurs.

D'Anatole France à Bob Dylan, du fondateur de la Croix-Rouge à Barack Obama, du découvreur des rayons X à Albert Einstein, 911 hommes et femmes de lettres, chercheurs, médecins, économistes, dirigeants politiques ou organisations ont reçu un prix Nobel à ce jour. Les insignes récompenses ont été instituées par l'inventeur de la dynamite, le Suédois Alfred Nobel, dans cinq disciplines en 1901 (littérature, paix, médecine ou physiologie, physique et chimie) aux fins d'honorer "ceux qui au cours de l'année écoulée auront rendu à l'humanité les plus grands services".La Banque de Suède a ajouté, à l'occasion de son tricentenaire en 1968, un "prix de sciences économiques en hommage à Alfred Nobel".Les lauréats 2017 seront connus à partir du 2 octobre avec, comme à l'accoutumée, en point d'orgue de cette saison Nobel, le prix de la paix, le 6, et celui de littérature, le 5 (ou le 12 si les membres de l'Académie suédoise n'ont pas arrêté leur choix le jeudi précédent).- Gros plan sur le nucléaire? -Seul Nobel décerné à Oslo, le prix de la paix suscite sans conteste les plus grands espoirs mais aussi les plus vives controverses. Après le président colombien Juan Manuel Santos récompensé en 2016 pour ses efforts de paix dans un pays ravagé par un conflit de plus d'un demi-siècle, 318 personnalités ou organisations ont été proposées cette année.La question nucléaire domine dans les pronostics sur fond d'escalade entre Washington et Pyongyang après le sixième essai nord-coréen mais aussi d'incertitudes sur l'accord iranien, que le président américain Donald Trump a menacé de "déchirer". Deux acteurs-clés de cet accord, les chefs des diplomaties européenne Federica Mogherini et iranienne Mohammad Javad Zarif, ont les faveurs du directeur de l'Institut de recherche pour la paix d'Oslo (Prio), Henrik Urdal. "Avec la Corée du Nord également en jeu, il est très important de soutenir les initiatives qui prémunissent contre le développement et la prolifération des armes nucléaires", souligne-t-il.L'identité des candidats est tenue secrète pendant au moins 50 ans, mais leurs parrains (parlementaires et ministres de tous les pays, anciens lauréats, certains professeurs d'université...) peuvent choisir de révéler le nom de leur champion.Sont ainsi en lice les "Casques blancs" syriens, le médecin congolais Denis Mukwege, le blogueur saoudien emprisonné Raef Badaoui et l'Américain Edward Snowden, qui a révélé l'ampleur de la surveillance électronique par la NSA.Comme en son temps George W. Bush, Donald Trump, qui échange depuis des semaines menaces et avanies avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, a été proposé par un compatriote dont on ignore l'identité mais qui souhaiterait voir reconnue son "idéologie de paix par la force".- Le contraire de Bob Dylan? -Pour le prix de littérature, l'Académie suédoise tient elle aussi secrète la liste des prétendants et il faut donc s'en remettre aux conjectures subjectives des critiques. Reviennent chaque année les noms de Don DeLillo (États-Unis) et Margaret Atwood (Canada), Adonis (France/Liban/Syrie), Haruki Murakami (Japon) et Ngugi Wa Thiong'o (Kenya). On peut ajouter Amos Oz et David Grossmann (Israël), Claudio Magris (Italie), Ismaël Kadaré (Albanie) et Michel Houellebecq (France).Une chose semble acquise, selon les cénacles littéraires à Stockholm: l'Académie suédoise fera un choix consensuel, classique, pour ne pas dire conservateur, après le couronnement en 2016 de Bob Dylan qui a autant ravi que stupéfié. "Ce qui s'est passé l'an dernier était vraiment particulier. Je crois que cette année nous aurons un romancier ou un essayiste homme, originaire d'Europe. Exactement le contraire de Bob Dylan", pronostique Björn Wiman, directeur des pages culturelles du quotidien de référence Dagens Nyheter. Le Portugais Antonio Lobo Antunes et l'Albanais Ismail Kadaré ont de sérieuses chances, selon lui: "on se dirait +mais bien sûr, ils méritent le prix, il n'y a rien à y redire+".Chaque prix est doté de 9 millions de couronnes (940.000 euros), à partager entre d'éventuels colauréats, d'une médaille et d'un diplôme. Ils sont très solennellement remis le 10 décembre à Stockholm et à Oslo.