"Cela faisait longtemps que je voulais me rendre en Syrie" : pour le Belge Nihad El Heilani, 30 ans, un habitant de Jette qui travaille dans une entreprise de télécoms, il n'était toutefois pas question de faire le djihad au côté de terroristes, mais bien de redécouvrir le pays de ses origines, qu'il n'a plus foulé depuis ses 6 ans. Il est d'origine syrienne par son père, et marocaine par sa mère, et ses deux parents sont musulmans sunnites. "Comme mon père est décédé, mon lien avec la Syrie s'est coupé. Je m'étais juré d'y retourner, d'autant que j'ai l'âme d'un grand voyageur."
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"Cela faisait longtemps que je voulais me rendre en Syrie" : pour le Belge Nihad El Heilani, 30 ans, un habitant de Jette qui travaille dans une entreprise de télécoms, il n'était toutefois pas question de faire le djihad au côté de terroristes, mais bien de redécouvrir le pays de ses origines, qu'il n'a plus foulé depuis ses 6 ans. Il est d'origine syrienne par son père, et marocaine par sa mère, et ses deux parents sont musulmans sunnites. "Comme mon père est décédé, mon lien avec la Syrie s'est coupé. Je m'étais juré d'y retourner, d'autant que j'ai l'âme d'un grand voyageur." La guerre a accéléré la réalisation de son projet. "En 2011, quand le conflit a débuté, j'ai contacté ma famille paternelle. Je me suis rendu compte qu'il y avait un décalage entre les informations à la télé et ce que ma famille me racontait." Lors de l'afflux de réfugiés au parc Maximilien à Bruxelles, Nihad a spontanément proposé ses services après ses heures de bureau : "Si j'habitais encore en Syrie, j'aurais peut-être été forcé de traverser la mer sur un canot, exprime-t-il avec émotion. C'est au parc Maximilien que j'ai rencontré une famille sous une tente, père avocat, femme chirurgien, trois enfants, me déclarant que de pseudo-rebelles les avaient forcés à quitter Idlib. Ce témoignage, et d'autres, m'ont convaincu d'aller voir de mes propres yeux." C'est ainsi que, début mars, cet ancien étudiant de l'Ephec a passé une semaine dans la Syrie contrôlée par le régime, en compagnie d'un groupe de solidarité franco-syrien venu apporter du matériel médical et, au passage, découvrir le pays. "J'ai été fort impressionné par l'entraide entre tous ces gens qui n'ont rien à cause des pénuries et qui donnent tout pour leurs voisins et leur pays, avec le sourire en prime, confie Nihad, qui affirme n'avoir jamais eu peur. Je songe notamment à cette jeune femme qui se démène pour le Croissant rouge et qui n'est même pas rémunérée." Il a pris quantité de photos, surtout des selfies avec en arrière-plan des villes, ravagées ou non, mais aussi de splendides paysages. "Juste le regret de n'avoir pas vu Alep, dont l'accès était périlleux, ni Palmyre", la ville que l'armée syrienne fidèle à Bachar al-Assad vient seulement de libérer de l'emprise de Daech. S'il se dit très sensible à la cause des réfugiés, Nihad n'a pas de mots très tendres pour les rebelles, du moins ceux "qui détruisent mon héritage, y compris le patrimoine chrétien, même si je ne suis pas chrétien. Ce n'est plus une opposition à une dictature, ce sont dix mille groupes qui se bagarrent". Il refuse d'être étiqueté "pro-Bachar" : "Je suis avant tout pro-Syrien. Je veux juste la paix pour mon pays." Il reconnaît qu'il n'y a pas de démocratie en Syrie : "Mais avant la guerre on y vivait bien, les gens n'émigraient pas, les filles allaient en bikini sur la plage... Au Maroc, mon autre pays, on dit qu'on ne peut rien dire sur le roi. Est-ce une dictature ? Qu'est-ce que cela va changer à ma vie de ne pas en parler ?" Quant aux djihadistes venus d'Europe, il avoue son incompréhension : "Ces gens qui parlent de djihad sans être syriens, cela me rend malade, fustige-t-il. Moi, je n'abandonnerais jamais mon pays pour m'embarquer dans une guerre qui n'est pas la mienne et dans un pays qui n'est pas le mien, une guerre qui, en plus, échappe à tout le monde". Il n'en dira pas plus : "Je n'interviens jamais dans les débats et les forums car cela ne m'apporte rien, à part des messages de haine."