"Une commission de médecins (...) a décidé du transfert d'A. Navalny vers une unité hospitalière pour les condamnés qui se trouve sur le territoire de la colonie pénitentiaire n° 3 de la région de Vladimir", a indiqué lundi le service carcéral de cette région dans un communiqué. Celui-ci affirme que l'opposant, en grève de la faim depuis trois semaines, a accepté de prendre "une thérapie vitaminée". L'ONG Amnesty International estime, pour sa part, que ce transfert était "une punition déguisée en traitement médical", car les autorités se préparaient "à le nourrir de force pour casser sa grève de la faim".

"Il est très faible, il a du mal à s'asseoir et à parler", a déclaré aux journalistes son avocate, Olga Mikhaïlova, assurant qu'il "ne reçoit pas d'aide médicale" appropriée dans cet hôpital pour prisonniers tuberculeux et réclamant son "transfert dans un hôpital civil" à Moscou.

Manifestations pour "sauver la vie de Navalny"

Les partisans du dissident âgé de 44 ans ont appelé à des manifestations dans toute la Russie mercredi, jour où Vladimir Poutine délivrera son discours annuel devant les deux chambres du Parlement. Lors de ce moment-phare de la présidence russe, M. Poutine devrait annoncer de nouvelles mesures sociales, à quelques mois des élections législatives de septembre, et rapporter la confrontation entre son pays et l'Occident.

Le ministère russe de l'Intérieur a mis en garde les citoyens contre toute participation à ces manifestations jugées "illégales" en faveur d'Alexeï Navalny. Perturber ce moment serait un crime de lèse-majesté, selon l'exécutif. Les deux principales associations du camp Navalny à savoir le Fonds de lutte contre la corruption et les "QG Navalny" ont été classées comme "extrémistes" et donc interdits par le bureau du procureur.

L'Europe peine à sanctionner la Russie

Les ministres des Affaires étrangères des 27 se sont réunis lundi 19 avril en visioconférence pour discuter des rapports avec la Russie. Les points touchés par le programme étaient : le déploiement de troupes russes aux frontières de l'Ukraine, les expulsions de diplomates russes et tchèques accusés d'espionnage et, précisément, la santé de M. Navalny. "La Russie a la responsabilité majeure sur l'état de Alexeï Navalny", a affirmé le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lors d'une interview à la télévision française. Washington a mis en garde le Kremlin contre des "conséquences si M. Navalny mourait".

En ce qui concerne l'Ukraine, les autorités européennes justifient l'absence de montée dans les punitions contre la Russie par le fait qu'il n'y a pas de preuve avérée en termes d'agressions pour l'instant. Tant la portée des sanctions que la tentative de négociation de la part de l'UE restent faibles jusqu'ici.

"Les démocraties vont continuer à dire qu'il faut dialoguer. Mais en réalité, elles sont très démunies face aux régimes autoritaires. On peut le constater à l'épreuve de cette relation russo-européenne", a affirmé Aude Merlin, professeure en Sciences politiques à l'ULB, spécialiste de la Russie, invitée sur La Première ce matin.

La guerre dans le Donbass (est de l'Ukraine) dure depuis 2014. Depuis son déclenchement, elle a fait plus de 13 000 morts et près de 1,5 million de personnes déplacées. Le conflit perdure avec les séparatistes pro-russes soutenus par Moscou., Reuters
La guerre dans le Donbass (est de l'Ukraine) dure depuis 2014. Depuis son déclenchement, elle a fait plus de 13 000 morts et près de 1,5 million de personnes déplacées. Le conflit perdure avec les séparatistes pro-russes soutenus par Moscou. © Reuters

"Une situation très inquiétante"

"La situation à la frontière ukrainienne est très inquiétante (...) Le risque d'escalade est évident", a déploré lundi le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell. "Plus de 150 000 soldats russes se massent aux frontières ukrainiennes et en Crimée (région ukrainienne dont l'annexion par la Russie n'est pas reconnue comme légale, NDLR)".

De son côté, Moscou justifie l'envoi des soldats à la frontière pour des exercices militaires, mais l'UE craint d'autres intentions. "L'objectif de cette mobilisation de troupes peut être de tester l'administration Biden pour voir comment les États-Unis vont réagir", éclaire la professeure Merlin. Une tension ravivée depuis que Joe Biden a accusé Poutine d'être "un tueur". Washington a déjà envoyé deux navires sur la mer Noire avec le clair message de soutien à l'Ukraine. "Une autre raison peut également être pour renouveler le soutien aux séparatistes du Donbass. Moscou perçoit leur engagement comme une volonté de la part de Kiev de reprendre la guerre".

L'Ukraine craint que le Kremlin ne cherche qu'un prétexte pour l'attaquer. Des experts ukrainiens signalent la récente propagande dans la télévision russe où l'on affirme que l'Ukraine serait en train de préparer "un génocide" contre les séparatistes dans le Dunbass. Un renforcement des militaires serait donc "nécessaire pour apaiser ce génocide" et annexer le Dunbass à la Russie, selon la RT.

Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a informé ses homologues des derniers développements à la frontière lors de la visioconférence de lundi. "L'élément clé est la préparation d'une nouvelle série de sanctions sectorielles. Les sanctions individuelles ne sont plus suffisantes", a-t-il déclaré. Les 27 continueront à soutenir le "format Normandie", les contacts à quatre pays (France, Allemagne, Ukraine, Russie) qui visent à trouver une solution à la guerre dans le Donbass.

Valentina Jaimes

"Une commission de médecins (...) a décidé du transfert d'A. Navalny vers une unité hospitalière pour les condamnés qui se trouve sur le territoire de la colonie pénitentiaire n° 3 de la région de Vladimir", a indiqué lundi le service carcéral de cette région dans un communiqué. Celui-ci affirme que l'opposant, en grève de la faim depuis trois semaines, a accepté de prendre "une thérapie vitaminée". L'ONG Amnesty International estime, pour sa part, que ce transfert était "une punition déguisée en traitement médical", car les autorités se préparaient "à le nourrir de force pour casser sa grève de la faim"."Il est très faible, il a du mal à s'asseoir et à parler", a déclaré aux journalistes son avocate, Olga Mikhaïlova, assurant qu'il "ne reçoit pas d'aide médicale" appropriée dans cet hôpital pour prisonniers tuberculeux et réclamant son "transfert dans un hôpital civil" à Moscou.Manifestations pour "sauver la vie de Navalny" Les partisans du dissident âgé de 44 ans ont appelé à des manifestations dans toute la Russie mercredi, jour où Vladimir Poutine délivrera son discours annuel devant les deux chambres du Parlement. Lors de ce moment-phare de la présidence russe, M. Poutine devrait annoncer de nouvelles mesures sociales, à quelques mois des élections législatives de septembre, et rapporter la confrontation entre son pays et l'Occident. Le ministère russe de l'Intérieur a mis en garde les citoyens contre toute participation à ces manifestations jugées "illégales" en faveur d'Alexeï Navalny. Perturber ce moment serait un crime de lèse-majesté, selon l'exécutif. Les deux principales associations du camp Navalny à savoir le Fonds de lutte contre la corruption et les "QG Navalny" ont été classées comme "extrémistes" et donc interdits par le bureau du procureur.L'Europe peine à sanctionner la RussieLes ministres des Affaires étrangères des 27 se sont réunis lundi 19 avril en visioconférence pour discuter des rapports avec la Russie. Les points touchés par le programme étaient : le déploiement de troupes russes aux frontières de l'Ukraine, les expulsions de diplomates russes et tchèques accusés d'espionnage et, précisément, la santé de M. Navalny. "La Russie a la responsabilité majeure sur l'état de Alexeï Navalny", a affirmé le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lors d'une interview à la télévision française. Washington a mis en garde le Kremlin contre des "conséquences si M. Navalny mourait". En ce qui concerne l'Ukraine, les autorités européennes justifient l'absence de montée dans les punitions contre la Russie par le fait qu'il n'y a pas de preuve avérée en termes d'agressions pour l'instant. Tant la portée des sanctions que la tentative de négociation de la part de l'UE restent faibles jusqu'ici. "Les démocraties vont continuer à dire qu'il faut dialoguer. Mais en réalité, elles sont très démunies face aux régimes autoritaires. On peut le constater à l'épreuve de cette relation russo-européenne", a affirmé Aude Merlin, professeure en Sciences politiques à l'ULB, spécialiste de la Russie, invitée sur La Première ce matin. "Une situation très inquiétante""La situation à la frontière ukrainienne est très inquiétante (...) Le risque d'escalade est évident", a déploré lundi le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell. "Plus de 150 000 soldats russes se massent aux frontières ukrainiennes et en Crimée (région ukrainienne dont l'annexion par la Russie n'est pas reconnue comme légale, NDLR)". De son côté, Moscou justifie l'envoi des soldats à la frontière pour des exercices militaires, mais l'UE craint d'autres intentions. "L'objectif de cette mobilisation de troupes peut être de tester l'administration Biden pour voir comment les États-Unis vont réagir", éclaire la professeure Merlin. Une tension ravivée depuis que Joe Biden a accusé Poutine d'être "un tueur". Washington a déjà envoyé deux navires sur la mer Noire avec le clair message de soutien à l'Ukraine. "Une autre raison peut également être pour renouveler le soutien aux séparatistes du Donbass. Moscou perçoit leur engagement comme une volonté de la part de Kiev de reprendre la guerre".L'Ukraine craint que le Kremlin ne cherche qu'un prétexte pour l'attaquer. Des experts ukrainiens signalent la récente propagande dans la télévision russe où l'on affirme que l'Ukraine serait en train de préparer "un génocide" contre les séparatistes dans le Dunbass. Un renforcement des militaires serait donc "nécessaire pour apaiser ce génocide" et annexer le Dunbass à la Russie, selon la RT. Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a informé ses homologues des derniers développements à la frontière lors de la visioconférence de lundi. "L'élément clé est la préparation d'une nouvelle série de sanctions sectorielles. Les sanctions individuelles ne sont plus suffisantes", a-t-il déclaré. Les 27 continueront à soutenir le "format Normandie", les contacts à quatre pays (France, Allemagne, Ukraine, Russie) qui visent à trouver une solution à la guerre dans le Donbass.Valentina Jaimes