Selon l'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des arrestations, et la police, quelque 600 personnes, dont des journalistes, ont été interpellées lors de cette manifestation non autorisée, qui réclamait l'ouverture des élections locales du 8 septembre aux candidats de l'opposition.

Ces arrestations font suite à une autre action de protestation réprimée le weekend dernier, qui s'est soldée par près de 1.400 arrestations. Du jamais vu depuis le retour en 2012 au Kremlin du président Vladimir Poutine, qui ne commente qu'à de très rares occasions les actions de l'opposition.

Les autorités semblent cette fois déterminées à tuer dans l'oeuf le mouvement de contestation, l'un des plus importants de ces dernières années.

Selon la police, 1.500 personnes ont participé au rassemblement. Selon des journalistes de l'AFP, qui ont assisté à des dizaines d'interpellations, le nombre des manifestants était plus élevé.

La manifestation se déroulait sans leader puisque la quasi totalité des meneurs de la contestation ont été emprisonnés depuis les protestations du weekend dernier.

Dernière opposante d'envergure encore en liberté, Lioubov Sobol, une avocate de 31 ans, a été interpellée quelques minutes avant le début de la manifestation.

"Les autorités font tout ce qu'elles peuvent pour essayer d'intimider l'opposition, pour s'assurer que les gens ne sortent pas dans la rue pour protester pacifiquement", a-t-elle déclaré avant son arrestation. En grève de la faim depuis trois semaines, elle a jusqu'ici échappé à la prison du fait qu'elle a un enfant en bas âge.

- Navalny visé

-

Resserrant l'étau autour du principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, la justice russe a annoncé samedi l'ouverture d'une enquête pour "blanchiment" contre son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption, à l'origine de nombreuses enquêtes sur le train de vie et les combines des élites.

Dans sa dernière enquête diffusée jeudi, M. Navalny a accusé l'adjointe du maire de Moscou Natalia Sergounina d'avoir détourné des milliards de roubles d'argent public dans la gestion du parc immobilier de la mairie.

Absent des dernières manifestations, Alexeï Navalny purge actuellement une peine de 30 jours de prison. Hospitalisé le week-end dernier pour une "grave réaction allergique" avant d'être renvoyé en cellule, il a saisi la justice pour un possible "empoisonnement".

La plupart de ses alliés et des autres meneurs de la contestation ont eux aussi écopé de courtes peines de détention, comme plusieurs candidats de l'opposition refoulés des élections locales de septembre tels qu'Ilia Iachine, Ivan Jdanov et Dmitri Goudkov.

La justice a également inculpé plusieurs personnes dans le cadre d'une enquête pour "troubles massifs", une accusation lourde qui fait planer la menace de peines allant jusqu'à 15 ans de prison.

Cinq d'entre elles, dont des avocats travaillant pour des ONG de défense des droits civiques, ont été placés en détention provisoire vendredi dans l'attente de leurs procès.

- Elections de septembre -

La contestation a démarré après le rejet des candidatures indépendantes aux élections locales du 8 septembre, qui s'annoncent difficiles pour les candidats soutenant le pouvoir dans un contexte de grogne sociale.

Privée de participation à des scrutins plus importants comme la présidentielle, l'opposition s'était fortement mobilisée pour ces élections à Moscou, espérant ainsi avoir son mot à dire dans la gestion de la tentaculaire capitale russe. Si toutes les principales figures de l'opposition libérale ont été refoulées, 233 candidats, dont 62 indépendants, sont en lice pour 45 sièges de députés locaux.

Selon l'opposition, la détermination des autorités à barrer l'entrée de ses candidats au Parlement de Moscou s'explique par le fait qu'ils pourraient découvrir et dénoncer en cas de victoire les nombreux circuits de corruption et de détournement dans la gestion d'une ville au budget annuel faramineux de 38 milliards d'euros.

Après une première manifestation durement réprimée le week-end dernier, les tribunaux russes ont placé 88 personnes en détention provisoire et condamné 332 autres à des amendes. Trois enquêtes pour "violences" à l'encontre de la police ont été lancées, un délit passible de cinq ans de prison.

Deux semaines de manifestations et de répression à Moscou

La Russie, où une nouvelle manifestation de l'opposition a été réprimée samedi à Moscou, est depuis la mi-juillet le théâtre de l'un des mouvements de contestation les plus importants depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012.

- Candidatures invalidées -

Le 17 juillet, la commission électorale de Moscou invalide 57 candidatures indépendantes à l'élection du Parlement municipal, un scrutin prévu en septembre et pour lequel l'opposition est fortement mobilisée.

Parmi les candidats retoqués, des alliés du principal opposant au Kremlin, le blogueur anticorruption Alexeï Navalny, et la quasi-totalité des opposants indépendants. Il leur est reproché des vices de forme ou des irrégularités qu'ils jugent fabriqués de toutes pièces.

- Colère de la rue -

Le 20 juillet, environ 20.000 personnes, dont des figures de l'opposition, se rassemblent dans le centre de Moscou pour une action de protestation autorisée par les autorités, afin de réclamer des élections libres et équitables.

Devant la foule, M. Navalny appelle les autorités à enregistrer tous les candidats avant le samedi suivant, promettant, dans le cas contraire, une nouvelle manifestation devant la mairie.

- Navalny arrêté -

Le 23 juillet, lors d'une rencontre avec les candidats refoulés aux élections, la présidente de la commission électorale, Ella Pamfilova, reconnaît que la situation est "injuste" et promet une nouvelle vérification de leurs candidatures, mais "pas avant la semaine" suivante.

"Le Kremlin pense que nous allons oublier, avoir peur et que nous ne sortirons pas" manifester, tweete Alexeï Navalny, appelant à une nouvelle action de protestation.

Le lendemain, l'opposant annonce, dans une vidéo sur son compte Instagram, avoir été interpellé en bas de chez lui alors qu'il sortait faire un jogging et acheter des fleurs pour l'anniversaire de sa femme. Il est condamné à 30 jours de prison pour "enfreinte répétée aux règles d'organisation des manifestations".

- 1.400 arrestations -

Le 27 juillet, la police russe interpelle, souvent de manière musclée, près de 1.400 protestataires lors d'une manifestation à Moscou, que l'opposition a maintenu sans autorisation.

Il s'agit, selon l'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations, du plus grand nombre d'arrestations depuis le mouvement de contestation de 2012 contre le retour au Kremlin du président Vladimir Poutine, sévèrement réprimé par la police.

- Soupçons d'empoisonnement -

Le 28 juillet, Alexeï Navalny est hospitalisé pour un mal mystérieux. Les autorités évoquent une "grave réaction allergique" tandis que l'opposant, qui est rapidement renvoyé en cellule, n'a pas exclu d'avoir été "empoisonné".

Les services de santé russes affirment ensuite n'avoir détecté "aucune substance toxique" dans l'organisme de l'opposant, qui dit vouloir s'adresser à la justice.

- "Troubles massifs" -

Les autorités font monter la pression d'un cran, le 30 juillet, en ouvrant une enquête pour "organisation de troubles massifs" après la manifestation du 27 juillet, une accusation lourde passible de 15 ans de prison.

Une dizaine de personnes sont arrêtées dans cette affaire, dont cinq ont été placées en détention provisoire vendredi dans l'attente de leurs procès.

Les tribunaux russes placent également 88 personnes en détention provisoire et condamnent 332 autres à des amendes pour participation à la manifestation du 27 juillet. Trois enquêtes pour "violences" à l'encontre de la police sont lancées, un délit passible de cinq ans de prison.

- Enquête pour blanchiment -

Une nouvelle manifestation de l'opposition à Moscou se solde, le samedi 3 août, par l'interpellation d'au moins 311 personnes, dont six journalistes, selon OVD-Info.

Parallèlement, la justice russe annonce l'ouverture d'une enquête pour "blanchiment" contre l'organisation d'Alexeï Navalny, le Fonds de lutte contre la corruption, à l'origine de nombreuses enquêtes sur le train de vie et les combines des élites.