Mercredi également, les quelque 18 millions d'électeurs éliront aussi --pour la première fois-- les 395 députés de la Chambre des représentants et plus de 31.000 élus communaux et régionaux.

Les bureaux de vote ouvrent à 08H00 locales et fermeront à 19H00.

Le chef du gouvernement est issu du parti arrivé en tête du scrutin législatif. Il est nommé par le roi Mohammed VI et chargé de former son exécutif pour un mandat de cinq ans.

Dans ce royaume de 36 millions d'habitants, les décisions et les grandes orientations des secteurs stratégiques restent l'apanage du monarque.

Longtemps cantonné dans l'opposition, le Parti justice et développement (PJD, islamiste modéré), dirigé par le Premier ministre sortant Saad Eddine El Othmani, espère briguer un troisième mandat consécutif à la tête du gouvernement.

Le PJD avait remporté un succès électoral historique après les protestations du "Mouvement du 20 février" --version marocaine du Printemps arabe de 2011-- qui réclamait la fin de "la corruption et du despotisme".

Durant deux semaines, la campagne électorale, marquée par l'absence de grands meetings politiques en raison de la pandémie, a été longtemps atone avant de donner lieu ces derniers jours à une vive confrontation entre le PJD et son rival libéral du Rassemblement national des indépendants (RNI), deux des favoris du scrutin.

Politique intègre

L'ancien chef du gouvernement et ex-secrétaire général du PJD Abdelilah Benkirane, toujours influent, est sorti de sa réserve dimanche pour tancer Aziz Akhannouch, patron du RNI et riche homme d'affaires, dans une vidéo publiée sur Facebook. "La présidence du gouvernement a besoin d'une personnalité politique intègre autour de laquelle il n'y a pas de suspicions", a estimé M. Benkirane.

Ministre de l'Agriculture depuis 2007, M. Akhannouch a rétorqué lundi, dans un média local, que les critiques des islamistes étaient "un aveu d'échec" et "ne visent qu'à semer la zizanie".

Ce dernier, à la tête d'une des plus grosses fortunes du pays et décrit comme un proche du Palais royal, a joué un rôle clé dans la formation du précédent gouvernement, contrôlant des portefeuilles comme l'économie et les finances ou l'industrie.

Aziz Akhannouch, Belga Images
Aziz Akhannouch © Belga Images

En l'absence de sondages d'opinion, les prédictions des médias locaux pointent également les chances du Parti authenticité et modernité (PAM, libéral) et du Parti de l'Istiqlal (centre-droit), tous les deux dans l'opposition.

La campagne, qui a pris fin mardi à minuit, a été entachée par des accusations d'achat de voix.

Si le PJD a dénoncé l'usage "massif" d'argent, sans nommer aucun parti, le numéro un du PAM, Abdellatif Ouahbi, a lui nommément accusé le RNI. Des accusations "rejetées catégoriquement" par le parti incriminé.

En revanche, les relations longtemps conflictuelles entre le PAM, premier parti d'opposition, et les islamistes, se sont récemment apaisées.

Vision claire

C'est la première fois depuis la tenue des premières élections au Maroc en 1960 que la répartition des sièges à la Chambre des représentants sera calculée sur la base du nombre des électeurs inscrits et non des votants. Ce nouveau mode de calcul devrait handicaper les grands partis, au profit des petites formations.

Seul le PJD s'y est opposé, s'estimant "lésé". Car s'il réalise le même score qu'en 2016, le PJD n'obtiendra cette fois, selon les estimations, que 80 à 85 sièges, contre 125 à l'époque. Ce qui compliquerait sa tâche de constituer une nouvelle coalition gouvernementale en cas de victoire.

Le taux de participation, qui avait plafonné à 43% lors du scrutin législatif de 2016, sera d'ailleurs l'un des enjeux des élections. La compétition électorale est caractérisée par l'absence de polarisation bien définie sur les choix politiques.

"Nous voulons des élus ayant une vision claire et non des gens qui gèrent les choses au jour le jour", a déclaré à l'AFP Abdeljalil Skaïti, 43 ans, croisé dans les rues de Rabat à la veille des élections.

Quels que soient les résultats du prochain scrutin, l'ensemble des partis politiques est censé adopter dans le futur une charte découlant du "nouveau modèle de développement", qui préfigure une "nouvelle génération de réformes et de projets", comme l'a promis récemment Mohammed VI.

Un "nouveau modèle de développement" pour réduire les inégalités

Quel que soit le résultat, les élections législatives mercredi au Maroc aboutiront à un nouveau gouvernement qui aura pour priorité de réduire les profondes inégalités qui frappent le royaume, avec comme boussole un "nouveau modèle de développement" prôné par le roi Mohammed VI.

Passé le scrutin, l'ensemble des partis politiques marocains sont censés adopter -- à une date non déterminée -- un "pacte" découlant du "Nouveau modèle de développement" (NMD) conçu et présenté en mai dernier par une commission mandatée par le roi Mohammed VI. Ce projet ambitionne de doubler le PIB à l'horizon 2035.

Il entend répondre à la "crise de confiance" de la population provoquée par le "ralentissement de la croissance économique et l'aggravation des inégalités", selon le rapport officiel sur le NMD qui pointe une "résistance au changement".

Selon le rapport qui s'appuie sur des statistiques officielles, "les 10% de Marocains les plus aisés concentrent encore onze fois plus de richesses que les 10% les plus pauvres".

Dans ce pays de 36 millions d'habitants, la crise sanitaire liée au Covid-19 a aggravé les taux de pauvreté et de vulnérabilité, d'après les données officielles.

Avant le déclenchement de la pandémie, le monarque marocain avait promis, à l'occasion du 20e anniversaire de son règne en 2019, un "nouveau modèle de développement" afin d'édifier un "Maroc où s'estompent les disparités criantes".

Contestation sociale

Ces dernières années, plusieurs mouvements de protestation populaire ont éclaté, le plus notable étant le "Hirak du Rif" qui a agité le nord du Maroc en 2016-2017. Ce mouvement de contestation, qui s'est traduit par des revendications économiques et sociales, a débouché sur des centaines d'arrestations et de condamnations.

Parmi les secteurs clés en proie à de graves carences, figurent la santé et l'éducation.

Le roi a promis de généraliser la couverture médicale pour des millions de personnes d'ici 2025. Beaucoup de Marocains n'ont pas les moyens d'accéder aux soins dans le privé, aux coûts élevés, alors que les prestations du public laissent à désirer.

En ce qui concerne l'éducation, le rapport sur le Nouveau modèle de développement préconise de "replacer l'école publique au coeur du projet de société du Maroc", après avoir souligné les "très faibles performances de l'école marocaine".

Si la baisse du taux de croissance ces dix dernières années, par rapport à la décennie précédente, est imputée au chômage, le rapport relève "les pratiques déloyales des entreprises qui exercent partiellement ou totalement dans l'informel".

S'extirper de ce "piège", passe notamment par l'"accélération de la croissance pour atteindre un rythme moyen annuel supérieur à 6%", afin de "doubler le PIB par habitant à l'horizon 2035".

Toutefois, financer ce NMD est conditionné, entre autres, par "une nette augmentation de la part du secteur privé dans l'investissement", qui ne dépasse pas actuellement 35%, une réforme fiscale "plus efficace" et l'attraction de capitaux étranger.

Mercredi également, les quelque 18 millions d'électeurs éliront aussi --pour la première fois-- les 395 députés de la Chambre des représentants et plus de 31.000 élus communaux et régionaux.Les bureaux de vote ouvrent à 08H00 locales et fermeront à 19H00.Le chef du gouvernement est issu du parti arrivé en tête du scrutin législatif. Il est nommé par le roi Mohammed VI et chargé de former son exécutif pour un mandat de cinq ans.Dans ce royaume de 36 millions d'habitants, les décisions et les grandes orientations des secteurs stratégiques restent l'apanage du monarque.Longtemps cantonné dans l'opposition, le Parti justice et développement (PJD, islamiste modéré), dirigé par le Premier ministre sortant Saad Eddine El Othmani, espère briguer un troisième mandat consécutif à la tête du gouvernement.Le PJD avait remporté un succès électoral historique après les protestations du "Mouvement du 20 février" --version marocaine du Printemps arabe de 2011-- qui réclamait la fin de "la corruption et du despotisme".Durant deux semaines, la campagne électorale, marquée par l'absence de grands meetings politiques en raison de la pandémie, a été longtemps atone avant de donner lieu ces derniers jours à une vive confrontation entre le PJD et son rival libéral du Rassemblement national des indépendants (RNI), deux des favoris du scrutin. L'ancien chef du gouvernement et ex-secrétaire général du PJD Abdelilah Benkirane, toujours influent, est sorti de sa réserve dimanche pour tancer Aziz Akhannouch, patron du RNI et riche homme d'affaires, dans une vidéo publiée sur Facebook. "La présidence du gouvernement a besoin d'une personnalité politique intègre autour de laquelle il n'y a pas de suspicions", a estimé M. Benkirane.Ministre de l'Agriculture depuis 2007, M. Akhannouch a rétorqué lundi, dans un média local, que les critiques des islamistes étaient "un aveu d'échec" et "ne visent qu'à semer la zizanie". Ce dernier, à la tête d'une des plus grosses fortunes du pays et décrit comme un proche du Palais royal, a joué un rôle clé dans la formation du précédent gouvernement, contrôlant des portefeuilles comme l'économie et les finances ou l'industrie.En l'absence de sondages d'opinion, les prédictions des médias locaux pointent également les chances du Parti authenticité et modernité (PAM, libéral) et du Parti de l'Istiqlal (centre-droit), tous les deux dans l'opposition.La campagne, qui a pris fin mardi à minuit, a été entachée par des accusations d'achat de voix.Si le PJD a dénoncé l'usage "massif" d'argent, sans nommer aucun parti, le numéro un du PAM, Abdellatif Ouahbi, a lui nommément accusé le RNI. Des accusations "rejetées catégoriquement" par le parti incriminé. En revanche, les relations longtemps conflictuelles entre le PAM, premier parti d'opposition, et les islamistes, se sont récemment apaisées.C'est la première fois depuis la tenue des premières élections au Maroc en 1960 que la répartition des sièges à la Chambre des représentants sera calculée sur la base du nombre des électeurs inscrits et non des votants. Ce nouveau mode de calcul devrait handicaper les grands partis, au profit des petites formations. Seul le PJD s'y est opposé, s'estimant "lésé". Car s'il réalise le même score qu'en 2016, le PJD n'obtiendra cette fois, selon les estimations, que 80 à 85 sièges, contre 125 à l'époque. Ce qui compliquerait sa tâche de constituer une nouvelle coalition gouvernementale en cas de victoire.Le taux de participation, qui avait plafonné à 43% lors du scrutin législatif de 2016, sera d'ailleurs l'un des enjeux des élections. La compétition électorale est caractérisée par l'absence de polarisation bien définie sur les choix politiques."Nous voulons des élus ayant une vision claire et non des gens qui gèrent les choses au jour le jour", a déclaré à l'AFP Abdeljalil Skaïti, 43 ans, croisé dans les rues de Rabat à la veille des élections.Quels que soient les résultats du prochain scrutin, l'ensemble des partis politiques est censé adopter dans le futur une charte découlant du "nouveau modèle de développement", qui préfigure une "nouvelle génération de réformes et de projets", comme l'a promis récemment Mohammed VI.