La pandémie lui a appris à tourner sept fois sa langue avant de répondre aux questions, lors des conférences de presse de l'OMS données en visioconférence depuis Genève vers le monde entier. Le 8 juin 2020, Maria Van Kerkhove, 43 ans, responsable de la cellule Covid-19 au sein de l' Organisation mondiale de la santé, avait lancé, un peu vite, que les personnes asymptomatiques présentaient peu de risques de transmission du virus. Les réseaux sociaux s'en étaient réjoui. La twittosphère scientifique, elle, s'était enflammée aussi vite qu'un coronavirus, crossant l'épidémiologiste américaine, pourtant réputée pour son sérieux. Le malentendu a été dissipé, mais la docteure Van Kerkhove en est resté blessée. Elle n'a volontairement plus jamais arboré la blouse violette qu'elle portait ce jour-là...
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La pandémie lui a appris à tourner sept fois sa langue avant de répondre aux questions, lors des conférences de presse de l'OMS données en visioconférence depuis Genève vers le monde entier. Le 8 juin 2020, Maria Van Kerkhove, 43 ans, responsable de la cellule Covid-19 au sein de l' Organisation mondiale de la santé, avait lancé, un peu vite, que les personnes asymptomatiques présentaient peu de risques de transmission du virus. Les réseaux sociaux s'en étaient réjoui. La twittosphère scientifique, elle, s'était enflammée aussi vite qu'un coronavirus, crossant l'épidémiologiste américaine, pourtant réputée pour son sérieux. Le malentendu a été dissipé, mais la docteure Van Kerkhove en est resté blessée. Elle n'a volontairement plus jamais arboré la blouse violette qu'elle portait ce jour-là... Hormis ce malheureux épisode, celle dont le visage est devenu familier, aux côtés du boss de l'OMS Tedros Ghebreyesus, affiche un parcours sans faute et une vivacité d'esprit à faire pâlir ses collègues. Bardée de diplômes (dont un master en épidémiologie de la Stanford University School of Medicine et un doctorat sur les maladies infectieuses de la réputée London School of Hygiene & Tropical Medicine), Maria DeJoseph, de son nom de jeune fille, a fait ses armes sur le terrain asiatique, au milieu des années 2000, en remontant, du Cambodge jusqu'à la Chine, les filières de volaille infectée par le virus H5N1, la fameuse grippe aviaire, qui sera le sujet central de sa thèse. Opiniâtre, brillante, elle fera ensuite une recherche post-doctorale et écrira de nombreux articles sur la pandémie de la grippe H1N1, à l'Imperial College of London, sous la direction de Neil Ferguson, grand spécialiste de la modélisation épidémiologiste, dont les prédictions en matière de propagation de la Covid-19 influencent, depuis plus d'un an, tous les grands de ce monde, du président Macron au Prime Minister Boris Johnson. Ferguson fera de Maria, dont il apprécie la capacité de travail et le caractère posé, son agent de liaison avec l'OMS, entre Londres et Genève. En 2015, elle est débauchée par l'Institut Pasteur, à Paris. La célèbre fondation française la charge de mettre sur pied, au sein de son réseau international de trente labos, des équipes de réaction urgente face aux épidémies. Elle n'y restera pas longtemps. Deux ans plus tard, l'OMS, qui l'a repérée, la persuade de revenir à Genève et s'y installer de manière permanente cette fois, pour diriger les travaux de l'organisation sur les coronavirus. Une offre difficile à refuser. Elle y travaille depuis quatre ans. En décembre 2019, sa carrière connaît un tournant inédit. Avec son mari et ses deux jeunes enfants, cette native de l'Etat de New York a rejoint sa soeur jumelle aux Etats-Unis pour fêter Noël. C'est là qu'elle est avertie de l'émergence d'une nouvelle maladie respiratoire propagée par un mystérieux virus apparu à Wuhan, en Chine. Depuis lors, ce virus a tué trois millions de personnes dans le monde. A l'OMS, Maria Van Kerkhove, qui s'est rendue en Chine dès février 2020, est arrivée sous le feu des projecteurs. C'est elle qui, à l'aide de ses mains en perpétuel mouvement, s'expose tous les jours aux questions scientifiques des journalistes. Une mission délicate. L'OMS fait régulièrement l'objet de critiques, notamment pour avoir tardé à qualifier officiellement l'assaut meurtrier du Sars-CoV2 de "pandémie". Elle doit aussi composer avec les égoïsmes nationaux de ses 194 Etats membres, malgré les standards qu'ils ont ratifiés et qui prévoient une réponse concertée face aux pandémies.