Le Premier ministre italien Mario Draghi a aussitôt exprimé sa "satisfaction". Les personnes arrêtées en France, "responsables de très graves crimes de terrorisme, ont laissé une blessure qui est encore ouverte", a-t-il souligné dans un communiqué. "La mémoire de ces actes barbares est encore vive dans la conscience des Italiens".

Emmanuel Macron "a souhaité régler ce sujet. Ces interpellations clôturent totalement ce dossier", s'est félicité la présidence française.

"C'est un moment historique de la relation franco-italienne. Il y a une prise de conscience par la France, après des années d'atermoiements, voire une certaine complaisance, du traumatisme des années de plomb", a ajouté l'Elysée.

La décision d'Emmanuel Macron est le fruit de mois de tractations avec Rome qui a réduit ses demandes d'extradition de 200 personnes à dix. Elle peut ainsi "s'inscrire strictement dans la +doctrine Mitterrand+" (du nom de l'ancien président socialiste François Mitterrand, au pouvoir de 1981 à 1995), datant de 1985 et consistant à n'extrader les ex-brigadistes que pour les crimes de sang, assure l'Elysée.

Faux, a critiqué la Ligue des droits de l'Homme, jugeant "regrettable qu'en violation de toute éthique" le chef de l'Etat "ait décidé de revenir sur les engagements de la République".

"Je n'ai strictement aucun état d'âme", a réagi le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti. "Je suis fier de participer à cette décision qui je l'espère permettra à l'Italie, après 40 ans, de tourner une page de son histoire maculée de sang et de larmes". Entre 1969 et 1980, "362 personnes ont été tuées par ces terroristes et 4.490 blessés", a-t-il souligné.

L'Italie demandait en vain depuis trente ans à la France d'extrader les nombreux activistes d'extrême gauche venus y trouver refuge, dont plusieurs ont été condamnés à perpétuité.

Depuis 1981, seuls deux décrets d'extradition ont été signés, sous Jacques Chirac: celui de Paolo Persichetti, extradé en 2002, et celui de Cesare Battisti en 2004, qui vivait en France depuis 1990 et s'est enfui au Brésil avant d'être arrêté en Bolivie. Sa menace d'extradition avait provoqué une levée de boucliers à gauche et chez des intellectuels.

En 2008, Nicolas Sarkozy avait décidé de ne pas appliquer le décret d'extradition de la brigadiste Marina Petrella, condamnée à perpétuité en Italie, en raison de sa santé très dégradée. Elle fait partie des sept personnes interpellées mercredi. Un autre est âgé de 80 ans.

La justice tiendra compte de leur état de santé au cas par cas, a souligné Paris.

"La France a été touchée par le terrorisme et ne peut que comprendre ce besoin de justice très fort des Italiens. Nous sommes dans un espace judiciaire européen, il est normal que les condamnations soient exécutées", a fait valoir l'Elysée pour qui "la sensibilité de l'opinion publique et du gouvernement aux actes de terrorisme et aux victimes a beaucoup évolué".

"Trahison innommable"

La ministre italienne de la Justice Marta Cartabia avait transmis officiellement "une requête urgente" le 8 avril à Eric Dupond-Moretti, en raison d'un risque de prescription.

Il y a une dizaine de jours, Emmanuel Macron s'est entretenu avec Mario Draghi, qui lui a confirmé l'importance de cette affaire pour Rome.

La justice doit maintenant se prononcer sur leur extradition, au cas par cas. En raison des recours possibles, la décision peut prendre deux ou trois ans, avec une possible incarcération d'ici là.

Ce dossier, longtemps endormi, a resurgi en 2019 lors du retour en Italie de Cesare Battisti, extradé par le Bolivie après près de 40 ans de cavale.

Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini avait alors accusé la France d'abriter depuis des décennies des "assassins ayant tué des innocents". Mercredi, il a dit "apprécier la collaboration de la France".

"Tous les gouvernements de droite et de gauche ont refusé l'expulsion. Avec Macron la France n'a plus de parole", a dénoncé le chef des Insoumis (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon.

"C'est une trahison innommable de la France", "cette opération s'apparente à une mini-rafle", a réagi à l'AFP Me Irène Terrel, avocate de cinq des sept ex-brigadistes.

"Depuis les années 1980, ces gens-là sont sous la protection de la France, ils ont refait leur vie ici depuis 30 ans, sont installés au vu et au su de tous, avec leurs enfants, leurs petits-enfants... et au petit matin, on vient les chercher, 40 ans après les faits ?", s'est-elle indignée.

"C'est un reniement de la parole d'Etat", a aussi déploré Jean-Louis Chalanset, l'avocat d'Enzo Calvitti.

Pour l'historien Marc Lazar, spécialiste de l'Italie, "Emmanuel Macron insiste beaucoup sur les questions de sécurité intérieure parce qu'il est manifestement dans la perspective de la présidentielle de 2022 et étend cette préoccupation sécuritaire à des événements historiques comme les années de plomb".

Le Premier ministre italien Mario Draghi a aussitôt exprimé sa "satisfaction". Les personnes arrêtées en France, "responsables de très graves crimes de terrorisme, ont laissé une blessure qui est encore ouverte", a-t-il souligné dans un communiqué. "La mémoire de ces actes barbares est encore vive dans la conscience des Italiens".Emmanuel Macron "a souhaité régler ce sujet. Ces interpellations clôturent totalement ce dossier", s'est félicité la présidence française. "C'est un moment historique de la relation franco-italienne. Il y a une prise de conscience par la France, après des années d'atermoiements, voire une certaine complaisance, du traumatisme des années de plomb", a ajouté l'Elysée. La décision d'Emmanuel Macron est le fruit de mois de tractations avec Rome qui a réduit ses demandes d'extradition de 200 personnes à dix. Elle peut ainsi "s'inscrire strictement dans la +doctrine Mitterrand+" (du nom de l'ancien président socialiste François Mitterrand, au pouvoir de 1981 à 1995), datant de 1985 et consistant à n'extrader les ex-brigadistes que pour les crimes de sang, assure l'Elysée. Faux, a critiqué la Ligue des droits de l'Homme, jugeant "regrettable qu'en violation de toute éthique" le chef de l'Etat "ait décidé de revenir sur les engagements de la République"."Je n'ai strictement aucun état d'âme", a réagi le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti. "Je suis fier de participer à cette décision qui je l'espère permettra à l'Italie, après 40 ans, de tourner une page de son histoire maculée de sang et de larmes". Entre 1969 et 1980, "362 personnes ont été tuées par ces terroristes et 4.490 blessés", a-t-il souligné.L'Italie demandait en vain depuis trente ans à la France d'extrader les nombreux activistes d'extrême gauche venus y trouver refuge, dont plusieurs ont été condamnés à perpétuité.Depuis 1981, seuls deux décrets d'extradition ont été signés, sous Jacques Chirac: celui de Paolo Persichetti, extradé en 2002, et celui de Cesare Battisti en 2004, qui vivait en France depuis 1990 et s'est enfui au Brésil avant d'être arrêté en Bolivie. Sa menace d'extradition avait provoqué une levée de boucliers à gauche et chez des intellectuels. En 2008, Nicolas Sarkozy avait décidé de ne pas appliquer le décret d'extradition de la brigadiste Marina Petrella, condamnée à perpétuité en Italie, en raison de sa santé très dégradée. Elle fait partie des sept personnes interpellées mercredi. Un autre est âgé de 80 ans. La justice tiendra compte de leur état de santé au cas par cas, a souligné Paris. "La France a été touchée par le terrorisme et ne peut que comprendre ce besoin de justice très fort des Italiens. Nous sommes dans un espace judiciaire européen, il est normal que les condamnations soient exécutées", a fait valoir l'Elysée pour qui "la sensibilité de l'opinion publique et du gouvernement aux actes de terrorisme et aux victimes a beaucoup évolué". La ministre italienne de la Justice Marta Cartabia avait transmis officiellement "une requête urgente" le 8 avril à Eric Dupond-Moretti, en raison d'un risque de prescription.Il y a une dizaine de jours, Emmanuel Macron s'est entretenu avec Mario Draghi, qui lui a confirmé l'importance de cette affaire pour Rome.La justice doit maintenant se prononcer sur leur extradition, au cas par cas. En raison des recours possibles, la décision peut prendre deux ou trois ans, avec une possible incarcération d'ici là.Ce dossier, longtemps endormi, a resurgi en 2019 lors du retour en Italie de Cesare Battisti, extradé par le Bolivie après près de 40 ans de cavale.Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini avait alors accusé la France d'abriter depuis des décennies des "assassins ayant tué des innocents". Mercredi, il a dit "apprécier la collaboration de la France"."Tous les gouvernements de droite et de gauche ont refusé l'expulsion. Avec Macron la France n'a plus de parole", a dénoncé le chef des Insoumis (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon."C'est une trahison innommable de la France", "cette opération s'apparente à une mini-rafle", a réagi à l'AFP Me Irène Terrel, avocate de cinq des sept ex-brigadistes. "Depuis les années 1980, ces gens-là sont sous la protection de la France, ils ont refait leur vie ici depuis 30 ans, sont installés au vu et au su de tous, avec leurs enfants, leurs petits-enfants... et au petit matin, on vient les chercher, 40 ans après les faits ?", s'est-elle indignée. "C'est un reniement de la parole d'Etat", a aussi déploré Jean-Louis Chalanset, l'avocat d'Enzo Calvitti.Pour l'historien Marc Lazar, spécialiste de l'Italie, "Emmanuel Macron insiste beaucoup sur les questions de sécurité intérieure parce qu'il est manifestement dans la perspective de la présidentielle de 2022 et étend cette préoccupation sécuritaire à des événements historiques comme les années de plomb".