En quatre séjours de mai 2018 à février 2020 - deux mois au total - on a pu confirmer des présomptions sur le Japon, au-delà de la langue, des codes, des exotismes apparents. La surface visible de cette société de 127 millions d'insulaires - rassurante, propre, organisée - n'est forcément que la pointe d'un iceberg complexe et multiple, secoué de convulsions sociales, économiques et m...

En quatre séjours de mai 2018 à février 2020 - deux mois au total - on a pu confirmer des présomptions sur le Japon, au-delà de la langue, des codes, des exotismes apparents. La surface visible de cette société de 127 millions d'insulaires - rassurante, propre, organisée - n'est forcément que la pointe d'un iceberg complexe et multiple, secoué de convulsions sociales, économiques et morales. Le tsunami de 2011 n'était peut-être qu'une brutale métaphore de ce qui constitue le corps vibrant d'un archipel de 6 852 îles. Le principe de ces photographies est simple: saisir des visages et des silhouettes, des attitudes individuelles ou pas, dans des endroits publics. Rues, métros, magasins, surtout en zones urbaines dans le triangle Tokyo-Osaka-Kyoto, avec une échappée vers le nord de l'archipel, cette île d'Hokkaido hors norme, proche d'une pointe de Sibérie, illustrée par un pêcheur isolé dans un lac. De surface, puisque confronté à la normalisation collective, ce qui se veut conforme à l'idéologie nippone - le nous plutôt que le je - apparaît un territoire de résistance à la simplification. Ne fût-ce que via un underground incarné par les yakuzas/gangsters, les bozozukas -gangs de motards aux engins customisés - ou plus pacifiquement, la culture du déguisement des teenagers dans d'improbables tenues rétro-kitsch. Avec cette particularité liée aux gens photographiés: aucune expression d'hostilité. Comme si les sujets saisis par l'objectif acceptaient d'être totalement absorbés dans l'océan d'images qu'est déjà l'archipel. Dans un réel où la tradition d'élégance et d'esthétique dépouillée n'est jamais loin de l'hystérie de pubs, de télévisions et d'écrans de rue, aux couleurs criardes insensées.