Au cours des quatre mois où Donald Trump était président ou président élu, James Comey s'est entretenu neuf fois en privé avec lui. Trois fois personnellement, et six fois au téléphone. À titre de comparaison : en trois ans, Comey a parlé deux fois au président Obama. En outre, il est frappant qu'après sa première rencontre avec Trump, le 6 janvier de cette année, Comey indique éprouver le sentiment de devoir mettre la rencontre par écrit. Dès qu'il a quitté la Trump Tower, il a ouvert son ordinateur portable pour faire un rapport aussi détaillé que possible. Il a fait pareil pour les autres entretiens. Les mémos ont été partagés avec le sommet du FBI. À titre de comparaison: Comey n'a jamais fait de rapport de ses entretiens avec Obama.
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Au cours des quatre mois où Donald Trump était président ou président élu, James Comey s'est entretenu neuf fois en privé avec lui. Trois fois personnellement, et six fois au téléphone. À titre de comparaison : en trois ans, Comey a parlé deux fois au président Obama. En outre, il est frappant qu'après sa première rencontre avec Trump, le 6 janvier de cette année, Comey indique éprouver le sentiment de devoir mettre la rencontre par écrit. Dès qu'il a quitté la Trump Tower, il a ouvert son ordinateur portable pour faire un rapport aussi détaillé que possible. Il a fait pareil pour les autres entretiens. Les mémos ont été partagés avec le sommet du FBI. À titre de comparaison: Comey n'a jamais fait de rapport de ses entretiens avec Obama. Le dîner Les cinq entretiens de Comey sont décrits en détail dans sa déclaration. Le 17 janvier par exemple, Comey a été invité à un dîner à la Maison-Blanche. Seuls Trump et Comey étaient présents au dîner, ce qui est très inhabituel. Lors du dîner Trump a demandé à Comey s'il souhaitait conserver son poste de directeur du FBI. Cette question a étonné Comey, parce qu'il avait indiqué plusieurs fois vouloir terminer son mandat de dix ans (jusqu'en 2023). "Mon instinct me disait que l'entretien individuel, et l'apparence que c'était la première fois que nous parlions de ma position, signifiait que le dîner, en tout cas en partie, était une tentative de créer une espèce de relation de patronat." D'après Comey, Trump aurait dit ensuite: "J'ai besoin de loyauté, j'attends de la loyauté". "Je n'ai pas bougé, je n'ai pas parlé, et je n'ai pas changé d'expression pendant le silence inconfortable qui a suivi. Nous nous sommes regardés en silence", écrit Comey. Ensuite, la conversation a changé de sujet, mais en partant Trump a réitéré sa demande de loyauté, écrit Comey. Celui-ci aurait alors répondu qu'il serait toujours honnête envers le président, qui a alors répliqué : "C'est ce que je souhaite, une loyauté honnête." Comey n'a plus abordé le sujet, et écrit qu'il sait que son interprétation de la loyauté honnête est peut-être différente, mais que c'était une façon de mettre fin à l'entretien. La requête Le 14 février, un jour après que le conseiller en sécurité Michael Flynn ait été obligé de démissionner, il y a eu un briefing dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche. D'après la description détaillée de Comey, tant le ministre de la Justice Jeff Sessions (responsable du FBI et donc le patron de Comey) que Jared Kushner ont voulu rester, mais Trump leur a demandé de le laisser seul avec Comey. Ensuite Trump a dit que Flynn était quelqu'un de bien et qu'il n'avait rien fait de mal. Flynn avait dû démissionner parce qu'il avait mal renseigné le vice-président, mais c'est tout. Le président a dit aussi qu'il s'inquiétait de fuites d'informations secrètes venant de la Maison-Blanche, un souci que Comey dit partager. Ensuite, Trump est revenu sur Flynn et a dit : "C'est un type bien, qui ne l'a pas eu facile. J'espère que vous pourrez laisser tomber." Comey dit avoir répondu uniquement "C'est un type bien", et non qu'il laisserait tomber l'enquête. Comey déclare qu'après il s'est levé et qu'il a quitté la pièce. Comey s'est fort inquiété de cette requête, bien que dans sa déclaration il ne se prononce pas sur le fait que Trump ait tenté délibérément d'entraver l'enquête sur les liens avec la Russie. Il a toutefois écrit un mémo détaillé qu'il a partagé avec a direction du FBI. Il s'est également entretenu avec Sessions, son patron. Comey n'a pas parlé à Sessions de la requête de Trump de cesser l'enquête sur Flynn. Il écrit : "Nous nous attendions (la direction du FBI avec qui il s'est concerté, NLDR) qu'il (Sessions, NLDR) invoque son droit de refuser de témoigner sur toutes les affaires liées à la Russie, ce qui s'est produit deux semaines plus tard."C'est frappant: la direction du FBI n'a pas indiqué à son chef, le ministre de la Justice Jeff Sessions que Trump a demandé de suspendre une partie primordiale de l'enquête du FBI sur l'ingérence russe. Leur enquête a révélé qu'ils savaient déjà que Sessions avait été en contact avec les Russes et que cela pouvait lui poser problème. Cependant, le FBI partait manifestement aussi du principe que Session serait loyal envers Trump. Jeudi, le Sénat ne manquera pas de poser des questions. Non seulement pourquoi Comey n'a rien demandé à Session, mais aussi pourquoi Comey pense que Trump lui a demandé de suspendre l'enquête sur Flynn. Il faut se demander pourquoi Trump voulait tant que cette partie de l'enquête soit suspendue ? S'agit-il de loyauté pure envers Flynn, ou Trump a-t-il quelque chose à cacher ? Les sénateurs pourraient poser cette question à Comey, mais il est bien possible que Comey n'y réponde pas et qu'il se tienne aux faits de ses rencontres avec Trump. L'entretien téléphonique Le 30 mars et le 11 avril, Comey a eu un entretien téléphonique avec le président. Le premier entretien a eu lieu quand Trump a appelé Comey pour lui parler de l'enquête sur la Russie. D'après Trump, l'enquête était un "nuage" qui limitait sérieusement les possibilités de Trump de faire son boulot. Trump a demandé à Comey s'il ne pouvait pas révéler que lui-même ne faisait pas l'objet d'une enquête. Comey a confirmé une nouvelle fois à Trump que sa personne ne faisait pas l'objet d'une enquête, mais a hésité à le révéler. Le 11 avril, Trump a une nouvelle fois téléphoné à Comey en lui demandant de révéler que Trump ne faisait pas l'objet d'une enquête. Quand Comey a répondu, Trump a dit : "Car j'ai été très loyal envers vous, très loyal : nous avions cette chose, vous savez bien." Comey écrit qu'il ignore ce que Trump entendait par là, mais il est certain que le Sénat le mettra sur la sellette à propos de ce sujet. Y avait-il plus d'enjeux entre Trump et Comey que ne le révèle cette déclaration ? Reste à voir ce que Comey répondra aux questions des sénateurs. On s'attend à ce qu'il ne se montre pas subjectif, ni qu'il ne laisse transparaître sa propre opinion, et qu'il se tiendra à ce qu'il a écrit dans sa déclaration et ses mémos, parce qu'il ne veut pas entraver l'enquête du procureur spécial Robert Mueller (son prédécesseur au FBI). Trump a indiqué mercredi qu'il était content de la déclaration qui selon lui confirme ce qu'il a toujours dit : que le FBI ne mène pas d'enquête sur lui et qu'il est innocent. Obstruction de la justice? Reste à voir si les interventions de Trump jugées "inquiétantes", "étranges" et "inappropriées" comportent également l'obstruction de la justice. D'après la chaîne américaine CNN qui donne la parole à certains d'entre eux, les experts ne s'accordent pas sur ce sujet.L'analyste juridique de CNN Jeffrey Toobin n'a quant à lui aucun doute. "Il y a une enquête pénale en cours sur l'ancien conseiller de la sécurité nationale, l'un des fonctionnaires les plus hauts placés du gouvernement, et le président demande au directeur du FBI de suspendre l'enquête. Si ce n'est pas de l'obstruction de la justice, alors je ne sais pas ce que c'est."