"Vive le peuple", "Liberté, dignité, justice sociale", "Libérez les prisonniers". Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblé ce dimanche à Rabat pour une marche qui se voulait "nationale" de "solidarité" avec le Rif et "contre la hogra" (l'injustice).

Les autorités marocaines ont mené il y a deux semaines une vague d'arrestations. 86 personnes ont été arrêtées jusqu'à présent et présentées à la justice. Elles sont notamment accusées "d'atteinte à la sécurité intérieure".

Plusieurs organisations ont appelé à ce rassemblement de soutien. Elles exigent la libération de Nasser Zefzafi, le chômeur de 39 ans à la tête du mouvement de contestation populaire al hirak, qui secoue la région du Rif depuis sept mois. Les islamistes de Justice et bienfaisance étaient présents en force dans le cortège, les femmes déambulant d'un côté, les hommes de l'autre. Il s'agit d'un mouvement islamiste toléré par les autorités marocaines. Plusieurs partis de gauche étaient également présents, ainsi que le Mouvement du 20 février. Porteurs des manifestations qui avaient secoué le Maroc lors des révolutions des printemps arabes en 2011. Le père de Nasser Zefzafi ainsi que d'autres familles de détenus ont pris un moment la tête de la manifestation.

La manifestation a commencé vers midi et s'est terminée deux heures plus tard sans incidents majeurs. Un journaliste de l'AFP a rapporté que le cortège s'étendait sur près d'un kilomètre, de la place Bab el-Had à l'avenue Mohamed VI, principale artère de la capitale. Une source au ministère de l'Intérieur a fait état de 12.000 à 15.000 participants, alors que des journalistes marocains indépendants ont estimé la participation à "plusieurs dizaines de milliers" de personnes. La marche a duré 2 heures, et s'est déroulée sans incident. La plupart des manifestants étaient disciplinés et marchaient en rang.

La manifestation "pro-hirak" de ce dimanche est la première d'une telle ampleur à s'être déroulé en dehors de la province. Elle intervient alors que la mobilisation dans le Rif ne faiblit pas, et que la fermeté affichée par l'exécutif est contestée par la classe politique.

Pendant ce temps, à Al-Hoceima

Dix associations marocaines des droits de l'homme ont lancé la semaine dernière une tentative de médiation entre les représentants de l'autorité et les membres d'Hirak. Elles prévoient d'envoyer cette semaine une lettre à trois ministres marocains, exigeant la libération des militants arrêtés à Al Hoceima.

En attendant, les manifestations se poursuivent depuis quinze jours à un rythme quotidien à Al-Hoceïma et Imzouren. Elles ont lieu de nuit pour cause de Ramadan, et se déroulent la plupart du temps sans incident, mais parfois dans un climat de vive tension alors que la police, omniprésente, tente de prévenir tout rassemblement.

Ces protestations ont été déclenchées par la mort tragique d'un poissonnier en octobre dernier. Quelques policiers avaient voulu saisir dix espadons d'un pêcheur, pêchés illégalement. Celui-ci a refusé, et les agents ont jeté les poissons dans une benne à ordures. L'homme a sauté dans la benne pour les récupérer, causant sa mort.

Ces évènements ont suscité une vive indignation dans la région du Rif, indignation qui a mené à la création d'hirak, le mouvement populaire qui revendique depuis sept mois le développement du Rif, une région historiquement frondeuse et géographiquement enclavée qu'il juge "marginalisée".

Un militant exprimait en ces termes la situation sur une place dans le centre d'Al Hoceima : "Demandez autour de vous, personne ne travaille ici. Rabat se porte bien, Casablanca se porte bien, mais nous, nous n'avons rien, Al-Hoceïma est pauvre, et nous sommes discriminés."