Surgissant dans une Grèce en plein chaos, terrassée par la crise de la dette et la cure d'austérité imposée par ses créanciers, le jeune leader de gauche radicale avait créé l'espoir, en janvier 2015, chez un peuple abasourdi par les faillites et les plans sociaux en série.

Mais après quatre années de gouvernance du plus jeune Premier ministre grec en 150 ans, les électeurs ne lui pardonnent, selon les analystes, ni ses promesses non tenues ni ses ponctions fiscales draconiennes dictées par l'UE pour écarter le "Grexit".

Après l'avoir réélu en septembre 2015, les Grecs feront cette fois le choix de l'alternance, prédisent unanimement les sondages qui donnent une victoire sans appel au parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND) dirigé par Kyriakos Mitsotakis.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 locale (04h00 GMT) et le seront jusqu'à 19h00 (16h00 GMT) pour les 10 millions d'électeurs.

Selon les dernières enquêtes d'opinion, la formation de droite devrait obtenir 151 à 165 sièges sur les 300 que compte la Vouli, le parlement grec. Syriza serait alors renvoyé dans les rangs de l'opposition, avec 70 à 82 sièges.

Sonné par un échec cinglant aux élections européennes et locales, fin mai et début juin, Alexis Tsipras, dont le mandat s'achevait théoriquement en octobre, a tenté un coup de poker risqué en convoquant lui-même ces élections anticipées au début de l'été, espérant inverser la vague de mécontentement.

Le pari perdu ?

Mais si les sondages disent vrai, M. Tsipras, habitué à remettre en jeu sa majorité, pourrait bien perdre cette fois son pari.

Sur ses affiches électorales, le Premier ministre, le bras levé, en manches de chemise, semble d'ailleurs dire un dernier au revoir, en proclamant: "Maintenant, décidons de nos vies".

Dans une opération séduction de la dernière chance, vendredi soir, M. Tsipras a agité le risque de retour "aux heures sombres de l'austérité". Et dimanche matin, il tweetait : "Les urnes sont encore vides, tout est possible".

Trois ans après avoir pris les rênes du parti conservateur, Kyriakos Mitsotakis, perçu comme un réformateur, proche des milieux d'affaires, a promis de "relancer l'économie" et de "laisser la crise derrière nous".

L'élection de ce fils d'ancien Premier ministre, descendant d'une grande dynastie politique, signerait le retour de la "familiocratie" au gouvernement grec, une tradition qu'Alexis Tsipras avait interrompue en accédant au pouvoir à l'âge de 40 ans.

Mais pour Christos Maravlis, encore indécis, "le vote pour la Nouvelle Démocratie est plus un vote pour punir Syriza d'avoir trahi le peuple grec".

"Tsipras a promis trop de choses et a échoué à accomplir ses promesses", a renchéri Ifigenia Dimitriadou, qui votera ND.

Mais beaucoup étaient désabusés. "Je n'attend aucune amélioration. Au contraire, si ND gagne, je pense que les lois sur le travail empireront", a déclaré à l'AFP Alkimi, une employée du secteur privé.

"Tout le temps d'aller à la plage"

Reste à savoir avec quel entrain les Grecs vont voter sous la torpeur estivale, et quelle majorité ils décideront d'attribuer à la droite.

"Demain, il y aura probablement du soleil. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il y aura des élections: viens voter", tweete Nouvelle Démocratie, dans une tentative de creuser l'écart.

"Vous aurez tout le temps d'aller à la plage, et ensuite d'aller voter", a également lancé le chef de file des conservateurs à la radio, martelant partout qu'il lui faudra "une majorité forte pour un gouvernement fort".

Le journal conservateur Proto Thema fait sa Une samedi avec une caricature montrant un baigneur alangui sur un matelas pneumatique, avec le message: "Profite bien de tes vacances et laisse donc les autres décider si tu pourras repartir en vacances".

Les Grecs auront voté trois fois en un mois et demi, après les européennes et les élections locales. La participation, déjà en berne pour les municipales de juin, sera décisive dimanche.

Si l'écart est serré dans un contexte de forte bipolarisation, ND devra se construire une coalition pour gouverner, sans doute avec le Mouvement pour le changement KINAL, né sur les cendres du parti socialiste PASOK, la réplique de l'alliance qui avait conduit la Grèce dans l'impasse avant l'arrivée de Syriza.