B onne nouvelle en provenance d'un paradis terrestre (pour touristes), devenu un enfer (pour la population locale) : Abdulla Yameen, l'homme qui, depuis cinq ans, faisait régner la terreur aux îles Maldives, archipel réputé pour ses plages de carte postale, a reconnu publiquement sa défaite à la présidentielle du 23 septembre dernier. Il devrait quitter son poste le 17 novembre, au terme de son mandat. Sa décision d'accepter le verdict des urnes est une énorme surprise, tout comme la victoire du candidat de la coalition d'opposition, Ibrahim Mohamed Solih, dont les médias n'avaient osé couvrir la campagne électorale par peu...

B onne nouvelle en provenance d'un paradis terrestre (pour touristes), devenu un enfer (pour la population locale) : Abdulla Yameen, l'homme qui, depuis cinq ans, faisait régner la terreur aux îles Maldives, archipel réputé pour ses plages de carte postale, a reconnu publiquement sa défaite à la présidentielle du 23 septembre dernier. Il devrait quitter son poste le 17 novembre, au terme de son mandat. Sa décision d'accepter le verdict des urnes est une énorme surprise, tout comme la victoire du candidat de la coalition d'opposition, Ibrahim Mohamed Solih, dont les médias n'avaient osé couvrir la campagne électorale par peur de représailles. Avant le vote, l'opposition et les observateurs internationaux craignaient que le président sortant ne " vole " le scrutin. Et pour cause : Abdulla Yameen, que la Chine a soutenu sans sourciller, a réprimé crescendo toute dissidence et muselé la société civile. Il a déclaré deux fois l'état d'urgence, a embastillé ou contraint à l'exil la plupart de ses opposants, a fait arrêter deux juges de la Cour suprême. Le tyranneau a même jeté en tôle son demi-frère, l'ex-autocrate Maumoon Abdul Gayoom, qui avait rejoint l'année dernière les rangs de l'opposition. Il a été libéré peu après le scrutin. Les Européens et autres étrangers que l'on débarque à la pelle aux Maldives et que l'on conduit directement dans leurs hôtels de luxe ne se sont guère formalisés des effets de cette féroce répression. Ils sont là pour passer des vacances de rêve, pas pour se préoccuper des infortunés habitants privés de tout espace démocratique et soumis aux caprices violents et arbitraires de leur président. Savent-ils seulement qu'Abdulla Yameen a fait appliquer dans son pays la charia avec une rigueur toute islamiste ? Les relations sexuelles hors mariage sont punies par le fouet ou la lapidation. Le vol et la consommation d'alcool font partie des infractions qui peuvent conduire à la peine capitale, prévue pour tout Maldivien âgé de plus de 7 ans ! Détail touchant et délicat : si le condamné est mineur, il sera emprisonné jusqu'à sa majorité et exécuté ensuite. Les femmes adultères encourent la lapidation, y compris en cas de viol. Une jeune femme a été récemment fouettée en public pour avoir été victime d'un viol collectif ! Sous toutes les latitudes, les tyrannies font bon ménage avec l'absurde. Heureusement, il y a des lueurs d'espoir, et pas seulement aux Maldives. Le 21 novembre 2017, Robert Mugabe, caricature de despote africain, a été contraint de démissionner, à 93 ans, poussé vers la porte de sortie par l'armée. Omniprésent dans la vie du Zimbabwe pendant près de quarante ans, on le disait indéboulonnable. L'indécent vieillard a néanmoins réussi à négocier son départ à coups de millions de dollars, pour lui et son épouse. " Camarade Bob " semblait pourtant des plus légitimes pour mener la reconstruction de l'ex-Rhodésie après le chute du régime d'apartheid. Las, le pouvoir rend fou et le pouvoir absolu rend absolument fou. Depuis son remplacement par Emmerson Mnangagwa, l'arbitraire et la répression ont diminué. L'avenir dira si c'est l'ouverture qui l'emporte... ou la matraque.