Des dirigeants occidentaux ont cru, à une certaine époque, que promouvoir le libéralisme économique en Chine conduirait mécaniquement à une démocratisation politique. Nous en sommes revenus. Sans démocratie mais avec un capitalisme d'Etat, la Chine s' érige désormais en alternative à la toute- puissance des Etats-Unis. Et, en plus, elle fait des émules.
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Des dirigeants occidentaux ont cru, à une certaine époque, que promouvoir le libéralisme économique en Chine conduirait mécaniquement à une démocratisation politique. Nous en sommes revenus. Sans démocratie mais avec un capitalisme d'Etat, la Chine s' érige désormais en alternative à la toute- puissance des Etats-Unis. Et, en plus, elle fait des émules. Pierre-Yves Hénin, professeur à l'université Paris 1, et Ahmet Insel, économiste et éditeur, décrivent brillamment ce courant et ses dangers dans Le National-capitalisme autoritaire: une menace pour la démocratie (1). "Capitalisme libéral et modèle démocratique occidental se sont trouvés confrontés simultanément à une double mise en cause, interne et externe: d'une part, l'exemple du système chinois conciliant efficacité économique et autoritarisme politique a apporté une légitimation à divers régimes non démocratiques ; de l'autre, des pays bien engagés dans une transition démocratique sont revenus à des pratiques autoritaires, sans pour autant remettre en cause leur adhésion au capitalisme." Le capitalisme autoritaire s'appuie sur des mécanismes "visant à faire dépendre les acteurs privés de l'Etat, à réduire le pluralisme économique pour aligner les intérêts de l'élite économique sur ceux de l'élite gouvernementale et à placer l'Etat au service de cette dernière, au besoin par l'appropriation autoritaire du capital". Sur ce positionnement économique se greffe aussi une référence nationale forte qui "renvoie souvent à un projet de refondation de la civilisation et à la promesse de renouer avec une grandeur perdue, parant ainsi les politiques adoptées d'un caractère indigène, authentique". Chine, Inde, Russie, Turquie, Vietnam, Malaisie, Singapour, Hongrie... ont adopté peu ou prou ce "modèle", ce qui contribue à le profiler comme une menace pour les démocraties libérales. Aux yeux de Pierre-Yves Hénin et Ahmet Insel, celles-ci sont mises au défi, pour ne pas y succomber, de répondre à deux exigences: "Accroître leur attractivité politique en reconstruisant un équilibre social interne miné par la dérive des inégalités et le processus de déclassement et, en même temps, satisfaire à de sévères contraintes de compétitivité."Mais l' évaluation de la menace d'un pays comme la Chine dépend de l' endroit où l'on se place. Evidente pour les Américains, elle l'est moins pour les pays du Sud, rappelle Cédric Leterme, docteur en sciences politiques et sociales, en introduction de l'ouvrage collectif qu'il a coordonné, Chine: l'autre superpuissance (2): "D'abord parce que le "monde libre" est surtout celui de l'hégémonie américaine et que celle-ci est plutôt synonyme d'interventions militaires, de néocolonialisme et d'hypocrisie pour beaucoup de pays. [...] Ensuite, parce que [...] la Chine partage un héritage commun avec le Sud, à la fois comme victime de l'impérialisme et du colonialisme et comme acteur majeur du tiers-mondisme." Mais cette communauté de destin n'est-elle pas illusoire dès lors que, comme l' indique Au Loong-Yu, militant hongkongais du mouvement ouvrier, la Chine, devenue une composante du néolibéralisme mondial, est une puissance expansionniste, qui n'est pas disposée à être un partenaire de second ordre des Etats-Unis?