L'armée à à ce stade ordonné cinq coupures temporaires d'internet depuis le 1er février, le jour du coup d'Etat au cours duquel Aung San Suu Kyi a été arrêtée.

La Birmanie a subi une "coupure presque totale d'internet pour la troisième nuit consécutive", la plongeant dans un blackout de l'information, a encore annoncé mercredi matin l'ONG NetBlocks, basée à Londres, qui surveille les coupures d'internet dans le monde. La connectivité à internet était alors inférieure à 20% de son niveau normal.

Plusieurs réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter sont désormais inaccessibles, alors qu'une campagne en ligne contre le coup d'Etat était en train d'y monter en puissance.

Pour Myo Naing, 46 ans, ce blackout ravive les souvenirs douloureux de la vie sous la junte avant Internet.

"Les gens devaient se retrouver dans les rues pour partager les informations", raconte à l'AFP cet employé d'une agence de location de voitures.

Il a fallu attendre 2013 pour que la Birmanie bénéficie d'un bon accès internet, avec l'arrivée de grands opérateurs étrangers.

- Pourquoi couper Internet? -

La réponse n'est pas claire.

Une des explications possibles serait que le régime en profite pour analyser les données afin de cibler les arrestations, avance auprès de l'AFP l'expert australien en cybersécurité Damien Manuel, de l'université australienne Deakin.

Mais son confrère Matt Warren de la RMIT University de Melbourne estime que la junte pourrait vouloir s'inspirer de la "Grande muraille informatique" érigée par la la Chine pour créer son propre système de contrôle de l'information.

"Le modèle chinois est un exemple de la façon dont un gouvernement peut contrôler sa population d'un point de vue numérique", dit-il a l'AFP, en observant que l'Arabie saoudite, la Turquie ou le Vietnam ont également des mécanismes similaires, bien que moins sophistiqués.

Belga
© Belga

Quelles qu'en soient leurs raisons, l'irrégularité des coupures laisse penser que la junte tâtonne.

"Ils réagissent à la situation", veut croire M. Warren. "Ils n'avaient pas de plan précis pour contrôler l'Internet dès le déclenchement du coup."

- Est-ce efficace? -

Cette stratégie a au moins généré un climat de peur au sein de la population.

"Ils peuvent faire ce qu'ils veulent pendant les coupures, alors nous devons protéger les rues", témoigne Win Tun, un habitant de Rangoun âgé de 44 ans.

Pour ce qui est de couper internet, l'efficacité a été plus relative car les internautes se sont rués sur les VPN.

Le site Top10VPN, basé en Grande-Bretagne, a fait état d'une hausse de 7.200% de la demande en VPN après l'interdiction de Facebook en Birmanie le 4 février.

"Comme les VPN permettent aux habitants de contourner les restrictions, les autorités s'efforcent généralement de restreindre leur efficacité", explique à l'AFP Samuel Woodhams, de Top10VPN.

Il ajoute que certaines informations font état de services de VPN bloqués en Birmanie, mais on ignore combien ont été impactés.

- Comment la junte asseoit-elle son contrôle? -

La junte a aussi renforcé l'arsenal répressif en avançant un projet de loi sur la cybersécurité jugé liberticide par beaucoup. Il donnera aux autorités de plus amples pouvoirs pour bloquer des sites, décider de coupures d'internet et lutter contre la propagation d'informations qu'elles jugent fausses.

Elle a en outre demandé à tous les fournisseurs d'accès internet de conserver pendant trois ans les métadonnées des utilisateurs, et de les tenir à disposition des autorités "au nom de la sécurité nationale".

Le groupe de télécommunications norvégien Telenor, l'un des principaux opérateurs en Birmanie, s'était inquiété de la portée de cette loi.

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Contraint par les autorités locales de procéder à diverses restrictions sur les télécommunications en Birmanie depuis le 1er février, l'opérateur avait initialement joué la carte de la transparence en tenant sur son site un journal détaillant les différentes directives auxquelles il devait se plier.

Mais il a évoqué lundi la sécurité de ses employés pour expliquer pourquoi il avait cessé de communiquer sur l'état de ses services en Birmanie.

Le projet de loi ne suscite pas seulement l'inquiétude pour la question du respect des droits de l'Homme. Certains se préoccupent aussi du fait qu'il risque d'avoir un impact la capacité des entreprises à opérer dans le pays.

Ce texte est "le rêve de tous les despotes", a dénoncé Linda Lakhdhir, de Human Rights Watch.

"Il va asseoir la capacité de la junte à imposer une surveillance généralisée, réduire la liberté d'expression en ligne et couper l'accès de services essentiels."

L'armée à à ce stade ordonné cinq coupures temporaires d'internet depuis le 1er février, le jour du coup d'Etat au cours duquel Aung San Suu Kyi a été arrêtée.La Birmanie a subi une "coupure presque totale d'internet pour la troisième nuit consécutive", la plongeant dans un blackout de l'information, a encore annoncé mercredi matin l'ONG NetBlocks, basée à Londres, qui surveille les coupures d'internet dans le monde. La connectivité à internet était alors inférieure à 20% de son niveau normal.Plusieurs réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter sont désormais inaccessibles, alors qu'une campagne en ligne contre le coup d'Etat était en train d'y monter en puissance.Pour Myo Naing, 46 ans, ce blackout ravive les souvenirs douloureux de la vie sous la junte avant Internet."Les gens devaient se retrouver dans les rues pour partager les informations", raconte à l'AFP cet employé d'une agence de location de voitures.Il a fallu attendre 2013 pour que la Birmanie bénéficie d'un bon accès internet, avec l'arrivée de grands opérateurs étrangers.La réponse n'est pas claire.Une des explications possibles serait que le régime en profite pour analyser les données afin de cibler les arrestations, avance auprès de l'AFP l'expert australien en cybersécurité Damien Manuel, de l'université australienne Deakin. Mais son confrère Matt Warren de la RMIT University de Melbourne estime que la junte pourrait vouloir s'inspirer de la "Grande muraille informatique" érigée par la la Chine pour créer son propre système de contrôle de l'information."Le modèle chinois est un exemple de la façon dont un gouvernement peut contrôler sa population d'un point de vue numérique", dit-il a l'AFP, en observant que l'Arabie saoudite, la Turquie ou le Vietnam ont également des mécanismes similaires, bien que moins sophistiqués.Quelles qu'en soient leurs raisons, l'irrégularité des coupures laisse penser que la junte tâtonne."Ils réagissent à la situation", veut croire M. Warren. "Ils n'avaient pas de plan précis pour contrôler l'Internet dès le déclenchement du coup."Cette stratégie a au moins généré un climat de peur au sein de la population."Ils peuvent faire ce qu'ils veulent pendant les coupures, alors nous devons protéger les rues", témoigne Win Tun, un habitant de Rangoun âgé de 44 ans.Pour ce qui est de couper internet, l'efficacité a été plus relative car les internautes se sont rués sur les VPN.Le site Top10VPN, basé en Grande-Bretagne, a fait état d'une hausse de 7.200% de la demande en VPN après l'interdiction de Facebook en Birmanie le 4 février."Comme les VPN permettent aux habitants de contourner les restrictions, les autorités s'efforcent généralement de restreindre leur efficacité", explique à l'AFP Samuel Woodhams, de Top10VPN.Il ajoute que certaines informations font état de services de VPN bloqués en Birmanie, mais on ignore combien ont été impactés.La junte a aussi renforcé l'arsenal répressif en avançant un projet de loi sur la cybersécurité jugé liberticide par beaucoup. Il donnera aux autorités de plus amples pouvoirs pour bloquer des sites, décider de coupures d'internet et lutter contre la propagation d'informations qu'elles jugent fausses.Elle a en outre demandé à tous les fournisseurs d'accès internet de conserver pendant trois ans les métadonnées des utilisateurs, et de les tenir à disposition des autorités "au nom de la sécurité nationale".Le groupe de télécommunications norvégien Telenor, l'un des principaux opérateurs en Birmanie, s'était inquiété de la portée de cette loi.Contraint par les autorités locales de procéder à diverses restrictions sur les télécommunications en Birmanie depuis le 1er février, l'opérateur avait initialement joué la carte de la transparence en tenant sur son site un journal détaillant les différentes directives auxquelles il devait se plier.Mais il a évoqué lundi la sécurité de ses employés pour expliquer pourquoi il avait cessé de communiquer sur l'état de ses services en Birmanie.Le projet de loi ne suscite pas seulement l'inquiétude pour la question du respect des droits de l'Homme. Certains se préoccupent aussi du fait qu'il risque d'avoir un impact la capacité des entreprises à opérer dans le pays.Ce texte est "le rêve de tous les despotes", a dénoncé Linda Lakhdhir, de Human Rights Watch."Il va asseoir la capacité de la junte à imposer une surveillance généralisée, réduire la liberté d'expression en ligne et couper l'accès de services essentiels."