Le 15 mai 2011, les images de la Plaza del Sol, à Madrid, font le tour du monde: des centaines de milliers de personnes assiègent les rues, exprimant la volonté d'une démocratie directe, la fin du bipartisme et de la corruption politique. Dans le contexte de la crise économique, qui depuis 2008 ravage l'Espagne, la naissance du mouvement des Indignés bouscule la politique espagnole. En 2014, le leader du mouvement, Pablo Iglesias, un ancien professeur en sciences politiques, fonde le parti politique Podemos, offrant un renouveau à l'électorat de gauche déçu par le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). Podemos gagne du terrain et entre rapidement au Parlement espagnol. Ce parti de gauche, né dans les rues de Madrid, assure sa place dans la vie politique espagnole, jusqu'à devenir le numéro deux du gouvernement en 2020, après l'accord de coalition avec le premier ministre socialiste Pedro Sánchez. Dix ans après les premières manifestations des Indignés, la défaite de Podemos aux législatives à Madrid, suivie de la démission du vice-président Pablo Iglesias, remet la gauche en difficulté.

Dès le mois de mars, les sondages prévoyaient la victoire du Parti Populaire à Madrid. Il contrôle la région depuis 26 ans. Pour assurer sa victoire, la présidente sortante Isabel Diaz Ayuso avait la volonté de s'appuyer sur le parti d'extrême droite Vox. Pablo Iglesias prend alors tout le monde de court et démissionne de sa fonction de vice-premier ministre pour se présenter à Madrid: "Je vais mettre tout ce que j'ai appris au cours de ces années, toute mon énergie et mon expérience gouvernementale, tout mon coeur dans la construction d'une candidature de gauche forte et large pour empêcher l'extrême droite de mettre la main sur nos institutions et remporter la présidence de la Communauté de Madrid". Mais le 4 mai, la droite triomphe dans la capitale: elle est la première force politique à remporter 176 des 179 communautés de la région madrilène.

"La liberté a gagné"

Isabel Diaz Ayuso entame un deuxième mandat, avec 65 sièges obtenus au parlement régional, remportant à elle seule plus de députés que tous les partis de gauche réunis. Elle ne devrait donc finalement pas avoir besoin de s'allier aux élus d'extrême droite. La présidente de la communauté de Madrid s'est démarquée lors de la crise sanitaire avec une politique à contre-courant: malgré un fort taux de contagions dans la capitale, elle choisit de laisser l'hôtellerie et les commerces ouverts, défiant pendant des mois le gouvernement central. L'un des arguments phare de sa campagne s'appuyait sur la mauvaise entente avec Pedro Sanchez sur la gestion de la pandémie. "La liberté a gagné (...) le sanchisme ne rentrera pas à Madrid" a déclaré Isabel Diaz Ayuso, triomphante, lors de son discours au siège du Parti Populaire de Madrid.

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"Quand on cesse d'être utile, il faut savoir se retirer"

La victoire de la droite a été qualifiée de "tragédie" par un Pablo Iglesias, qui a ensuite annoncé la fin de sa carrière politique. Le président de Podemos était visé depuis près d'un an par des attaques de la part de la droite, l'accusant d'avoir des ambitions politiques trop personnelles, le détournant de l'image d'un homme proche du peuple qu'on lui attribuait depuis le mouvement des Indignés. Pablo Iglesias avait déjà prévu de laisser sa place à la Ministre du travail, Yolanda Diaz, qui pourrait devenir le nouvel espoir du parti. Aujourd'hui la question qui se pose est de savoir si ce succès de la droite madrilène peut être répliqué au niveau national. Bien que le gouvernement ne soit pas remis en cause, un changement de cycle commence, et l'avancée de la droite et de l'extrême droite affecte déjà l'ensemble de la politique espagnole .

Lina Bouzekri

Le 15 mai 2011, les images de la Plaza del Sol, à Madrid, font le tour du monde: des centaines de milliers de personnes assiègent les rues, exprimant la volonté d'une démocratie directe, la fin du bipartisme et de la corruption politique. Dans le contexte de la crise économique, qui depuis 2008 ravage l'Espagne, la naissance du mouvement des Indignés bouscule la politique espagnole. En 2014, le leader du mouvement, Pablo Iglesias, un ancien professeur en sciences politiques, fonde le parti politique Podemos, offrant un renouveau à l'électorat de gauche déçu par le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). Podemos gagne du terrain et entre rapidement au Parlement espagnol. Ce parti de gauche, né dans les rues de Madrid, assure sa place dans la vie politique espagnole, jusqu'à devenir le numéro deux du gouvernement en 2020, après l'accord de coalition avec le premier ministre socialiste Pedro Sánchez. Dix ans après les premières manifestations des Indignés, la défaite de Podemos aux législatives à Madrid, suivie de la démission du vice-président Pablo Iglesias, remet la gauche en difficulté.Dès le mois de mars, les sondages prévoyaient la victoire du Parti Populaire à Madrid. Il contrôle la région depuis 26 ans. Pour assurer sa victoire, la présidente sortante Isabel Diaz Ayuso avait la volonté de s'appuyer sur le parti d'extrême droite Vox. Pablo Iglesias prend alors tout le monde de court et démissionne de sa fonction de vice-premier ministre pour se présenter à Madrid: "Je vais mettre tout ce que j'ai appris au cours de ces années, toute mon énergie et mon expérience gouvernementale, tout mon coeur dans la construction d'une candidature de gauche forte et large pour empêcher l'extrême droite de mettre la main sur nos institutions et remporter la présidence de la Communauté de Madrid". Mais le 4 mai, la droite triomphe dans la capitale: elle est la première force politique à remporter 176 des 179 communautés de la région madrilène."La liberté a gagné" Isabel Diaz Ayuso entame un deuxième mandat, avec 65 sièges obtenus au parlement régional, remportant à elle seule plus de députés que tous les partis de gauche réunis. Elle ne devrait donc finalement pas avoir besoin de s'allier aux élus d'extrême droite. La présidente de la communauté de Madrid s'est démarquée lors de la crise sanitaire avec une politique à contre-courant: malgré un fort taux de contagions dans la capitale, elle choisit de laisser l'hôtellerie et les commerces ouverts, défiant pendant des mois le gouvernement central. L'un des arguments phare de sa campagne s'appuyait sur la mauvaise entente avec Pedro Sanchez sur la gestion de la pandémie. "La liberté a gagné (...) le sanchisme ne rentrera pas à Madrid" a déclaré Isabel Diaz Ayuso, triomphante, lors de son discours au siège du Parti Populaire de Madrid.."Quand on cesse d'être utile, il faut savoir se retirer"La victoire de la droite a été qualifiée de "tragédie" par un Pablo Iglesias, qui a ensuite annoncé la fin de sa carrière politique. Le président de Podemos était visé depuis près d'un an par des attaques de la part de la droite, l'accusant d'avoir des ambitions politiques trop personnelles, le détournant de l'image d'un homme proche du peuple qu'on lui attribuait depuis le mouvement des Indignés. Pablo Iglesias avait déjà prévu de laisser sa place à la Ministre du travail, Yolanda Diaz, qui pourrait devenir le nouvel espoir du parti. Aujourd'hui la question qui se pose est de savoir si ce succès de la droite madrilène peut être répliqué au niveau national. Bien que le gouvernement ne soit pas remis en cause, un changement de cycle commence, et l'avancée de la droite et de l'extrême droite affecte déjà l'ensemble de la politique espagnole .Lina Bouzekri