Un petit peu de mémoire en apéritif. Le 43° Dakar est l'héritier du Paris-Dakar qui avait quitté le Sahel et l'Afrique occidentale pour gagner l'Amérique du Sud. Retour au désert et à une formule "Tour d'Arabie Saoudite". Douze jours de compétition et 322 concurrents au départ. Du pain béni pour les médias qui s'en tiendront la plupart du temps à une couverture de la compétition et à la dimension "sportive" de l'événement. Ecoutons Jean-Marc Fortin, le patron de l'équipe belge : "Je pense qu'on va assister à un nouveau duel entre Carlos Sainz et Nasser Al-Attiyah. Ces deux-là cultivent une rivalité incroyable depuis plus de dix ans. Lors de la dernière course, ils sont même parvenus à se donner des coups de portières au milieu du désert". Waouh, ça va saigner !

Plus sérieusement, le Dakar est aussi (surtout ?) une affaire de gros sous. Et depuis qu'il se déroule en Arabie Saoudite, une affaire de communication politique et de diplomatie. Les guillemets s'imposent aussi pour "diplomatie". Tous les diplomates ne sont pas les complices d'un régime médiéval qui utilise le Dakar pour tenter de redorer son blason et de faire oublier qu'elle se moque des Droits humains.

Un mot d'abord du volet "gros sous". Il y a évidemment l'image des marques participantes et des nombreux sponsors. Quelle formidable vitrine ! De quoi faire rêver les fans de vitesses et de rallyes. Mais aussi de quoi pousser à l'achat de petits, moyens et gros bolides des gens en mal de reconnaissance (et surement adversaires des limitations à 30 km/h). Le contrat entre Ryad et l'organisateur du rallye a été conclu pour 5 ans. L'organisateur ? ASO, Amaury Sport Organisation. Ca ne vous dit rien ? Mais si, vous connaissez : c'est le même qui organise le Tour de France. Le montant ? On parle de 80 millions d'euros. Une paille pour l'Arabie Saoudite.

Autre volet du dossier : l'opération de com de MBS. Mohammed Ben Salman, le prince héritier qui gouverne effectivement le pays. Il est très soucieux de redorer l'image de son royaume. Acheter le rallye et veiller à sa mise en images dans le monde entier devrait contribuer à faire oublier quelques dérapages (assassinat de Khasshoggi, par exemple) et les pratiques cruelles d'un régime qui continue à emprisonner les militants pour la démocratie et les Droits humains. Pire : un pays où les condamnations à mort sont banales. En 2019, la FIDH (Fédération internationale de défense des droits humains) a dénombré 180 exécutions capitales (décapitation, lapidation, crucifixion). Une exécution tous les deux jours !

Voilà avec qui nos pays civilisés entretiennent des relations amicales et surtout des échanges commerciaux juteux. En particulier en matière de livraisons d'armes. Alors, viennent quelques liens évidents (pas pour tous) et quelques questions élémentaires. Comment peut-on séparer les images du rallye de la réalité brutale du régime saoudien ? Comment nos médias peuvent-ils remplir pendant plus d'une semaine leurs pages d'images et de commentaires sur ces "aventuriers des déserts mystérieux et profonds" (c'est ASO qui l'écrit) ? Pourquoi acceptons-nous sans broncher que nos journaux, nos radios, nos télés soient pollués par ce Tour d'Arabie Saoudite aux couleurs de sable et ... de sang ?

Jacques Liesenborghs - ancien parlementaire Ecolo, licencié en Philologie classique de l'UCLouvain

Un petit peu de mémoire en apéritif. Le 43° Dakar est l'héritier du Paris-Dakar qui avait quitté le Sahel et l'Afrique occidentale pour gagner l'Amérique du Sud. Retour au désert et à une formule "Tour d'Arabie Saoudite". Douze jours de compétition et 322 concurrents au départ. Du pain béni pour les médias qui s'en tiendront la plupart du temps à une couverture de la compétition et à la dimension "sportive" de l'événement. Ecoutons Jean-Marc Fortin, le patron de l'équipe belge : "Je pense qu'on va assister à un nouveau duel entre Carlos Sainz et Nasser Al-Attiyah. Ces deux-là cultivent une rivalité incroyable depuis plus de dix ans. Lors de la dernière course, ils sont même parvenus à se donner des coups de portières au milieu du désert". Waouh, ça va saigner !Plus sérieusement, le Dakar est aussi (surtout ?) une affaire de gros sous. Et depuis qu'il se déroule en Arabie Saoudite, une affaire de communication politique et de diplomatie. Les guillemets s'imposent aussi pour "diplomatie". Tous les diplomates ne sont pas les complices d'un régime médiéval qui utilise le Dakar pour tenter de redorer son blason et de faire oublier qu'elle se moque des Droits humains.Un mot d'abord du volet "gros sous". Il y a évidemment l'image des marques participantes et des nombreux sponsors. Quelle formidable vitrine ! De quoi faire rêver les fans de vitesses et de rallyes. Mais aussi de quoi pousser à l'achat de petits, moyens et gros bolides des gens en mal de reconnaissance (et surement adversaires des limitations à 30 km/h). Le contrat entre Ryad et l'organisateur du rallye a été conclu pour 5 ans. L'organisateur ? ASO, Amaury Sport Organisation. Ca ne vous dit rien ? Mais si, vous connaissez : c'est le même qui organise le Tour de France. Le montant ? On parle de 80 millions d'euros. Une paille pour l'Arabie Saoudite.Autre volet du dossier : l'opération de com de MBS. Mohammed Ben Salman, le prince héritier qui gouverne effectivement le pays. Il est très soucieux de redorer l'image de son royaume. Acheter le rallye et veiller à sa mise en images dans le monde entier devrait contribuer à faire oublier quelques dérapages (assassinat de Khasshoggi, par exemple) et les pratiques cruelles d'un régime qui continue à emprisonner les militants pour la démocratie et les Droits humains. Pire : un pays où les condamnations à mort sont banales. En 2019, la FIDH (Fédération internationale de défense des droits humains) a dénombré 180 exécutions capitales (décapitation, lapidation, crucifixion). Une exécution tous les deux jours !Voilà avec qui nos pays civilisés entretiennent des relations amicales et surtout des échanges commerciaux juteux. En particulier en matière de livraisons d'armes. Alors, viennent quelques liens évidents (pas pour tous) et quelques questions élémentaires. Comment peut-on séparer les images du rallye de la réalité brutale du régime saoudien ? Comment nos médias peuvent-ils remplir pendant plus d'une semaine leurs pages d'images et de commentaires sur ces "aventuriers des déserts mystérieux et profonds" (c'est ASO qui l'écrit) ? Pourquoi acceptons-nous sans broncher que nos journaux, nos radios, nos télés soient pollués par ce Tour d'Arabie Saoudite aux couleurs de sable et ... de sang ?Jacques Liesenborghs - ancien parlementaire Ecolo, licencié en Philologie classique de l'UCLouvain