Le trafic d'armes tue 45.000 personnes par an en Afrique

06/11/18 à 17:31 - Mise à jour à 17:31

Source: Belga

Le trafic d'armes tue 45.000 personnes chaque année en Afrique et alimente des conflits régionaux dans l'ouest du continent, selon une étude de Small Arms Survey, évoquant la période 2012-2017.

Le trafic d'armes tue 45.000 personnes par an en Afrique

© REUTERS/Goran Tomasevic

"Dans toute l'Afrique, nous enregistrons 140.000 morts et homicides liés aux conflits armés par an, dont 45.000, soit un tiers des décès violents, sont causés par l'utilisation des armes à feu", a expliqué à l'AFP Matthias Nowak, chercheur à Small Arms Survey, un centre rattaché à l'Institut des hautes études et de développement à Genève.

"Les armes et munitions détournées ou volées dans les arsenaux nationaux insuffisamment sécurisés alimentent de nombreux flux illicites d'armes en Afrique de l'Ouest. Les trafiquants s'approvisionnent également grâce à la production artisanale d'armes à feu et à la remise en circulation d'armes légères illégalement détenues", selon ce rapport. "Ces armes traversent les frontières pour atteindre différents destinataires" pour "satisfaire les besoins des groupes extrémistes violents comme Al-Qaïda au Maghreb islamique, Ansar Dine, Al Mourabitoun et Boko Haram".

La crise libyenne, provoquée par la chute de Muhammar Khadafi en 2011, joue un grand rôle dans les trafics et la déstabilisation de la région sahélienne depuis le début de la décennie.

"La fuite de stock d'armes depuis la Libye vers la ceinture centrale du Sahel a énormément contribué au trafic illicite d'armes", précise M. Nowak. "La crise en Libye a créé un flux d'armes et de munitions de tout genre qui a constitué un détonateur de la crise qui a commencé en 2012 au Mali. L'effondrement du régime libyen a créé un transfert déstabilisant d'armes en direction de l'Afrique de l'Ouest".

Le trafic d'armes revêt des caractéristiques différentes d'une zone à l'autre de la région. "Les réseaux de trafiquants du nord du fleuve Niger sont très organisés et déplacent de grandes quantités de biens (dont des armes) à travers de vastes étendues de terre et de désert", selon l'étude.

Au sud du fleuve Niger, le trafic est moins bien moins organisé et moins connecté. Le trajet des armes entre leur point de départ et leur destination est fondé sur des interactions plus locales, donnant lieu à un trafic dit de "fourmis".

Dans un contexte marqué par la porosité des frontières et la présence de réseaux criminels transnationaux, de groupes terroristes et de groupes armés, les mesures de lutte contre le trafic d'armes et la prolifération illicite des armes légères et de petit calibre se heurtent à de multiples obstacles.

Le rapport préconise une panoplie de mesures, comme l'amélioration du "contrôle des Etats sur leurs propres armées", "les forces de défense et de sécurité" s'avérant elles-mêmes être des "sources du trafic illicite". Le rapport recommande aussi "le renforcement des sites portuaires, avec des scanners", pour détecter les cargaisons illicites.

"La lutte contre la corruption est absolument fondamentale pour lutter contre ce fléau", estime M. Nowak.

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