Le Rojava est cette région syrienne située entre le Tigre et l'Euphrate. Elle fait partie de la Mésopotamie, aussi appelée le berceau des civilisations. Depuis la révolution contre le régime de Bachar-Al-Assad en 2011, le Rojava est devenu une région kurde autonome de facto.
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Le Rojava est cette région syrienne située entre le Tigre et l'Euphrate. Elle fait partie de la Mésopotamie, aussi appelée le berceau des civilisations. Depuis la révolution contre le régime de Bachar-Al-Assad en 2011, le Rojava est devenu une région kurde autonome de facto.Kameshli, la capitale de la région, ressemble à une ville normale dans un pays en paix, rapporte Arte dans un documentaire. Les enfants vont à l'école publique encore financée par Damas ou à l'école privée. Le calme y règne depuis près de 3 ans. Au Rojava, le syriaque, l'arabe et le kurde sont les trois langues officielles. Les familles peuvent choisir celle à laquelle elles se réfèrent. "Depuis 7 ans, nous avons pu assurer la paix sociale et la vie commune. [...] Malgré l'état de guerre (en Syrie), notre révolution touche tous les aspects de la vie", affirme Abdul Karim Omar, de la Commission des Affaires étrangères au Rojava. "La révolution du Rojava est connue comme la révolution des femmes", dit-il. Toutes les institutions comptent au moins la moitié de femmes et fonctionnent avec un système de coprésidence mixte. "Ici au nord de la Syrie, la place des femmes est unique. Ça n'existe nulle part ailleurs", explique-t-il. "Nous n'avons pas donné ces droits aux femmes, ce sont les femmes qui ont conquis leurs droits avec leur propre lutte."Lors de la lutte contre Daesh en 2012, les femmes étaient en effet en première ligne. Notamment à Konane (Aïn al-Arab), ville emblématique et parmi les premières à être reprises aux mains de Daesh. La Place des Femmes Libres leur a été dédiée. Aujourd'hui, une grande statue blanche représentant une femme combattante avec des ailes leur rend hommage. La révolution kurde a donc été aussi une révolution féministe qui a vu le droit des femmes consacré dans le Contrat social, une sorte de constitution du Rojava qui établit l'égalité et la parité. Depuis, des "Maisons de femmes" ont fleuri un peu partout. Elles constituent des organes de conciliation avant le tribunal et ont pour mission et compétence de rappeler les hommes au nouvel ordre. Finis les violences, les mariages forcés et la polygamie.Le féminisme s'enseigne désormais également dans des facultés où des femmes professeures ou employées reçoivent l'enseignement d'une discipline baptisée gynéologie (la science des femmes). Il s'agit d'une nouvelle sociologie qui prend le point de vue des femmes et est basée sur la liberté des femmes. "Nous luttons contre le capitalisme qui voit la femme comme un objet et contre la vision, ici, qui fait de la femme un esclave", explique Zozan Sima, co-responsable de la gynéologie. Le cours aborde concrètement l'identité féminine, l'histoire des femmes et de leurs luttes et celle de ce Mouvement des femmes libres qui a commencé il y a quarante ans par les Kurdes de Turquie. Après une semaine de cours, ces femmes retransmettront leurs acquis à leurs étudiants et collègues, hommes inclus. Le Rojava, s'il revendique son autonomie, n'est pas un État. À Kameshli, le régime ne contrôle plus que l'aéroport et un carrefour avec quelques administrations mineures. Pour le reste, il a été expulsé en 2012, plutôt pacifiquement. Les portraits du dictateur y ont été remplacés par ceux de celui qui a inspiré cette révolution, Abdullah Öcalan, fondateur du PKK, emprisonné en Turquie. Depuis sa cellule, il a imaginé ce projet de région autonome basé sur une démocratie horizontale et féministe.Le Rojava est donc une administration autonome. "Le 21 janvier 2014, nous avons annoncé l'auto-administration démocratique du Rojava avec toutes les composantes de la société qui y ont adhéré : Kurdes, Arabes et Syriaques. Nous avons établi un Contrat social reconnu par tous par consensus. C'est un modèle pour une Syrie de demain. Nous souhaitons une Syrie décentralisée", affirme Abdul Karim Omar, Commission des Affaires étrangères. Selon Nazira Gawriya, co-présidente du conseil exécutif, qui a participé à la rédaction du Contrat social, le régime présent avant la révolution était fondé sur le nationalisme, sur des bases religieuses et un parti unique. Un régime chauvin qui ne respectait pas les droits des différentes communautés (Kurdes, Arabes, syriaque, yézidie, turkmène et tchétchène). Aujourd'hui, toutes les communautés sont représentées dans les instances, font partie de l'administration autonome. Elles sont partenaires et ne sont plus sous la tutelle de qui que ce soit. Dans cette région, dite du croissant fertile, soumise à la guerre et au blocus turc, la nourriture ne manque pas, selon les responsables locaux. Car la révolution du Rojava se veut également écologique. C'est à cette fin que des coopératives se sont développées un peu partout. On y voit des fermes expérimentales qui testent des méthodes naturelles afin d'éviter d'avoir besoin d'intrants chimiques pour leurs plantations. "On essaye de voir si on peut développer une autonomie alimentaire dans la région", témoigne un maraicher. Depuis la libération de Raqqa en 2017, la région autonome s'est étendue et les grandes tribus arabes ont adhéré au projet démocratique du Rojava et à son Contrat social. Aujourd'hui, 30 % du territoire syrien est sous le contrôle des Forces démocratiques de Syrie (FDS), selon Ilham Ahmad, co-présidente du Conseil syrien, ce qui représente 4 millions de personnes dans la région autonome. C'est un territoire très riche, qui produit 70 % de l'économie syrienne. Une partie de la population qui a fui le territoire contrôlé par le régime est venue s'installer dans la région autonome. Ils sont au moins 500.000 déplacés. Mais avec son influence grandissante, la région est également de plus en plus menacée. Le régime de Bachar se fait plus menaçant depuis que Daesh recule et surtout depuis que de plus en plus de régions arabes rejoignent le projet de fédération démocratique multi-ethnique. En 2018, alors que la guerre contre Daesh avait à peine été gagnée par les Kurdes, un nouvel ennemi n'a pas tardé à se montrer : la Turquie. Elle a repris la ville d'Afrin aux mains des Kurdes en mars 2018 au nord de la Syrie. En quelques mois, la Turquie a construit près de sa frontière avec le Rojava, un mur de près de 800 km doté de miradors, et traversant villes et villages kurdes. Des paysans ont été tués pour s'en être trop approchés. Depuis l'annonce de Donald Trump de retirer les troupes américaines qui protégeaient les Kurdes de Syrie, la Turquie n'a cessé de bombarder le Rojava. L'offensive lancée le 9 octobre dans le nord de la Syrie vise à instaurer une "zone de sécurité" de 32 km de profondeur pour séparer sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple (YPG), milice kurde qualifiée de "terroriste" par Ankara et épine dorsale des FDS. L'armée turque et des supplétifs syriens ont depuis conquis une bande territoriale longue d'environ 120 kilomètresLes forces kurdes n'ont eu d'autres choix que de demander un déploiement de l'armée de Bachar al-Assad près de la frontière, pour contrer la progression du voisin turc.L'accord entre le régime syrien et les Kurdes constitue un retournement qui vient illustrer la complexité de la guerre qui déchire la Syrie depuis 2011.Depuis le début de l'offensive, 121 combattants des forces kurdes et plus de 60 civils ont été tués, selon l'OSDH, et 86 rebelles proturcs sont morts. Plus de 130.000 personnes ont été déplacées, d'après l'ONU. La Turquie a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes sur des villes frontalières turques.Ces derniers jours, les forces kurdes et les pays occidentaux ont par ailleurs mis en garde contre une résurgence de l'EI qui profiterait du chaos sécuritaire dans le nord de la Syrie.