La mort du poissonnier Mohsin Fikri dans une benne à ordures fin octobre 2016 a déclenché une insurrection populaire dans le Rif au Maroc. Les habitants de la région en ont eu assez de l'exclusion et de l'oppression dont ils étaient les victimes et sont descendus dans la rue pour la "liberté, la dignité, et l'équivalence sociale". Après des mois de manifestations de masse pacifiques, les autorités marocaines se sont impatientées et ont décidé de mettre fin aux protestations. Des centaines d'activistes ont été arrêtés. Plus de cinquante activistes de premier plan ont été transférés à la prison de Casablanca. Le plus connu d'entre eux : Nasser Zafzafi. Nous avons parlé à son père, Ahmed Zafzafi.
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La mort du poissonnier Mohsin Fikri dans une benne à ordures fin octobre 2016 a déclenché une insurrection populaire dans le Rif au Maroc. Les habitants de la région en ont eu assez de l'exclusion et de l'oppression dont ils étaient les victimes et sont descendus dans la rue pour la "liberté, la dignité, et l'équivalence sociale". Après des mois de manifestations de masse pacifiques, les autorités marocaines se sont impatientées et ont décidé de mettre fin aux protestations. Des centaines d'activistes ont été arrêtés. Plus de cinquante activistes de premier plan ont été transférés à la prison de Casablanca. Le plus connu d'entre eux : Nasser Zafzafi. Nous avons parlé à son père, Ahmed Zafzafi.Que pensez-vous du fait que votre fils soit considéré comme le leader du Hirak, le mouvement de protestation du Rif? Ahmed Zafzafi: Si vous avez fait attention à Nasser pendant ses discours et dans les nombreuses vidéos, vous avez entendu qu'il dit toujours très clairement qu'il n'est ni le leader, ni le symbole du mouvement. Il s'est toujours qualifié d'activiste du mouvement populaire. Si quelqu'un le voit comme un leader ou un symbole du Irak, c'est son affaire. Comment va votre fils? Est-il dans une cellule d'isolement? Entre-t-il en contact avec les autres prisonniers? Le moral de Nasser est bon. Il est toujours dans une cellule d'isolement. Il voit les prisonniers pendant la promenade, une heure par jour - une demi-heure le matin et une demi-heure l'après-midi. Le lundi et le jeudi, il téléphone un quart d'heure à sa mère. Tous les mercredis, nous avons la possibilité de lui rendre visite pendant deux heures.Le procès en appel débutera en septembre. Avez-vous encore de l'espoir ? Il en ira de même que pour les séances précédentes. Les jugements seront les mêmes et les jeunes resteront en prison. C'est du moins ce que nous pensons. Sans un miracle de Dieu, il restera en prison. Pourquoi le Maroc le considère-t-il comme quelqu'un de dangereux pour la sûreté de l'état ? L'état ne le voit pas ainsi. Les autorités posent un regard différent sur le Rif que sur le reste du Maroc. C'est à cause de cette vision qu'ils s'en sont pris aussi durement à nos jeunes. Il y a des gens qui ont assassiné des soldats et ils ont écopé de neuf ans de prison. Nos garçons se sont vus infliger vingt ans de prison pour avoir participé au Hirak. Vous avez été en Europe à plusieurs reprises, et vous vous y êtes entretenu avec des hommes politiques. Il y a des politiciens européens qui s'engagent activement pour le mouvement populaire. Qui m'a amené au parlement néerlandais ? Des parlementaires néerlandais. Qui m'a amené au parlement européen ? Des parlementaires européens. Ce n'étaient pas des Marocains. Depuis les arrestations fin mai 2017, on voit régulièrement des vidéos sur les réseaux sociaux de Rifains qui font la traversée vers l'Europe en bateau ou en jet ski. Qu'en pensez-vous ? Et que peut faire l'Union européenne ?Partout où il y aura des problèmes, les gens fuiront. C'est tout à fait normal. Si l'Espagne et la France ne veulent vraiment pas de réfugiés venus du Rif, ils n'ont qu'à nous aider à convaincre l'état d'arrêter. Ils parleraient au gouvernement marocain pour leur demander de laisser les gens du Rif tranquille, de lever le décret militaire, de cesser les arrestations et les jugements injustes. C'est normal de fuir quand on vit dans ces conditions. Si l'Union européenne ne souhaite pas que nos enfants fuient, elle doit s'entretenir avec l'état marocain. Dans ce cas nous resterions tous dans notre pays. Depuis la naissance du Hirak, avez-vous constaté des améliorations dans la province Al Hoceima, le coeur du Rif ? Non, au contraire. Al Hoceima traverse une période noire. La crise en ville est grande. À Al Hoceima, on met même les femmes en prison. C'est une ère difficile. Al Hoceima n'a pas l'habitude d'être assiégée de cette façon. Pour rendre visite à votre fils, vous devez vous rendre à Casablanca. Vu votre âge comment vivez-vous le voyage ? C'est une grande souffrance. La route est mauvaise, et le trajet de bus prend dix heures. Que pensez-vous du mouvement populaire ? Votre souffrance en vaut-elle la peine ? Le Hirak est quelque chose de très important. Il a démontré des choses que personne au Maroc n'avait cru possibles avant. Il a été capable de faire se lever les gens, de les réveiller et de leur a ouvert les yeux. Il y a des gens qui comprennent ce que le Hirak a réalisé, mais il y a aussi des gens qui ne comprennent pas. Le Hirak est important, mais je ne peux vous dire si le jeu en vaut la chandelle.