Bien sûr, l'homme déborde d'énergie. Mais si ses combats pour les nombreuses et épouvantables atteintes à la dignité des membres de la communauté noire aux Etats-Unis - à commencer par l'affaire George Floyd - sont à saluer, tout indique aussi dans sa posture un besoin insatiable de reconnaissance et de lumière médiatique. Depuis presque quarante ans et l'affaire dite Bernhard Goetz, lors de laquelle un individu blanc a blessé par balles quatre jeunes Afro-Américains qui tentaient de lui extorquer de l'argent dans une rame de métro, le pasteur Al Sharpton, 66 ans aujourd'hui, est de tous les grands dossiers à relents raciaux qui secouent les Etats-Unis.
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Bien sûr, l'homme déborde d'énergie. Mais si ses combats pour les nombreuses et épouvantables atteintes à la dignité des membres de la communauté noire aux Etats-Unis - à commencer par l'affaire George Floyd - sont à saluer, tout indique aussi dans sa posture un besoin insatiable de reconnaissance et de lumière médiatique. Depuis presque quarante ans et l'affaire dite Bernhard Goetz, lors de laquelle un individu blanc a blessé par balles quatre jeunes Afro-Américains qui tentaient de lui extorquer de l'argent dans une rame de métro, le pasteur Al Sharpton, 66 ans aujourd'hui, est de tous les grands dossiers à relents raciaux qui secouent les Etats-Unis. Il est devenu une figure familière pour les téléspectateurs américains, sur son propre plateau de télévision, invité dans divers talk-shows, ou en tête du cortège d'une manifestation. Le 29 mars, devant le bâtiment de Minneapolis où se poursuivaient les débats du procès de l'assassin présumé de George Floyd, il était à nouveau devant les caméras de télévision. "Nous mettons un genou à terre pendant 8 minutes et 46 secondes et nous voulons que vous réfléchissiez, pendant ce temps, à la raison pour laquelle Chauvin n'a pas ôté son genou." Toujours résolu, il pointe systématiquement un système social et judiciaire largement biaisé au détriment des Noirs. Les familles des victimes de violences, de Trayvon Martin en 2012 tué par un "gardien de quartier" à Eric Garner, décédé deux ans plus tard après l'intervention d'une douzaine de policiers, ont toutes pris le pli de se tourner vers lui en premier recours. Comme l'écrivait le New York Times en 2018, il se rêve en Martin Luther King du Nord. Pourtant, la comparaison avec la figure emblématique des droits civiques originaire d'Atlanta est audacieuse, voire déplacée. Al Sharpton assume la volonté de briser, par son style clinquant, le cercle vicieux de l'incapacité de la communauté noire américaine à revendiquer sa part de réussite, mal aidée qu'elle est par un système éducationnel qui lui est très clairement préjudiciable. Mais il inquiète nombre d'observateurs, dont les intellectuels afro-américains Glenn Loury et Orlando Patterson (qui le qualifient de "pyromane des questions raciales"), par son ton et, pour tout dire, par son ego, très éloigné de l'idéal chrétien d'homme de paix que symbolisait Martin Luther King. Ainsi, ses attaques répétées contre la communauté juive new-yorkaise, notamment lors des émeutes de Crown Heights en 1991, et ses discours récurrents contre l Amérique blanche, souvent considérée comme "raciste par défaut", en interpellent plus d'un. Il n'empêche, Al Sharpton jouit, de par ses combats, d'une réelle popularité au sein de la communauté afro-américaine. Un quart de ses membres s'estiment représentés par ses idées. Cette notoriété trouve d'ailleurs sa traduction sur le terrain politique. On voit ainsi régulièrement de grandes figures de la gauche démocrate, Bernie Sanders, Elizabeth Warren, parmi d'autres, s'entretenir avec lui. Et ses visites à la Maison-Blanche, du temps de Barack Obama, se comptaient par dizaines. Alors que se poursuit le procès George Floyd, la voix de l'ancien camarade du pasteur Jesse Jackson, autre grande figure des droits des minorités de couleur aux Etats-Unis, continue donc de porter haut.