Lorsque Donald Trump a prêté serment en tant que 45e président des Etats-Unis en janvier dernier, la nouvelle Maison Blanche avait mis deux mesures concrètes au sommet de son agenda politique : l'abrogation de l'Obamacare et une réforme fiscale à grande échelle. Les deux thématiques ont été des éléments cruciaux dans la campagne de Trump et devaient être les points de repère de la première partie de sa législature. Etant donné que les Républicains ont la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat - les deux chambres du Congrès - Trump a supposé que ces réformes seraient rapidement approuvées.
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Lorsque Donald Trump a prêté serment en tant que 45e président des Etats-Unis en janvier dernier, la nouvelle Maison Blanche avait mis deux mesures concrètes au sommet de son agenda politique : l'abrogation de l'Obamacare et une réforme fiscale à grande échelle. Les deux thématiques ont été des éléments cruciaux dans la campagne de Trump et devaient être les points de repère de la première partie de sa législature. Etant donné que les Républicains ont la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat - les deux chambres du Congrès - Trump a supposé que ces réformes seraient rapidement approuvées. Pour rendre la tâche plus aisée, les Républicains ont décidé d'utiliser une échappatoire législative : ce que l'on appelle la "réconciliation". Dans ce processus, qui est limité dans le temps, une majorité simple suffit pour voter un texte. En outre, la réconciliation permet d'éviter un "filibuster", autrement dit une "obstruction parlementaire", dans laquelle un opposant à un projet de loi prend la parole si longtemps que le délai est dépassé. Ce dernier ne peut être stoppé dans son élan que si 60% des personnes présentes le décident. Cela signifie que les décideurs politiques doivent s'assurer le soutien de 60% des votants - ainsi un "filibuster" devient impossible. La Maison Blanche et les Républicains ont vu dans la procédure de réconciliation le moyen rêvé pour faire passer leurs réformes par le Sénat. La réconciliation présente cependant un inconvénient : elle ne peut être utilisée que pour un seul thème à la fois. Et il fallait donc choisir : soit d'abord l'Obamacare, soit commencer avec la réforme fiscale. Sous l'impulsion de Paul Ryan, Républicain et président de la Chambre de représentants, la première option a été choisie, notamment pour les économies en matière d'assurance maladie que cela allait pouvoir apporter. Dans le plan de Paul Ryan, les Républicains étaient supposés être au point sur l'Obamacare dès avril, et ils pourraient ensuite immédiatement commencer à redessiner les taxes. Ce qui ressemblait à un plan rapide pour une grande victoire politique s'est retourné contre les Républicains pour devenir un processus frustrant et long, qui a mené à des divisions internes au sein du parti. Cette nuit, il était évident que la troisième tentative républicaine d'abolir l'Obamacare n'obtiendrait pas suffisamment de suffrages. La sénatrice républicaine Susan Collins s'est rallié à ses collègues Rand Paul et John McCain dans leur opposition à la proposition de la loi Graham-Cassidy, nommée d'après les sénateurs Lindsey Graham et Bill Cassidy. Avec trois dissidents, les Républicains n'atteignaient pas plus de 49 voix, alors que les 50 Démocrates et Indépendants avaient la ferme intention de voter contre. La révolte de Collins a signé l'arrêt de mort de la nouvelle proposition, puisque seules 50 voix pour étaient nécessaires : il suffisait alors à Mike Pence, le vice-président, de voter en tant que président du Sénat pour casser l'égalité. Et il aurait bien évidemment voté pour l'abolition. Il est à présent certain que les Républicains n'arriveront pas à abroger la loi sur l'assurance maladie grâce au processus de réconciliation. Le délai va expirer dans quelques jours, le 30 septembre. Si les Républicains n'arrivent pas à inverser la tendance d'ici là, ils se réveilleront dans une nouvelle réalité politique. Pour obtenir une alternative à l'Obamacare via le Sénat, les Républicains auront, après le 30 septembre, besoin de l'aide d'au moins huit Démocrates, qui vont évidemment vouloir vendre leur soutien au prix fort. Sans le soutien des Démocrates, une nouvelle proposition pourrait faire face à un "filibuster". En d'autres termes, la minorité démocrate aura davantage de pouvoir d'ici la fin de la semaine.Pour la réforme fiscale, que les Démocrates ne voient pas non plus d'un bon oeil, l'échec du plan d'abrogation de l'Obamacare signifie plus que quelques mois perdus. La réforme a non seulement été retardée parce que les Républicains ne pouvaient pas entamer une seconde réconciliation à la fin de la précédente, mais aussi parce qu'ils devaient récupérer l'argent d'une assurance maladie moins coûteuse pour l'Etat pour maintenir la neutralité budgétaire. Dans tous les cas, l'agenda de la Maison Blanche, huit mois après l'investiture de Donald Trump, en est perturbé. Les Démocrates ont obtenu plus de moyens que prévu, en plus d'un délai pour l'Obamacare, tandis que les Républicains commencent sous de mauvais auspices une réforme fiscale différée.