Ce vendredi à Kinshasa, les forces de sécurité ont dispersé un rassemblement de militants demandant aux autorités congolaises "l'expulsion immédiate" du nouvel ambassadeur du Rwanda. Ils accusent le diplomate, Vincent Karega, de faire preuve de "révisionnisme" en niant le rôle du Rwanda dans un des innombrables massacres qui ont marqué les deux guerres du Congo (1996-2003) dans l'Est.

"Je ne suis pas révisionniste. J'ai posé des questions sur des accusations portées contre mon pays. Je n'ai pas remis en cause les morts", se défend l'ambassadeur rwandais interrogé par l'AFP.

Les organisateurs du sit-in demandaient également l'arrêt des menaces à l'encontre du Dr Denis Mukwege. "Touche pas au Prix Nobel", pouvait-on lire sur une affichette tenue par un manifestant.

Célèbre pour sa défense des femmes violées et les soins qu'ils leur apporte, le célèbre gynécologue s'estime menacé - sans dire par qui - depuis qu'il a dénoncé un nouveau massacre de civils en juillet dans sa province orientale du Sud-Kivu, à la frontière du Rwanda. Ce massacre a été attribué à des Congolais tutsis rwandophones (les Banyamulenge), en conflit avec d'autres communautés congolaises.

De nombreux Congolais estiment que les milices Banyamulenge sont soutenues par le Rwanda pour contrôler l'Est de la RDC et ses ressources foncières et minières, ce que récuse Kigali.

"Ce sont les mêmes qui continuent à tuer en RDC (...) dans la droite ligne des massacres qui frappent la RDC depuis 1996", a dénoncé fin juillet M. Mukwege, sans autre précision.

Le médecin demande l'instauration d'une juridiction internationale pour poursuivre les auteurs des massacres commis dans l'Est de la RDC depuis cette époque.

Comme il l'a encore fait cette semaine devant des députés européens, il cite un rapport des Nations unies de 2010, violemment critiqué par le Rwanda. Cette enquête documente "617 incidents violents commis entre 1993 et 2003".

"Certains actes pourraient même être constitutifs de crimes de génocide, s'ils étaient portés à la connaissance d'un tribunal compétent", a-t-il ajouté, reprenant les conclusions du rapport.

- "Instrument de propagande" -

Le rapport vise toutes les forces armées et leurs milices qui ont participé aux deux guerres du Congo parfois qualifiées de "guerre mondiale africaine": RDC (ex-Zaïre), Ouganda, Burundi, Angola, et, bien sûr, l'armée rwandaise de Paul Kagame.

En 1994, Paul Kagame et ses troupes avaient mis fin au génocide d'au moins 800.000 personnes appartenant essentiellement à la minorité tutsie, en chassant du pouvoir du Rwanda le régime extrémiste hutu.

En 1996-1998, l'armée de Paul Kagame a traqué des centaines de milliers de Hutus réfugiés en RDC, en soutenant la rébellion congolaise de Laurent-Désiré Kabila contre le vieux dictateur Mobutu Sese Seko.

"Les attaques systématiques et généralisées" de l'armée rwandaise au sein de la rébellion congolaise contre les Hutus en RDC "pourraient être qualifiées de crimes de génocide", lit-on dans le rapport défendu par le Dr Mukwege.

C'est évidemment inacceptable pour Paul Kagame, toujours au pouvoir au Rwanda. Le rapport a été qualifié mi-août "d'instrument de propagande" par son frère d'armes, l'ex-ministre rwandais de la Défense, James Kabarebe.

A la tête des forces rwandaises en RDC entre 1996 et 1998, le général Kabarebe a aussi qualifié le Dr Mukwege "d'instrument utilisé par les familles de ceux qui ont perdu la guerre".

Des propos qui ont été perçus en RDC comme des menaces à l'encontre du médecin.

"Le général Kabarebe n'a proféré aucune menace. Il trouve qu'il y a trop d'accusations farfelues dans ce rapport", détaille l'ambassadeur du Rwanda à Kinshasa.

En 2010, le Rwanda avait dénoncé ce rapport des Nations unies comme une tentative de "réécrire l'Histoire" et de "répartir de façon inappropriée la responsabilité du génocide qui a eu lieu au Rwanda".

"Pour que justice soit rendue, il faudrait (...) une coopération judiciaire très efficace avec tous les pays impliqués, notamment l'Ouganda, le Burundi et le Rwanda, ce qui n'existe pas encore", a déploré le Dr Mukwege face aux eurodéputés mardi.

"Je pense que le Rwanda devrait aussi répondre de ses actes", a-t-il insisté, au sujet des affrontements entre les armées rwandaise et ougandaise à Kisangani, dans l'Est de la RDC, en juin 2000, autre épisode traumatisant des guerres du Congo.

Prenant à contrepied une large partie de l'opinion, le président congolais Félix Tshisekedi s'est rapproché de Paul Kagame depuis son investiture en janvier 2019.

"Le manque de volonté politique et la +realpolitik+ ont trop longtemps primé sur le besoin et la soif de justice et de vérité. C'est dans ce contexte que les massacres se poursuivent en toute impunité", a glissé le prix Nobel de la Paix devant les députés européens.

Vendredi soir, l'ONG de défense des droits de l'Homme Amnesty International a demandé au gouvernement congolais et aux Nations unies de prendre des "mesures urgentes et concrètes" pour assurer la protection de M. Mukwege.

Ce vendredi à Kinshasa, les forces de sécurité ont dispersé un rassemblement de militants demandant aux autorités congolaises "l'expulsion immédiate" du nouvel ambassadeur du Rwanda. Ils accusent le diplomate, Vincent Karega, de faire preuve de "révisionnisme" en niant le rôle du Rwanda dans un des innombrables massacres qui ont marqué les deux guerres du Congo (1996-2003) dans l'Est."Je ne suis pas révisionniste. J'ai posé des questions sur des accusations portées contre mon pays. Je n'ai pas remis en cause les morts", se défend l'ambassadeur rwandais interrogé par l'AFP.Les organisateurs du sit-in demandaient également l'arrêt des menaces à l'encontre du Dr Denis Mukwege. "Touche pas au Prix Nobel", pouvait-on lire sur une affichette tenue par un manifestant.Célèbre pour sa défense des femmes violées et les soins qu'ils leur apporte, le célèbre gynécologue s'estime menacé - sans dire par qui - depuis qu'il a dénoncé un nouveau massacre de civils en juillet dans sa province orientale du Sud-Kivu, à la frontière du Rwanda. Ce massacre a été attribué à des Congolais tutsis rwandophones (les Banyamulenge), en conflit avec d'autres communautés congolaises.De nombreux Congolais estiment que les milices Banyamulenge sont soutenues par le Rwanda pour contrôler l'Est de la RDC et ses ressources foncières et minières, ce que récuse Kigali."Ce sont les mêmes qui continuent à tuer en RDC (...) dans la droite ligne des massacres qui frappent la RDC depuis 1996", a dénoncé fin juillet M. Mukwege, sans autre précision.Le médecin demande l'instauration d'une juridiction internationale pour poursuivre les auteurs des massacres commis dans l'Est de la RDC depuis cette époque.Comme il l'a encore fait cette semaine devant des députés européens, il cite un rapport des Nations unies de 2010, violemment critiqué par le Rwanda. Cette enquête documente "617 incidents violents commis entre 1993 et 2003"."Certains actes pourraient même être constitutifs de crimes de génocide, s'ils étaient portés à la connaissance d'un tribunal compétent", a-t-il ajouté, reprenant les conclusions du rapport.- "Instrument de propagande" -Le rapport vise toutes les forces armées et leurs milices qui ont participé aux deux guerres du Congo parfois qualifiées de "guerre mondiale africaine": RDC (ex-Zaïre), Ouganda, Burundi, Angola, et, bien sûr, l'armée rwandaise de Paul Kagame.En 1994, Paul Kagame et ses troupes avaient mis fin au génocide d'au moins 800.000 personnes appartenant essentiellement à la minorité tutsie, en chassant du pouvoir du Rwanda le régime extrémiste hutu.En 1996-1998, l'armée de Paul Kagame a traqué des centaines de milliers de Hutus réfugiés en RDC, en soutenant la rébellion congolaise de Laurent-Désiré Kabila contre le vieux dictateur Mobutu Sese Seko."Les attaques systématiques et généralisées" de l'armée rwandaise au sein de la rébellion congolaise contre les Hutus en RDC "pourraient être qualifiées de crimes de génocide", lit-on dans le rapport défendu par le Dr Mukwege.C'est évidemment inacceptable pour Paul Kagame, toujours au pouvoir au Rwanda. Le rapport a été qualifié mi-août "d'instrument de propagande" par son frère d'armes, l'ex-ministre rwandais de la Défense, James Kabarebe.A la tête des forces rwandaises en RDC entre 1996 et 1998, le général Kabarebe a aussi qualifié le Dr Mukwege "d'instrument utilisé par les familles de ceux qui ont perdu la guerre".Des propos qui ont été perçus en RDC comme des menaces à l'encontre du médecin. "Le général Kabarebe n'a proféré aucune menace. Il trouve qu'il y a trop d'accusations farfelues dans ce rapport", détaille l'ambassadeur du Rwanda à Kinshasa.En 2010, le Rwanda avait dénoncé ce rapport des Nations unies comme une tentative de "réécrire l'Histoire" et de "répartir de façon inappropriée la responsabilité du génocide qui a eu lieu au Rwanda"."Pour que justice soit rendue, il faudrait (...) une coopération judiciaire très efficace avec tous les pays impliqués, notamment l'Ouganda, le Burundi et le Rwanda, ce qui n'existe pas encore", a déploré le Dr Mukwege face aux eurodéputés mardi."Je pense que le Rwanda devrait aussi répondre de ses actes", a-t-il insisté, au sujet des affrontements entre les armées rwandaise et ougandaise à Kisangani, dans l'Est de la RDC, en juin 2000, autre épisode traumatisant des guerres du Congo.Prenant à contrepied une large partie de l'opinion, le président congolais Félix Tshisekedi s'est rapproché de Paul Kagame depuis son investiture en janvier 2019."Le manque de volonté politique et la +realpolitik+ ont trop longtemps primé sur le besoin et la soif de justice et de vérité. C'est dans ce contexte que les massacres se poursuivent en toute impunité", a glissé le prix Nobel de la Paix devant les députés européens.Vendredi soir, l'ONG de défense des droits de l'Homme Amnesty International a demandé au gouvernement congolais et aux Nations unies de prendre des "mesures urgentes et concrètes" pour assurer la protection de M. Mukwege.