Âgé de 62 ans, Steve Bannon dirigeait le site Breitbart avant d'être nommé directeur de campagne de Trump. À présent, il occupe le poste de stratège politique à la Maison-Blanche, celui qui dessine les lignes politiques avec Trump.

Le site Breitbart offrait une plateforme aux al-right, au nationalisme blanc, à l'antisémitisme, et au sexisme (sans qu'il partage ces idées, a-t-il indiqué plusieurs fois). Mais que pense-t-il, lui que l'on qualifie d'inventeurs du Trumpisme ?

Le site d'informations Buzzfeed a retrouvé une conférence-débat prononcée par Bannon. Pendant cinquante minutes il a débattu sur Skype avec un groupe réuni au Vatican, où se déroulait une conférence sur la pauvreté organisée par le Human Dignity Institute, un groupe religieux conservateur proche de l'Église catholique.

"Nous sommes les enfants de la barbarie"

"Je crois que le monde, et particulièrement le monde judéo-chrétien, est en crise. Et c'est une crise du capitalisme, mais encore plus des fondements judéo-chrétiens de nos convictions occidentales".

"Il y a cent ans, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo entraînait la fin de l'époque victorienne et le début du siècle le plus sanguinaire de l'histoire de l'humanité. Pour remettre les choses en perspective : avant le meurtre perpétré il y a cent ans, le monde était en paix. Il y avait du commerce, de la globalisation, du transfert de technologie, les Églises anglicane et catholique et la foi chrétienne étaient dominantes en Europe. Sept semaines plus tard, cinq millions, je pense, d'hommes étaient sous les drapeaux et en un mois, il y avait un million de morts".

En fin de compte, 180 à 200 millions de personnes ont été tuées au 20e siècle, a déclaré Bannon qui parle d'un "siècle de barbarie". "Nous sommes les enfants de cette barbarie, qui sera pratiquement considérée comme l'âge sombre" (NDLR : le début du Moyen-Âge). Pour lui, les guerres du 20e siècle opposaient "au fond, l'Occident judéo-chrétien et les athées". Ce qui nous a sauvés, "ce n'est pas seulement l'héroïsme de nos personnes. Le principe sous-jacent était une forme éclairée de capitalisme".

"Ce capitalisme a créé une prospérité énorme. Et en réalité, cette prospérité a été partagée entre la classe moyenne, la classe moyenne débutante, les gens qui venaient de milieux ouvriers, et elle a créé la Pax Americana".

"Une crise de foi et de capitalisme"

Bannon explique que cette Pax Americana, qui a duré des dizaines d'années, était une conséquence du capitalisme judéo-chrétien. "Presque tous les capitalistes croyaient à l'occident judéo-chrétien... et leur foi se manifestait dans leur travail". "Je crois que depuis la chute de l'Union soviétique nous avons perdu la trace dans ce qui est une crise de notre Église, de la foi, de l'Occident et du capitalisme".

"J'étais moi-même un capitaliste pur et dur", explique Bannon, qui a travaillé pour Goldman Sachs. "Mais il y a deux types de capitalisme très inquiétants. Le premier c'est le capitalisme d'État, avec le népotisme, destiné à créer de la prospérité pour un tout petit groupe. L'autre forme de capitalisme, presque aussi inquiétant, c'est ce que j'appelle l'Ayn Rand ou l'École objectiviste de capitalisme libertaire, une forme laïque de capitalisme".

"Cette forme de capitalisme diffère de ce que j'appelais le capitalisme éclairé de l'Occident judéo-chrétien. C'est une forme de capitalisme qui transforme les gens en marchandises, qui les objective et les utilise pratiquement - comme dans les concepts de base de Marx".

Cette forme de capitalisme a contribué à la crise bancaire. "La façon dont on n'a jamais demandé de comptes aux gens qui dirigeaient les banques et les fonds d'investissement a déclenché la colère du mouvement Tea Party aux États-Unis", estime Bannon.

"On peut comprendre pourquoi des gens qui ont du mal à gagner 50 000 ou 60 000 dollars par an et qui voient augmenter leurs impôts sont en colère quand ces taxes servent à sauver les banques. Nous avons créé un groupe qui ne peut que gagner. Les banquiers ne courent pas de risques quand ils se comportent mal".

"La guerre à l'islam radical"

"Nous devons affronter une réalité très déplaisante: une grande guerre imminente, une guerre qui est déjà globale... Je crois qu'aujourd'hui nous devons engager la confrontation. Nous regretterons chaque jour que nous refusons de voir son ampleur et sa malveillance". "Je crois qu'il faut adopter une attitude très, très agressive contre l'islam radical", ajoute-t-il.

Bannon a également évoqué Vladimir Poutine, le président russe. "Je n'excuse pas Vladimir Poutine, ni la kleptocratie qu'il représente. Mais l'Occident judéo-chrétien devrait écouter ce qu'il dit au sujet du traditionalisme et en particulier là où ce traditionalisme soutient le nationalisme. Je crois que la souveraineté d'un pays est une bonne chose. Je pense que les mouvements nationalistes forts dans les pays nous donnent des voisins forts, et ce sont les fondements qui ont construit l'Europe occidentale et les États-Unis, et c'est ce qui nous fera progresser".