Le mercredi 8 janvier, les frappes aériennes perpétrées la nuit précédente contre deux bases militaires américaines en Irak en représailles à l'assassinat du chef de la force al-Qods des Gardiens de la révolution par les Etats-Unis forgent un sentiment d'union nationale parmi la population. Même ceux qui ont dénoncé l'empreinte de Qassem Soleimani dans la répression de manifestants pacifistes en novembre 2019 justifient la réplique. Pour faire bonne mesure avec le choc de la disparition d'un des pontes du régime, les autorités établissent le bilan des attaques à 80 Américains morts ; il n'y en a eu aucun. C...

Le mercredi 8 janvier, les frappes aériennes perpétrées la nuit précédente contre deux bases militaires américaines en Irak en représailles à l'assassinat du chef de la force al-Qods des Gardiens de la révolution par les Etats-Unis forgent un sentiment d'union nationale parmi la population. Même ceux qui ont dénoncé l'empreinte de Qassem Soleimani dans la répression de manifestants pacifistes en novembre 2019 justifient la réplique. Pour faire bonne mesure avec le choc de la disparition d'un des pontes du régime, les autorités établissent le bilan des attaques à 80 Américains morts ; il n'y en a eu aucun. Ce mensonge-là ne tempère pas l'élan patriotique de Téhéran à Ispahan. Le crash d'un Boeing 737 de la compagnie Ukraine International Airlines qui a fait 176 tués, la plupart iraniens, quelques heures après la réplique antiaméricaine n'est alors qu'un accident. Après trois jours de dénégations cependant, le régime des ayatollahs reconnaît ce que les Américains sont sans doute en passe de pouvoir prouver : un missile a causé la destruction de l'appareil, pris pour un " avion hostile ". Les autorités ont beau affirmer que cet aveu tardif s'explique par le délai de l'enquête, nombre d'Iraniens jugent que le pouvoir les a sciemment trompés. La " belle " unité face à un ennemi commun, expressément diabolisé, se mue en tensions intestines, donnant le sentiment ou l'illusion que si toutes les oppositions au Guide suprême de la révolution islamique Ali Khamenei et au président Hassan Rohani parvenaient à faire cause commune, les jours du régime seraient comptés... Il serait hasardeux de pronostiquer que le rapport de force entre le pouvoir et les mouvements de contestation s'est inversé. Les manifestants de novembre dernier contre la hausse des prix du carburant ne poursuivent pas nécessairement le même objectif politique que ceux qui protestent dans les rues depuis le 11 janvier. Mais, comme rarement dans le passé, le régime des ayatollahs est mis aujourd'hui face à ses dysfonctionnements et ses contradictions. D'autant que les représailles à l'assassinat de Qassem Soleimani ont pu paraître minimalistes aux yeux des faucons, au point de questionner la légitimité d'Ali Khamenei... Ce contexte sourit à Donald Trump. Les dirigeants iraniens sont sous la double pression de la communauté internationale et d'une partie peut-être de plus en plus significative de leur population. Ainsi l'homme politique qui ne cesse de crier au procès en fake news pour discréditer ses adversaires ne se prive-t-il pas de profiter du mensonge d'un ennemi. Au regard de l'histoire, les Américains ne sont pas, il est vrai, les plus dignes dans la gestion de drames de l'aviation civile en temps de guerre. Le président Ronald Reagan n'a jamais reconnu la responsabilité de l'armée américaine dans la destruction (290 morts) le 3 juillet 1988, en plein conflit irano-irakien, d'un Airbus d'Iran Air par un missile tiré du croiseur USS Vincennes...