Il y a trois mois, une gigantesque explosion dans un entrepôt du port ravageait la capitale libanaise, exposant aux yeux du monde la gabegie du gouvernement, dénoncée depuis le 17 octobre 2019 par une révolte populaire. Le 22 octobre, pour remplacer le Premier ministre démissionnaire, le président Michel Aoun a fait appel...

Il y a trois mois, une gigantesque explosion dans un entrepôt du port ravageait la capitale libanaise, exposant aux yeux du monde la gabegie du gouvernement, dénoncée depuis le 17 octobre 2019 par une révolte populaire. Le 22 octobre, pour remplacer le Premier ministre démissionnaire, le président Michel Aoun a fait appel à Saad Hariri, celui-là même dont les manifestants avaient obtenu il y a un an le retrait de la tête du gouvernement... Ce cycle délétère des arrangements communautaires est dénoncé par le grand écrivain libanais Charif Majdalani dans Beyrouth 2020. Journal d'un effondrement (Actes Sud, 160 p.). "En trente ans (NDLR: depuis la fin de la guerre civile), le pays tout entier est devenu la chasse gardée de la caste des oligarques au pouvoir, qui a établi avec les citoyens une relation de nature mafieuse, offrant protection, garanties et petites opportunités à tous ceux qui les sollicitaient et bloquant tout autre forme de rapport à l'Etat que celui de la quémande", note l'auteur. Ainsi, pour ceux qui ne sont pas les obligés des chefs de clan, habiter le Liban relève de la survie entre le délitement quasi généralisé du secteur de l'électricité et les restrictions aux retraits d'argent des banques. Et maintenant que le système financier vacille et que les aides internationales sont suspendues à la mise en oeuvre de réformes, les mêmes dirigeants se battent encore pour se partager "non plus des parts d'un gâteau qui n'existe plus mais des postes clés de l'administration, dans le cas où la manne retomberait du ciel"... Pauvre Liban, remarquablement décrit par Charif Madjalani.