Les Pays-Bas ont annoncé jeudi avoir expulsé quatre agents russes qui tentaient de pirater le siège de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) à La Haye, une affaire jugée "extrêmement inquiétante" par le gouvernement néerlandais. Cette nouvelle affaire a été l'occasion pour l'Otan, l'Union européenne, le Canada et les Etats-Unis de dénoncer le comportement de la Russie. Dans une ambiance digne de la guerre froide qui prévaut depuis l'empoisonnement d'un ex-espion russe au Royaume-Uni, Londres et Canberra ont ainsi accusé le même jour le renseignement militaire russe (GRU) d'avoir mené les principales cyberattaques mondiales de ces dernières années.

Un véhicule truffé d'équipement

Les autorités néerlandaises ont révélé comment les agents russes avaient positionné, en avril, un véhicule truffé d'équipements électroniques sur le parking d'un hôtel proche du siège de l'OIAC dans le but de pirater son système informatique. Cela s'est passé en avril, au moment où l'OIAC enquêtait sur l'empoisonnement de l'ex-espion russe Sergueï Skripal en Angleterre et sur une attaque chimique présumée à Douma en Syrie, attribuée par les Occidentaux à Moscou, qui a toujours nié toute implication. Les services secrets néerlandais et britanniques ont trouvé dans la voiture des agents russes un ordinateur portable et une facture de taxi pour une course du siège du GRU à l'aéroport de Moscou, a précisé Mme Bijleveld. Signe de l'envergure du réseau, l'ordinateur portable retrouvé était relié au Brésil, à la Suisse et à la Malaisie, et pour ce dernier pays en liaison avec l'enquête sur la destruction en 2014 du vol MH17 au-dessus de l'Ukraine. Les Pays-Bas, qui ont bénéficié de la coopération de Londres, ont identifié les présumés agents russes, précisant que l'opération était selon eux coordonnée par le renseignement militaire russe. Il a dévoilé leurs passeports, identifiant les Russes comme Alexeï Morenets, Evgueni Serebriakov, Oleg Sotknikov et Alexeï Minine. Londres et La Haye ont accusé le GRU de mépriser les règles internationales, garantes de la sécurité mondiale, en lançant des cyberattaques contre des institutions à travers le monde, en l'OIAC. De son côté, Moscou a ironisé sur l'"espionnite aiguë" qui s'est selon elle emparée des Occidentaux.

- Puissante agence militaire -

Créée par les bolchéviques en 1918 et considérée comme une structure rivale du KGB pendant l'époque soviétique, la Direction générale des renseignements de l'état-major des forces armées (GRU, renommé officiellement GU en 2010) a la réputation d'être la plus puissante et la plus audacieuse agence d'espionnage russe, tout en étant peu connue du grand public.

Dirigé depuis 2016 par Igor Korobov, qui figure sur la liste des personnes sanctionnées par l'administration américaine, le GRU dispose d'un vaste réseau d'agents à l'étranger mais aussi d'unités militaires d'élite, les "Spetznaz".

iStockPhoto
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Si le GRU a toujours été une organisation puissante, elle est apparue sur le devant de la scène à la faveur de la dissolution du KGB, qui a donné naissance à diverses agences de renseignement russes qui se retrouvent souvent en concurrence.

- Cyberattaques et ingérence -

Le GRU est accusé par les Occidentaux d'être derrière une myriade de groupes de pirates informatiques à l'origine de cyberattaques ayant visé notamment l'Agence mondiale anti-dopage, des médias ou encore l'aéroport d'Odessa et le métro de Kiev en Ukraine.

L'agence est également soupçonnée d'être responsable de la cyberattaque NotPetya, qui avait affecté des centaines de milliers d'ordinateurs à travers le monde en juin 2017, parmi lesquels ceux de grandes entreprises.

Aux Etats-Unis, le GRU a été accusé d'être à l'origine du piratage des ordinateurs du parti démocrate américain, prélude au scandale de l'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016. Dans cette affaire, 12 Russes présentés comme des agents du GRU ont été inculpés en juillet.

- Empoisonnement -

Londres a également mis en cause le GRU dans l'empoisonnement au Novitchok, un puissant agent innervant, de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia le 4 mars en Angleterre. Des mandats d'arrêts ont été émis contre deux agents présumés de l'organisation.

Sergueï Skripal était lui-même un ancien colonel du GRU, arrêté et condamné en 2006 à Moscou pour "haute trahison" au profit de Londres, avant d'être échangé en 2010 contre des espions russes arrêtés en Occident.

Skripal en 2006 , AFP
Skripal en 2006 © AFP

Vladimir Poutine a assuré en 2010 que les services secrets russes ne "s'occupaient pas" d'éliminer les traîtres, ajoutant que "les traîtres mourront d'eux-même".

Mais le GRU a déjà été impliqué dans des opérations réalisées à l'étranger. En 2004, deux de ses agents présumés avaient été condamnés au Qatar pour avoir organisé l'assassinat d'un responsable indépendantiste tchétchène. Ils avaient ensuite été discrètement renvoyés à Moscou.

- De toutes les guerres -

La présence de "conseillers" du GRU a été rapportée par de nombreux observateurs, non seulement en soutien aux forces du président Bachar al-Assad en Syrie mais aussi aux côtés des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine. Moscou a toujours nié toute implication dans ce conflit.

Le GRU aurait également joué un rôle crucial dans l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie en mars 2014, à la suite d'une intervention des forces spéciales et d'un référendum, non reconnu par Kiev et les Occidentaux.

Les agents et troupes du GRU avaient précédemment été activement utilisées lors des deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2009), lors du conflit en Géorgie (août 2008) ainsi que pour la désastreuse guerre soviétique en Afghanistan (1979-1989).

L'opaque et puissante société militaire privée Wagner, qui s'est notamment illustrée en Syrie et a fait cette année parler d'elle en Centrafrique, a été créée par un ancien officier du GRU, Dmitri Outkine, qui a été décoré par Vladimir Poutine.

Les Pays-Bas ont annoncé jeudi avoir expulsé quatre agents russes qui tentaient de pirater le siège de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) à La Haye, une affaire jugée "extrêmement inquiétante" par le gouvernement néerlandais. Cette nouvelle affaire a été l'occasion pour l'Otan, l'Union européenne, le Canada et les Etats-Unis de dénoncer le comportement de la Russie. Dans une ambiance digne de la guerre froide qui prévaut depuis l'empoisonnement d'un ex-espion russe au Royaume-Uni, Londres et Canberra ont ainsi accusé le même jour le renseignement militaire russe (GRU) d'avoir mené les principales cyberattaques mondiales de ces dernières années.Créée par les bolchéviques en 1918 et considérée comme une structure rivale du KGB pendant l'époque soviétique, la Direction générale des renseignements de l'état-major des forces armées (GRU, renommé officiellement GU en 2010) a la réputation d'être la plus puissante et la plus audacieuse agence d'espionnage russe, tout en étant peu connue du grand public.Dirigé depuis 2016 par Igor Korobov, qui figure sur la liste des personnes sanctionnées par l'administration américaine, le GRU dispose d'un vaste réseau d'agents à l'étranger mais aussi d'unités militaires d'élite, les "Spetznaz".Si le GRU a toujours été une organisation puissante, elle est apparue sur le devant de la scène à la faveur de la dissolution du KGB, qui a donné naissance à diverses agences de renseignement russes qui se retrouvent souvent en concurrence.Le GRU est accusé par les Occidentaux d'être derrière une myriade de groupes de pirates informatiques à l'origine de cyberattaques ayant visé notamment l'Agence mondiale anti-dopage, des médias ou encore l'aéroport d'Odessa et le métro de Kiev en Ukraine.L'agence est également soupçonnée d'être responsable de la cyberattaque NotPetya, qui avait affecté des centaines de milliers d'ordinateurs à travers le monde en juin 2017, parmi lesquels ceux de grandes entreprises.Aux Etats-Unis, le GRU a été accusé d'être à l'origine du piratage des ordinateurs du parti démocrate américain, prélude au scandale de l'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016. Dans cette affaire, 12 Russes présentés comme des agents du GRU ont été inculpés en juillet.Londres a également mis en cause le GRU dans l'empoisonnement au Novitchok, un puissant agent innervant, de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia le 4 mars en Angleterre. Des mandats d'arrêts ont été émis contre deux agents présumés de l'organisation.Sergueï Skripal était lui-même un ancien colonel du GRU, arrêté et condamné en 2006 à Moscou pour "haute trahison" au profit de Londres, avant d'être échangé en 2010 contre des espions russes arrêtés en Occident.Vladimir Poutine a assuré en 2010 que les services secrets russes ne "s'occupaient pas" d'éliminer les traîtres, ajoutant que "les traîtres mourront d'eux-même".Mais le GRU a déjà été impliqué dans des opérations réalisées à l'étranger. En 2004, deux de ses agents présumés avaient été condamnés au Qatar pour avoir organisé l'assassinat d'un responsable indépendantiste tchétchène. Ils avaient ensuite été discrètement renvoyés à Moscou.La présence de "conseillers" du GRU a été rapportée par de nombreux observateurs, non seulement en soutien aux forces du président Bachar al-Assad en Syrie mais aussi aux côtés des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine. Moscou a toujours nié toute implication dans ce conflit.Le GRU aurait également joué un rôle crucial dans l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie en mars 2014, à la suite d'une intervention des forces spéciales et d'un référendum, non reconnu par Kiev et les Occidentaux. Les agents et troupes du GRU avaient précédemment été activement utilisées lors des deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2009), lors du conflit en Géorgie (août 2008) ainsi que pour la désastreuse guerre soviétique en Afghanistan (1979-1989).L'opaque et puissante société militaire privée Wagner, qui s'est notamment illustrée en Syrie et a fait cette année parler d'elle en Centrafrique, a été créée par un ancien officier du GRU, Dmitri Outkine, qui a été décoré par Vladimir Poutine.