Six navires sabotés de manière mystérieuse, un drone américain abattu par un missile iranien et des déclarations belliqueuses qu'on ne compte plus: depuis quelque mois, le détroit d'Ormuz est à nouveau au centre des attentions internationales et est redevenu l'un des points à risques au niveau géopolitique.
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Six navires sabotés de manière mystérieuse, un drone américain abattu par un missile iranien et des déclarations belliqueuses qu'on ne compte plus: depuis quelque mois, le détroit d'Ormuz est à nouveau au centre des attentions internationales et est redevenu l'un des points à risques au niveau géopolitique. Le détroit d'Ormuz, qui relie le Golfe au golfe d'Oman, est situé entre l'Iran et le Sultanat d'Oman. Il est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, 50 kilomètres environ, et de sa profondeur, qui n'excède pas 60 mètres. Il est parsemé d'îles désertiques ou peu habitées, mais d'une grande importance stratégique: les îles iraniennes d'Ormuz, et celles de Qeshm et de Larak, face à la rive iranienne de Bandar Abbas. "Les navires sont obligés de circuler dans des chenaux très étroits, de 2 milles nautiques (3,7 km). Un espace interdit à la navigation d'une distance équivalente sépare le couloir entrant du couloir sortant", précise Le Monde. Le passage est encore compliqué par la brume de chaleur qui restreint la visibilité. Le détroit d'Ormuz reste la voie de navigation quasi exclusive reliant les producteurs d'hydrocarbures du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Émirats arabes unis, Irak et Iran) aux marchés d'Asie, d'Europe et d'Amérique du nord. En 2018, environ 21 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement, selon l'Agence américaine de l'Energie (EIA). Cela représente environ 21% de la consommation mondiale de pétrole et un tiers du brut transitant par voie maritime dans le monde. Un quart du commerce mondial de gaz naturel liquéfié passe également par Ormuz. Quelque 76% des exportations de brut passant par ce détroit stratégique étaient destinées l'an dernier aux pays d'Asie (en premier lieu la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud), selon l'EIA. Si l'Arabie saoudite et les Émirats ont établi un réseau d'oléoducs pour contourner le détroit, ces voies alternatives ne convoient que des volumes limités (3 millions de barils/jour en 2018, pour une capacité totale de 6,8 millions) et elles ne sont pas épargnées, comme l'a montré en mai l'attaque d'un oléoduc saoudien par des rebelles yéménites. Les récentes attaques de tankers en mer d'Oman puis l'épisode du drone américain abattu attisent le spectre de perturbations significatives du trafic et de déstabilisation du marché pétrolier. Pour les pays consommateurs, il paraît cependant difficile de trouver une alternative, en volume comme en qualité, aux bruts extraits de la région du Golfe. Ainsi, le pétrole léger produit par les Etats-Unis n'est pas un substitut aux bruts lourds du Moyen-Orient. Les Etats-Unis, bien que premier producteur mondial et exportateur net de pétrole, ont ainsi importé en 2018 environ 1,4 million de barils/jour de brut ayant passé par le détroit d'Ormuz, soit 7% de leur consommation. Ormuz n'est pas que "l'épine dorsale du système énergétique international", comme le précise le quotidien Le Monde. "Ormuz se trouve aussi sur la ligne de faille entre l'Iran et l'Arabie saoudite, deux puissances à couteaux tirés, qui se disputent la suprématie régionale." Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne, contrôlent les opérations navales dans le Golfe. Une des perturbations majeures du transport pétrolier remonte à 1984, en plein conflit Iran-Irak (1980-1988), durant la "guerre des pétroliers". Plus de 500 navires avaient été détruits ou endommagés. En juillet 1988, un Airbus A-300 de la compagnie nationale Iran Air, assurant la liaison entre Bandar-Abbas et Dubaï, avait été abattu par deux missiles d'une frégate américaine qui patrouillait dans le détroit: 290 personnes ont été tuées. L'équipage de l'USS Vincennes avait affirmé avoir pris l'Airbus pour un chasseur iranien animé d'intentions hostiles.L'Iran se considère toujours comme le gardien du Golfe et dénonce régulièrement la présence de forces étrangères dans la région, notamment la Ve Flotte américaine stationnée à Bahreïn. En avril 2015, des bateaux des Gardiens de la Révolution ont arraisonné dans le détroit d'Ormuz un porte-conteneurs des îles Marshall. Le mois suivant, des patrouilleurs iraniens tiraient des coups de semonce dans une apparente tentative d'interception d'un navire commercial battant pavillon singapourien. Ravivées par le retrait américain en mai 2018 de l'accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement de lourdes sanctions américaines, les tensions se sont récemment intensifiées avec des sabotages et attaques contre des pétroliers dans la région du Golfe en mai et en juin, imputées par Washington à Téhéran --qui a cependant démenti.A la politique de "pression maximale" mise en oeuvre par Trump les forcer à accepter un accord plus contraignant, l'Iran répond par la menace de fermer le corridor maritime. De quoi redonner à l'endroit son côté sulfureux comme au temps de la fameuse guerre des Tankers des années 1980. "Ultrasurveillé, ultramilitarisé, Ormuz est une boîte de Pandore géostratégique", précise encore Le Monde. A ceci près que la situation n'est plus la même qu'il y a 35 ans. Comme déjà indiqué précédemment, il existe aujourd'hui des alternatives à Ormuz pour le pétrole et Téhéran sait qu'il n'a pas les moyens de verrouiller militairement Ormuz le temps nécessaire pour créer une véritable pénurie puisque les forces armées des Etats-Unis, de la France ou encore de la Royal Navy britannique sont trop présentes dans le coin. Toutes ces marines effectuent par ailleurs des exercices conjoints de déminage du détroit tous les deux ans, la dernière ayant eu lieu en mai 2019. Ensuite la plupart des pays disposent aujourd'hui de réserves stratégiques de pétrole pour parer à ce genre de situation. "Dans ce bras de fer asymétrique avec les Etats-Unis et leurs alliés, l'Iran espère tout de même pouvoir s'appuyer sur l'effet dissuasif de son arsenal balistique qui, par beau, temps est capable de frapper toute la côte des Émirats", dit encore Le MondeMais plus que militaire, la stratégie de Téhéran semble avant tout économique. En créant des troubles dans le détroit, ça fait monter le prix des assurances, et donc, in fine, le prix du baril. Or pour se renflouer un tant soit peu, l'Iran a besoin de vendre le peu de barils qu'il arrive encore à écouler au prix le plus élevé possible. Téhéran espère aussi pousser les Chinois et les Européens, qui souffriraient en premier d'un pétrole cher, à faire pression sur Trump pour qu'il change de politique. Avec l'AFP et Le Monde