Ce jour-là, sur un quai de gare remis à neuf, 143 passagers embarquent à bord des voitures chinoises du Diamant Béton pour un périple de quelque 780 kilomètres. Il leur faudra deux jours de voyage à une vitesse moyenne de 20 km/h pour atteindre leur destination. Le chemin de fer katangais, avec ses 3 640 kilomètres de rails, est l'un des plus vétustes du contine...

Ce jour-là, sur un quai de gare remis à neuf, 143 passagers embarquent à bord des voitures chinoises du Diamant Béton pour un périple de quelque 780 kilomètres. Il leur faudra deux jours de voyage à une vitesse moyenne de 20 km/h pour atteindre leur destination. Le chemin de fer katangais, avec ses 3 640 kilomètres de rails, est l'un des plus vétustes du continent. Fondé en 1906, il était alors la clé de voûte du système colonial. La citation de Stanley - "Sans chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny" - résume l'équation: pour exploiter les minerais de cette région enclavée, le train constituait la seule option. A l'agonie depuis les années 1990, la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) tente aujourd'hui d'apparaître comme un interlocuteur de premier ordre auprès des institutions et des compagnies minières. Les moyens de déplacement constituent en effet un enjeu majeur pour désenclaver les villes et villages de "l'hinterland" congolais. La vétusté des routes et leur insécurité confèrent à la SNCC une position stratégique mais, malgré les tentatives de réhabilitation, elle ne s'est jamais relevée. Face à l'incurie du rail, les groupes miniers privilégient toujours le réseau routier pour l'exportation des matières premières. D'autres défis entravent le renouveau de la SNCC: vols de matériel, locomotives vieillissantes, arriérés de salaires et nombre pléthorique d'employés. D'une moyenne d' âge de 60 ans, la majorité des cheminots congolais n'attendent que leur retraite. La récente promesse d'investissements allemands redonne espoir aux cadres de la compagnie. D'ici là, seules la volonté des cheminots et les réparations de fortune maintiennent les lignes en fonction. Un article de Colin Delfosse, avec le soutien du Fonds pour le journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.