Il est désormais de bon ton de critiquer l'idée de croissance. L'augmentation tendancielle de l'activité économique serait néfaste car non soutenable d'un point de vue sociétal - elle entraînerait de fortes inégalités - ou énergétique - elle accélérerait le changement climatique. Il deviendrait donc urgent d'entamer une phase de décroissance de l'activité. Celle-ci serait caractérisée par une augmentation des impôts productifs, afin de baisser la production, et par une stimulation de l'économie locale, réduisant ainsi les échanges et la mobilité des individus.
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Il est désormais de bon ton de critiquer l'idée de croissance. L'augmentation tendancielle de l'activité économique serait néfaste car non soutenable d'un point de vue sociétal - elle entraînerait de fortes inégalités - ou énergétique - elle accélérerait le changement climatique. Il deviendrait donc urgent d'entamer une phase de décroissance de l'activité. Celle-ci serait caractérisée par une augmentation des impôts productifs, afin de baisser la production, et par une stimulation de l'économie locale, réduisant ainsi les échanges et la mobilité des individus. Cette idée va à l'encontre d'un des principes fondamentaux de l'économie politique qui consiste à maximiser la croissance d'un pays afin d'accroître la richesse et, ainsi, la qualité de vie de ses habitants. Cet objectif quantitatif est à la base de la plupart des décisions économiques prises dans nos pays, mais aussi dans ceux en voie de développement. C'est donc pour le satisfaire que des politiques industrielles ambitieuses mais aussi éducatives, de recherche et développement, ont été mises en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La mondialisation des échanges a permis de faire gagner plusieurs points de croissance, grâce à la spécialisation dans les secteurs possédant un avantage comparatif. La mobilité des individus, pour des raisons professionnelles ou simplement pour le tourisme, a aussi stimulé le développement de certains pays pauvres et la croissance des secteurs d'activité orientés vers l'extérieur. Finalement, les politiques budgétaires et monétaires, comme celles mises en place au cours de la crise de la Covid, ont aussi optimisé la croissance en limitant l'effet de chocs négatifs. D'un point de vue purement factuel, la croissance mondiale a été multipliée par 25 depuis le début du XIXe siècle, entraînant une hausse du pouvoir d'achat généralisée. En Belgique, les seules périodes de baisse potentielle d'activité correspondent aux deux guerres mondiales et aux différentes crises économiques (crise financière de 1929, pétrolière des années 1970, financière de 2008 et la Covid en 2020) et ne constituent donc pas les périodes les plus heureuses de notre histoire. Ces deux positions sont-elles irréconciliables et devront-elles continuer à faire l'objet de débats dogmatiques? Cerra, Eichengreen, El-Ganainy et Schindler, dans l'ouvrage récent (1) qu'ils ont coordonné, ouvrent une alternative. Ils proposent de garder l'objectif ultime de maximisation de la croissance dite "quantitative", mais de le compléter avec une dimension qualitative. Pour devenir inclusive, la croissance doit aller de pair avec un accroissement de sa qualité sociétale (diminution des inégalités et meilleure gouvernance) et écologique (prise en compte des contraintes climatiques) de façon à la rendre soutenable à long terme. Les politiques proposées couvrent tous les aspects de l'économie (marchés financiers, marchés du travail, fiscalité, migration...) et évitent les conclusions simplistes. Un des chapitres, en particulier, souligne comment optimiser les politiques d'innovation, de recherche et d'éducation dans un objectif de croissance inclusive. Il reste maintenant à espérer que cette approche puisse être mise en pratique.