Aux Pays-Bas, Ikea a abandonné une campagne qui consistait à faire porter un autocollant jaune aux visiteurs ne pouvant pas porter de masques pour des raisons médicales. Certaines personnes ont associé l'autocollant à l'étoile jaune que les Juifs étaient contraints de porter pendant la Seconde Guerre mondiale.

Depuis l'apparition du Covid en Chine, différentes formes de stigmatisation et de discrimination ont été signalées, et ce, partout dans le monde.

Début 2020, à Rome, un conservatoire interdit de cours "aux étudiants orientaux (Chinois, Japonais, Coréens, etc.)",jusqu'à ce qu'ils passent une visite médicale. À Sydney, des passants laissent mourir un homme qui fait une crise cardiaque sur un trottoir de Chinatown. À Mexico, Uber désactive le compte de 240 clients qui ont voyagé dans un VTC ayant transporté un touriste chinois enrhumé .

Aux prémices de la pandémie, alors que le virus n'avait pas encore atteint l'Europe, les cas de racisme explosent envers la communauté asiatique, cibles considérées à tort comme la cause de la maladie. Conséquence collatérale du virus, dès janvier 2020, le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus est né sur Twitter pour dénoncer les clichés racistes véhiculés par l'apparition de l'épidémie.

UNIA, en tant qu'Institution Nationale des Droits Humains, considère que la crise du coronavirus est à prendre comme un signal d'alerte en matière de respect des droits fondamentaux. Selon Patrick Charlier, co-directeur de UNIA, "en Belgique, plus de 800 signalements nous sont parvenus entre le 1er février et le 19 août 2020. Effectivement, il y a un consensus spécifique lié à la crise du Covid, notamment une stigmatisation de certaines populations. Les premiers signalements concernaient les personnes asiatiques: bloquées, stigmatisées, interpellées, on recevait des signalements de manière constante".

Soignants en première ligne

Comme le cite la Chaire UNESCO dans un article paru en mai 2020, les cibles des attaques discriminatoires ont changé au fil des semaines, car "un autre type de stigmatisation est né de la peur d'être infecté". Dans certains cas, cette crainte s'est traduite par des menaces à l'encontre le personnel soignant et des employés de supermarchés qui risquent d'être infectés sur leur lieu de travail.

En Belgique aussi, "cela a été très intense pour le personnel soignant, souligne Patrick Charlier. On a eu un cas où une personne, du personnel soignant, n'a pas pu rentrer chez elle, les colocataires avaient changé les serrures pendant son absence".

La peur de l'autre

Le profil des victimes varie d'un pays à l'autre, pourtant il semble y avoir un schéma commun dans les actes discriminatoires qui se sont produits pendant la pandémie. Le plus souvent, la cible est "l'autre", c'est-à-dire l'étranger, une personne appartenant à une minorité ethnique ou culturelle. "Effectivement on peut dire que le Covid a mené à la discrimination de certains individus. C'est arrivé que les personnes migrantes, les demandeurs d'asile, aient été pointées comme responsables de la propagation du virus. En Belgique, un bourgmestre de la commune d'Ellezelles avait refusé que des enfants d'un centre de réfugiés continuent à fréquenter une école".

La crainte de la contagion a aussi entraîné des attaques discriminatoires à l'encontre des sans-abri qui, en raison de leur situation, ne peuvent pas respecter le confinement ni appliquer d'autres mesures préventives de base. "Dans le contexte de la peur et de l'incertitude qui apparaissent lors d'une pandémie, la stigmatisation et la discrimination suivent rapidement", déclare Winnie Byanyima, Directrice exécutive de l'ONUSIDA. La stigmatisation et la discrimination sont contre-productives. Elles exposent les gens à la violence, au harcèlement et à l'isolement, empêchent les gens d'accéder aux services de santé et empêchent les mesures de santé publique de contrôler efficacement les pandémies".

Les réponses à la montée de la xénophobie dans certains pays ont pris la forme de campagnes médiatiques lancées par les autorités nationales et locales, ainsi que par la société civile. La lutte contre les préjugés apparaît donc comme une intervention clé, au même titre que d'autres mesures apportant un soutien financier ou visant à améliorer l'accès des groupes défavorisés aux services de base.

Ces incidents semblent confirmer qu'en temps de crise et de grande incertitude, surtout d'une ampleur telle que celle que nous connaissons actuellement, la peur pousse les personnes à chercher des boucs émissaires sur lesquels passer leurs frustrations, inquiétudes et craintes. En juin prochain, UNIA publiera une analyse détaillée de l'impact de la crise du coronavirus sur la société belge, donnant une série de recommandations aux autorités pour endiguer l'impact sur les publics plus vulnérables.

Lina Bouzekri

Aux Pays-Bas, Ikea a abandonné une campagne qui consistait à faire porter un autocollant jaune aux visiteurs ne pouvant pas porter de masques pour des raisons médicales. Certaines personnes ont associé l'autocollant à l'étoile jaune que les Juifs étaient contraints de porter pendant la Seconde Guerre mondiale.Depuis l'apparition du Covid en Chine, différentes formes de stigmatisation et de discrimination ont été signalées, et ce, partout dans le monde.Début 2020, à Rome, un conservatoire interdit de cours "aux étudiants orientaux (Chinois, Japonais, Coréens, etc.)",jusqu'à ce qu'ils passent une visite médicale. À Sydney, des passants laissent mourir un homme qui fait une crise cardiaque sur un trottoir de Chinatown. À Mexico, Uber désactive le compte de 240 clients qui ont voyagé dans un VTC ayant transporté un touriste chinois enrhumé .Aux prémices de la pandémie, alors que le virus n'avait pas encore atteint l'Europe, les cas de racisme explosent envers la communauté asiatique, cibles considérées à tort comme la cause de la maladie. Conséquence collatérale du virus, dès janvier 2020, le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus est né sur Twitter pour dénoncer les clichés racistes véhiculés par l'apparition de l'épidémie.UNIA, en tant qu'Institution Nationale des Droits Humains, considère que la crise du coronavirus est à prendre comme un signal d'alerte en matière de respect des droits fondamentaux. Selon Patrick Charlier, co-directeur de UNIA, "en Belgique, plus de 800 signalements nous sont parvenus entre le 1er février et le 19 août 2020. Effectivement, il y a un consensus spécifique lié à la crise du Covid, notamment une stigmatisation de certaines populations. Les premiers signalements concernaient les personnes asiatiques: bloquées, stigmatisées, interpellées, on recevait des signalements de manière constante".Soignants en première ligneComme le cite la Chaire UNESCO dans un article paru en mai 2020, les cibles des attaques discriminatoires ont changé au fil des semaines, car "un autre type de stigmatisation est né de la peur d'être infecté". Dans certains cas, cette crainte s'est traduite par des menaces à l'encontre le personnel soignant et des employés de supermarchés qui risquent d'être infectés sur leur lieu de travail.En Belgique aussi, "cela a été très intense pour le personnel soignant, souligne Patrick Charlier. On a eu un cas où une personne, du personnel soignant, n'a pas pu rentrer chez elle, les colocataires avaient changé les serrures pendant son absence".La peur de l'autreLe profil des victimes varie d'un pays à l'autre, pourtant il semble y avoir un schéma commun dans les actes discriminatoires qui se sont produits pendant la pandémie. Le plus souvent, la cible est "l'autre", c'est-à-dire l'étranger, une personne appartenant à une minorité ethnique ou culturelle. "Effectivement on peut dire que le Covid a mené à la discrimination de certains individus. C'est arrivé que les personnes migrantes, les demandeurs d'asile, aient été pointées comme responsables de la propagation du virus. En Belgique, un bourgmestre de la commune d'Ellezelles avait refusé que des enfants d'un centre de réfugiés continuent à fréquenter une école".La crainte de la contagion a aussi entraîné des attaques discriminatoires à l'encontre des sans-abri qui, en raison de leur situation, ne peuvent pas respecter le confinement ni appliquer d'autres mesures préventives de base. "Dans le contexte de la peur et de l'incertitude qui apparaissent lors d'une pandémie, la stigmatisation et la discrimination suivent rapidement", déclare Winnie Byanyima, Directrice exécutive de l'ONUSIDA. La stigmatisation et la discrimination sont contre-productives. Elles exposent les gens à la violence, au harcèlement et à l'isolement, empêchent les gens d'accéder aux services de santé et empêchent les mesures de santé publique de contrôler efficacement les pandémies".Les réponses à la montée de la xénophobie dans certains pays ont pris la forme de campagnes médiatiques lancées par les autorités nationales et locales, ainsi que par la société civile. La lutte contre les préjugés apparaît donc comme une intervention clé, au même titre que d'autres mesures apportant un soutien financier ou visant à améliorer l'accès des groupes défavorisés aux services de base.Ces incidents semblent confirmer qu'en temps de crise et de grande incertitude, surtout d'une ampleur telle que celle que nous connaissons actuellement, la peur pousse les personnes à chercher des boucs émissaires sur lesquels passer leurs frustrations, inquiétudes et craintes. En juin prochain, UNIA publiera une analyse détaillée de l'impact de la crise du coronavirus sur la société belge, donnant une série de recommandations aux autorités pour endiguer l'impact sur les publics plus vulnérables.Lina Bouzekri