Le café et le chocolat étaient à l'origine deux produits rares et précieux, avant de s'inviter dans la plupart des foyers occidentaux. Ils pourraient bien, à cause du réchauffement climatique, redevenir dans un avenir proche un produit de luxe.
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Le café et le chocolat étaient à l'origine deux produits rares et précieux, avant de s'inviter dans la plupart des foyers occidentaux. Ils pourraient bien, à cause du réchauffement climatique, redevenir dans un avenir proche un produit de luxe. Le café était autrefois une délicatesse seulement dédiée aux rituels religieux en Éthiopie. Cette boisson sera ensuite popularisée en Europe à partir du 17e siècle, mais restera longtemps encore réservée à une élite. Ce n'est qu'après que les Hollandais eurent obtenu des plants que la culture du café se développe à travers le monde et se démocratise au point de s'inviter à la plupart des tables.Le petit noir du matin risque pourtant de redevenir un produit de luxe. Plusieurs évènements ont en effet fait grimper le prix du café en vrac depuis un an. Le premier coup important a été la sècheresse au Brésil, la pire depuis 91 ans, qui a fait flétrir les plantations de café. Or, avec une production annuelle de 2,7 millions de tonnes de grains de café, le Brésil est le premier producteur mondial. Le second est venu de la Colombie, troisième pays producteur de café avec 755.000 tonnes de grains de café par an. Le pays a lui aussi connu quelques remous, mais politiques cette fois. Les protestations contre le gouvernement du président Ivan Duque Márquez durent depuis des mois et ont perturbé les voies d'approvisionnement des principaux ports, comme celui de la ville occidentale de Buenaventura. À un moment donné, pas moins de 540.000 tonnes de marchandises attendaient dans le port de Buenaventura et les producteurs de café ne pouvaient plus transporter leurs produits. Les perturbations des chaînes d'approvisionnement dans ces deux pays se sont rapidement fait sentir sur l'ensemble du marché. Ainsi le prix d'une livre de café Arabica a augmenté de 70 % en un an. Il n'est cependant pas dit que ce grain de café plus cher entraîne une hausse des prix au supermarché ou dans les cafés. En raison de la pandémie, le nombre de cafés et de restaurants servant du café a été exceptionnellement bas l'année dernière. C'est pourquoi de nombreux grands importateurs et torréfacteurs disposent de stocks de l'année dernière. Ce n'est que lorsqu'ils seront épuisés que les prix pourront augmenter, probablement vers la fin de cette année. On notera que cette hausse n'est cependant pas une certitude puisque le prix du grain n'est qu'une petite partie de ce que le consommateur paie au final pour une tasse de café. Les matières premières pèsent en effet relativement peu dans le prix du produit final. Entre la récolte et le passage en caisse, les denrées alimentaires subissent toute une série d'étapes de transformation, mais il y a aussi le coût du transport, de l'emballage, le marketing, les salaires, le loyer, l'énergie et la publicité. Les fabricants rechignent aussi à répercuter directement les fluctuations brutales. Ainsi, bien que le prix du café sur les marchés internationaux ait augmenté de 50% en un an, un paquet de café est en magasin 2% moins cher qu'il y a un an. Le prix du sucre a lui aussi augmenté de 48% sur les marchés des matières premières, mais a baissé de 3% dans les supermarchés. Le blé est 42 % plus cher qu'il y a un an, mais dans les magasins, les spaghettis sont restés au même prix. Il faudra donc que la hausse s'installe dans la durée pour que cela se ressente à la caisse du supermarché.Le cacao était considéré par les anciens peuples mésoaméricains comme un cadeau des Dieux et servait même de monnaie aux Mayas. Aujourd'hui on en trouve partout et à tous les prix. Si le cacaoyer provient d'Amérique latine, la grande majorité du cacao est aujourd'hui produite en Côte d'Ivoire et au Ghana. Or, ces deux pays sont durement frappés par un virus à diffusion lente transmis par une cochenille contre lequel il n'existe aucune parade et qui détruit une bonne partie des arbres à cacao. L'effet dévastateur du virus est encore renforcé par le changement climatique. Ce dernier fait que certaines régions sont devenues trop chaudes et trop sèches pour cultiver du cacao. La culture du cacao demande en effet un équilibre subtil entre humidité (80 %) et chaleur (autour de 28 °C). Le marché mondial de la production du cacao se limite donc à une cinquantaine pays, dont treize concentrent à eux seuls plus de 95 % de la production mondiale, qui produisent 4,5 millions de tonnes par an. On estime que l'Afrique de l'Ouest produit à elle seule plus des deux tiers du cacao mondial. Dans plusieurs pays comme le Cameroun, le Ghana ou la Côte d'Ivoire, beaucoup d'arbres ont été plantés il y a plus de 40 ans, or ils atteignent leur pic de production à 20-25 ans, relève le document. Actuellement, 70 à 80% de la production vient de 20 à 30% des arbres. Tous ces éléments font que dans un laps de temps relativement court on risque de se retrouver face à une réelle pénurie de cacao et donc de chocolat. Une étude publiée début janvier 2016 dans le National Oceanic and Atmospheric Administration annonçait sa fin pour 2050. S'il ne va probablement pas disparaître complètement dans la prochaine décennie, il risque néanmoins de devenir fort cher sur le principe de l'offre et de la demande. En effet, selon le rapport "La Face cachée du chocolat", "la consommation de chocolat augmente globalement deux fois plus vite que la production de cacao". La demande en Asie et en Inde ayant explosé ces dernières années, cette tendance risque bien de s'aggraver. Il n'y a pas que le café ou le chocolat qui pourraient redevenir des produits de luxe. Les épices aussi pourraient à nouveau être des produits d'exception. Aujourd'hui on les retrouve partout, mais il n'y a pas si longtemps elles étaient l'objet de toutes les convoitises et au coeur de routes commerciales jalousement gardées. Mais comme pour le cacao et le café, les cultures d'épices subissent de plein fouet les effets du réchauffement climatique. Les inondations les rendent plus vulnérables aux parasites et aux maladies, quand ce n'est pas la sècheresse qui ravage les cultures comme celle du safran en Inde. Sans parler des cyclones qui laminent les cultures. Ainsi, en 2017, à Madagascar, c'est 30% de la récolte de vanille qui a été détruite. Enfin, notre obsession pour les aliments rares et luxueux a encore un autre effet pervers. Plus une espèce particulière de poisson ou de fruits de mer se fait rare, plus son prix augmente, dit encore la BBC. Cette valeur accrue incite les gens à pêcher encore plus fort pour attraper les espèces restantes, ce qui peut entraîner une spirale d'extinction, explique M. Wilk professeur émérite d'anthropologie à l'université de l'Indiana. Si la rareté d'une denrée peut la transformer en produit de luxe, ce n'est pas le seul critère. Un autre est le désir qu'il suscite. Or ce paramètre est plus complexe à mesurer et dépend du contexte alimentaire qui induit une certaine perception du luxe. Certains aliments sont ainsi naturellement associés à des occasions spéciales ou à un moment d'exception. Pour le repas de Noël, par exemple, les gens seront plus prompts à payer plus cher pour de tels produits. Le même mécanisme est aussi valable au restaurant ou l'on va plus facilement s'offrir des plats avec des aliments couteux. Ce constat fait aussi que certains produits ont au fil du temps perdu leur aura de luxe, car devenu trop commun. Prenons par exemple le sucre, le sel ou encore le saumon. Des délicatesses qui étaient réservées aux riches, mais qui sont depuis cultivées en masse et donc moins rares. A l'inverse les homards et les huîtres, produits de luxe aujourd'hui, ont longtemps été considérés comme des plats pour les pauvres. Il n'y a pas que le réchauffement climatique et la pénurie qui peuvent faire qu'un aliment devienne rare et précieux. L'évolution des comportements alimentaire peut avoir un effet tout aussi puissant. Prenons, par exemple, la viande. Bien qu'étant encore présentes sur beaucoup d'assiettes quotidiennement, de plus en plus de personnes, par souci écologique, songent à ne plus en manger aussi souvent et en aussi grande quantité. Il est possible qu'on arrive à un stade où manger de la viande ne serait plus une évidence, mais une délicatesse réservée aux grandes occasions.