Parfait ? Non, surfait ! Les cris du public ont fini par largement recouvrir les notes. Les artistes ne sont plus que des stars. Le phénomène a pris le dessus sur la performance, envoyant la musique aux oubliettes. Si les spectateurs n'ont pas conscience de vivre un moment historique, les chanteurs pressentent que c'est la fin. Et ce soir-là, à San Francisco, c'est la dernière fois que les Beatles se produisent en concert.
...

Parfait ? Non, surfait ! Les cris du public ont fini par largement recouvrir les notes. Les artistes ne sont plus que des stars. Le phénomène a pris le dessus sur la performance, envoyant la musique aux oubliettes. Si les spectateurs n'ont pas conscience de vivre un moment historique, les chanteurs pressentent que c'est la fin. Et ce soir-là, à San Francisco, c'est la dernière fois que les Beatles se produisent en concert. C'est John Lennon qui est à l'origine du groupe. En 1957, il s'entoure de quelques potes et fonde The Blackjacks. Quand il s'aperçoit qu'un autre groupe porte déjà le nom, c'est sous l'appellation The Quarrymen que les teenagers se produisent. Progressivement, l'équipe se structure. Aux côtés de Lennon, deux gars font leur trou : George Harrison et Paul McCartney. Quant à Ringo Starr, ce n'est qu'à partir de 1962 qu'il tiendra la batterie. Entre-temps, le groupe a adopté son nom définitif : The Beatles. En 1960, les artistes mettent le cap sur l'Allemagne. Ils bossent ferme et multiplient les prestations. Accessoirement, ils se familiarisent avec la drogue et collectionnent les conquêtes. Le mythe est en train de naître. De retour au pays, ils sont devenus des stars locales. Après avoir déniché un producteur, ils peuvent enchaîner les tubes. En septembre 1962, Love Me Do est leur premier single. Quelques mois plus tard, Please Please Me cartonne littéralement. Concerts, disques, télé, cinéma : la machine est lancée. En décembre 1963, le journal français Le Monde consacre son premier article au phénomène britannique. " Des milliers de jeunes assiègent leurs hôtels, veillent des jours et des nuits aux portes des théâtres, et parfois livrent bataille à la police ", lit-on. " Ce n'est pas le Premier ministre qu'une foule dense attend à l'aérodrome, mais George, John, Ringo et Paul. " Internationale, mondiale, la scène s'élargit. Mais elle est toujours trop petite. Trop bruyante aussi : chaque concert tourne à l'émeute. " N'êtes-vous pas dérangés de ne pas vous entendre sur scène ? " leur demande-t-on. " On s'en fout, on a les disques à la maison ", répond Lennon. Et pourtant, une lassitude s'installe. Un ras-le-bol aussi. Les idoles n'ont plus de vie privée. Plus de vie tout court. Dès qu'ils le peuvent, les " quatre garçons dans le vent " s'enferment dans leur studio. Là, ils s'éclatent. Lorsqu'au lendemain du 29 août 1966, ils confirment l'idée d'abandonner la scène, c'est pour eux un soulagement. Par après, les Beatles signent encore plusieurs tubes. Mais les germes de la désunion apparaissent bientôt. Des maladresses, des intérêts divergents et des histoires de coeur minent l'unité du groupe. De plus en plus, chacun se lance dans ses projets perso. En avril 1970, McCartney sort son premier disque solo. L'année suivante, Lennon cartonne avec Imagine. Le génie propre de chacun se révèle. Mais la magie des Beatles s'est envolée. Par Vincent Delcorps