Au-delà de la destruction matérielle, les terroristes cherchent à attiser la méfiance entre les gens. C'était aussi l'objectif d'Al-Qaïda : semer le chaos, la peur et la division en Occident. Malgré toutes les grandes déclarations faites au lendemain du 11 septembre, force est de reconnaitre qu'ils y sont en partie parvenus. Quelque temps après les attentats, George Bush Jr. scindait ainsi son principal allié : il y avait la "nouvelle Europe", celle prête à combattre à ses côtés en Irak et la "vieille".

Mais la division a gagné bien plus que la géopolitique, elle s'est infiltrée dans notre tissu social. Le 11 septembre a décuplé la polarisation. La défiance entre musulmans et non-musulmans est devenue de plus en plus palpable. Le discours politique s'est fait plus dur, plus rêche. Au lieu de renforcer son projet démocratique, les Européens ont balayé d'un revers la Constitution européenne. Ce que l'Union soviétique n'avait pas réussi à faire en plus de soixante-dix ans, Al-Qaïda y est parvenu depuis les grottes de Tora Bora : l'Occident a commencé à douter de lui-même et de son modèle de démocratie libérale.

L'une des erreurs fondamentales commises par l'Occident en réponse au 11 septembre a été de partir en guerre. C'est vrai pour l'Irak comme pour l'Afghanistan. La traque d'Oussama Ben Laden était un acte de légitime défense, mais imaginer que nous allions installer manu militari la démocratie était une illusion. Les présidents américains Bush et Obama espéraient gagner les coeurs et les esprits des Irakiens et des Afghans. La longue liste d'attaques terroristes a tristement et irréfutablement enterré cet espoir américain. La démocratie libérale n'est pas un produit d'exportation que l'on peut larguer depuis un avion de chasse à des milliers de kilomètres.

Peut-être les dommages causés par le 11 septembre sont-ils bien plus importants encore. Après vingt ans de guerre, nous avons également perdu les coeurs et les esprits en Europe. Lorsque Sharia4Belgium a fait son apparition en 2010, on en riait. Mais les rires se sont vite dissipés. Partout en Occident, des groupes islamistes radicaux ont fait florès, attaquant brutalement les démocraties libérales. La réaction ne s'est pas fait attendre. "Ils nous détestent", criait l'extrême droite. Un "Ils" qui englobait soudain tous les musulmans, y compris ceux qui ne nourrissaient aucune haine envers l'Occident et qui adhéraient pleinement à notre société ; un "nous" censé représenter l'Occident libéral, mais qui pour l'extrême droite signifiait les "Blancs". Cette idéologie d'extrême droite n'a jamais reflué au cours des vingt dernières années. Pire, la violence a suivi. D'Anders Breivik en Norvège, aux incendies boutés à des centres d'asile çà et là en Europe, en passant par les militants d'Aube dorée tabassant des migrants la nuit dans les rues d'Athènes.

Dans une démocratie libérale, la violence n'est jamais la réponse ultime. On ne défend pas un modèle de société comme le nôtre en partant en guerre, mais en faisant preuve sans cesse de maîtrise et de retenue. En veillant à ce que la liberté d'expression et les légitimes divergences d'opinion ne dégénèrent pas en hostilité, en suspicion et en appels à la haine et à la violence physique. Pour gagner les coeurs et les esprits à la cause du projet démocratique, il faut investir dans l'intégration des nouveaux arrivants, mobiliser l'enseignement comme ascenseur social et ne pas enfermer les gens dans des groupes ou les réduire à leur religion, leur couleur de peau ou leur identité sexuelle.

On ne gagne pas les coeurs et les esprits en faisant la guerre, ni d'ailleurs en étant naïf. Nous ne pouvons pas être tolérants envers les intolérants. Pour cette seule raison déjà, nous avons besoin d'une alliance forte au sein de l'OTAN. Mais une OTAN capable de gagner les batailles de l'avenir et non celles du passé. L'OTAN a été conçue comme un contrepoids militaire à un molosse : l'Union soviétique. Aujourd'hui, l'ennemi est nettement plus insaisissable. Les groupes terroristes muent sans cesse, disparaissent et réapparaissent ailleurs. L'agenda OTAN 2030 montre que l'alliance occidentale l'a compris. Investir dans cette alliance est indispensable pour assurer notre sécurité. Mais l'OTAN ne fait pas des miracles. Elle ne pourra jamais reconquérir les coeurs et les esprits. Elle n'a pu le faire au début de ce siècle ni ne le peut aujourd'hui. C'est à nous d'y oeuvrer chaque jour sans relâche.

Alexander De Croo, Premier ministre

Au-delà de la destruction matérielle, les terroristes cherchent à attiser la méfiance entre les gens. C'était aussi l'objectif d'Al-Qaïda : semer le chaos, la peur et la division en Occident. Malgré toutes les grandes déclarations faites au lendemain du 11 septembre, force est de reconnaitre qu'ils y sont en partie parvenus. Quelque temps après les attentats, George Bush Jr. scindait ainsi son principal allié : il y avait la "nouvelle Europe", celle prête à combattre à ses côtés en Irak et la "vieille".Mais la division a gagné bien plus que la géopolitique, elle s'est infiltrée dans notre tissu social. Le 11 septembre a décuplé la polarisation. La défiance entre musulmans et non-musulmans est devenue de plus en plus palpable. Le discours politique s'est fait plus dur, plus rêche. Au lieu de renforcer son projet démocratique, les Européens ont balayé d'un revers la Constitution européenne. Ce que l'Union soviétique n'avait pas réussi à faire en plus de soixante-dix ans, Al-Qaïda y est parvenu depuis les grottes de Tora Bora : l'Occident a commencé à douter de lui-même et de son modèle de démocratie libérale.L'une des erreurs fondamentales commises par l'Occident en réponse au 11 septembre a été de partir en guerre. C'est vrai pour l'Irak comme pour l'Afghanistan. La traque d'Oussama Ben Laden était un acte de légitime défense, mais imaginer que nous allions installer manu militari la démocratie était une illusion. Les présidents américains Bush et Obama espéraient gagner les coeurs et les esprits des Irakiens et des Afghans. La longue liste d'attaques terroristes a tristement et irréfutablement enterré cet espoir américain. La démocratie libérale n'est pas un produit d'exportation que l'on peut larguer depuis un avion de chasse à des milliers de kilomètres.Peut-être les dommages causés par le 11 septembre sont-ils bien plus importants encore. Après vingt ans de guerre, nous avons également perdu les coeurs et les esprits en Europe. Lorsque Sharia4Belgium a fait son apparition en 2010, on en riait. Mais les rires se sont vite dissipés. Partout en Occident, des groupes islamistes radicaux ont fait florès, attaquant brutalement les démocraties libérales. La réaction ne s'est pas fait attendre. "Ils nous détestent", criait l'extrême droite. Un "Ils" qui englobait soudain tous les musulmans, y compris ceux qui ne nourrissaient aucune haine envers l'Occident et qui adhéraient pleinement à notre société ; un "nous" censé représenter l'Occident libéral, mais qui pour l'extrême droite signifiait les "Blancs". Cette idéologie d'extrême droite n'a jamais reflué au cours des vingt dernières années. Pire, la violence a suivi. D'Anders Breivik en Norvège, aux incendies boutés à des centres d'asile çà et là en Europe, en passant par les militants d'Aube dorée tabassant des migrants la nuit dans les rues d'Athènes. Dans une démocratie libérale, la violence n'est jamais la réponse ultime. On ne défend pas un modèle de société comme le nôtre en partant en guerre, mais en faisant preuve sans cesse de maîtrise et de retenue. En veillant à ce que la liberté d'expression et les légitimes divergences d'opinion ne dégénèrent pas en hostilité, en suspicion et en appels à la haine et à la violence physique. Pour gagner les coeurs et les esprits à la cause du projet démocratique, il faut investir dans l'intégration des nouveaux arrivants, mobiliser l'enseignement comme ascenseur social et ne pas enfermer les gens dans des groupes ou les réduire à leur religion, leur couleur de peau ou leur identité sexuelle.On ne gagne pas les coeurs et les esprits en faisant la guerre, ni d'ailleurs en étant naïf. Nous ne pouvons pas être tolérants envers les intolérants. Pour cette seule raison déjà, nous avons besoin d'une alliance forte au sein de l'OTAN. Mais une OTAN capable de gagner les batailles de l'avenir et non celles du passé. L'OTAN a été conçue comme un contrepoids militaire à un molosse : l'Union soviétique. Aujourd'hui, l'ennemi est nettement plus insaisissable. Les groupes terroristes muent sans cesse, disparaissent et réapparaissent ailleurs. L'agenda OTAN 2030 montre que l'alliance occidentale l'a compris. Investir dans cette alliance est indispensable pour assurer notre sécurité. Mais l'OTAN ne fait pas des miracles. Elle ne pourra jamais reconquérir les coeurs et les esprits. Elle n'a pu le faire au début de ce siècle ni ne le peut aujourd'hui. C'est à nous d'y oeuvrer chaque jour sans relâche.Alexander De Croo, Premier ministre