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L'accalmie des attaques sur le sol européen conjuguée aux défaites de Daech au Moyen-Orient incline à espérer que la page sanglante soit tournée et que le judiciaire prenne le pas sur le militaire. L'optimisme, en l'occurrence, est piètre conseiller. C'est l'honneur de la justice belge d'avoir mené sereinement et consciencieusement, sur la base des faits et non de leur interprétation, le procès de Mehdi Nemmouche. Pareil exercice public de la justice a des vertus réparatrices, cathartiques, éducatives... pour le plus grand nombre des citoyens. En raison de l'abracadabrantesque scénario conspirationniste avancé par Me Sébastien Courtoy et ses confrères comme ligne de défense, le procès du tueur du Musée juif aura aussi entretenu malheureusement, auprès d'une minorité de sceptiques viscéraux ou idéologiques, d'intolérables ferments complotistes et antisémites. Lourde responsabilité dans le chef de ces acteurs de l'appareil judiciaire, garants de la démocratie, à une époque où celle-ci est précisément ébranlée par ce type de comportements. Cette inquiétante dérive n'atténue cependant pas l'apport précieux du procès de la cour d'assises de Bruxelles. A cette aune, la frilosité du gouvernement à accepter le retour de ses nationaux membres de Daech pour les traduire en justice est d'autant plus paradoxale. Notre pays a les moyens et les garanties de traitement équitable que n'ont peut-être pas les Irakiens et que n'ont certainement pas les Kurdes de Syrie pour les juger. La Belgique n'est-elle pas moralement tenue d'assumer ses responsabilités dans ce domaine ? A contrario, ne prend-elle pas le risque de favoriser la fuite de l'un ou l'autre " revenant ", meurtrier en puissance sur notre sol ? La débâcle territoriale de Daech, consacrée par la conquête du village syrien de Baghouz, ne signifie pas, loin de là, la disparition de l'organisation terroriste. Le témoignage du père Patrick Desbois, qui oeuvre à documenter les violences génocidaires dont ont été victimes les yézidis en Irak, est sans équivoque : des membres de l'Etat islamique travaillent à sa structuration clandestine pour frapper à nouveau le moment venu.Beaucoup reste donc à mettre en chantier pour en finir avec Daech et l'islamisme armé. En matière de justice, de renseignement, de répression, de prévention, d'éducation au Moyen-Orient et en Europe. L'année du 40e anniversaire de la guerre d'Afghanistan qui fut la matrice du terrorisme islamiste et, notamment, de la décennie noire qui frappa l'Algérie entre 1991 et 2002, il est difficile de ne pas s'alarmer de cette menace islamiste diffuse et, de surcroît, des conséquences possibles de l'impasse dans laquelle s'enfonce le pays du président à vie Abdelaziz Bouteflika. Tant il est vrai que les premiers responsables de la montée de l'hydre islamiste sont ces dirigeants dictatoriaux, corrompus, prédateurs des richesses nationales et accrochés à leurs prébendes qui n'ont cessé d'afficher leur mépris pour les aspirations de leurs concitoyens. Alger mérite donc toutes les attentions pour que, demain, l'Europe ne vive pas à nouveau dans la hantise quotidienne d'autres returnees.