L"offensive turque "s'arrêtera complètement lorsque ce retrait aura été terminé" durant cette période de suspension, a déclaré M. Pence à la presse à l'issue de plus de quatre heures d'entretiens avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Pour permettre un retrait des forces kurdes "sous 120 heures, toutes les opérations militaires dans le cadre de l'opération Source de Paix vont être suspendues et l'opération sera complètement arrêtée une fois ce retrait achevé", a déclaré M. Pence à la presse à l'issue de plus de quatre heures d'entretiens avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. Les forces kurdes devront se retirer d'un secteur d'une profondeur de 32 km censé se transformer à terme en "zone de sécurité". Baptisée "Source de Paix", l'offensive turque contre les forces kurdes des YPG dans le nord-ouest de la Syrie, lancée le 9 octobre, a suscité un tollé international. Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a confirmé cet accord. "Nous suspendons l'opération, nous ne l'arrêtons pas", a déclaré M. Cavusoglu à la presse. "Nous pourrons arrêter l'opération seulement lorsque (les forces kurdes) se seront retirées complètement de la région", a-t-il ajouté.

Les forces kurdes se sont déclarées prêtes, par la voix d'un de leurs commandants, à respecter "le cessez-le-feu" avec la Turquie.

Le vice-président américain Mike Pence a rencontré jeudi à Ankara le président turc Recep Tayyip Erdogan. M. Pence a d'abord eu un long entretien en tête-à-tête avec M. Erdogan avant que la rencontre ne soit élargie aux délégations, selon des responsables américains.

Convaincre Erdogan

M. Pence et le secrétaire d'Etat Mike Pompeo qui l'accompagne devaient tenter de convaincre M. Erdogan de mettre fin à une offensive qui a déjà fait près de 500 morts, dont une centaine de civils, et provoqué le déplacement de 300.000 personnes depuis son lancement le 9 octobre, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

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Leur mission s'annonçait délicate, vu l'inflexibilité du président turc, qui a exclu de "s'asseoir à la table des terroristes", et compte tenu des signaux contradictoires envoyés depuis une semaine par le président américain Donald Trump. M. Erdogan a exigé pour que l'offensive prenne fin que les forces kurdes désarment et s'éloignent de la frontière turque. Et elle survient alors que les combats continuent de faire rage, en particulier à Ras al-Aïn, ville à la frontière turque.

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L'armée turque et ses supplétifs syriens ont avancé jeudi dans cette ville frontalière, en contrôlant désormais près de la moitié, selon l'OSDH . Une correspondante de l'AFP côté turc du front de Ras al-Aïn a pour sa part indiqué entendre sans discontinuer des frappes aériennes, des tirs d'artillerie et des coups de feu d'armes automatiques. Les autorités kurdes ont réclamé un "couloir humanitaire" pour évacuer civils et "blessés" de la ville de Ras al-Aïn.Les forces pro-Ankara avaient pris aux miliciens kurdes le 13 octobre une autre ville frontalière, Tal Abyad.

- "Ne faites pas l'idiot" -

M. Trump avait paru donner la semaine dernière son feu vert à l'offensive visant les forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), avant, face au tollé dans les pays occidentaux et au sein de son camp, d'exhorter Ankara à y mettre fin et d'autoriser des sanctions contre la Turquie. Les Occidentaux soutiennent les YPG pour leur rôle crucial dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI), mais Ankara les qualifie de "terroristes" en raison de leurs liens avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sanglante en Turquie depuis 1984.

M. Trump a de nouveau brouillé les pistes en déclarant mercredi, avant le départ de MM. Pence et Pompeo, que "si la Turquie va en Syrie, c'est une affaire entre la Turquie et la Syrie, ce n'est pas notre problème". Une lettre de M. Trump à M.. Erdogan, dans laquelle il tente de le dissuader de lancer l'offensive et qui a fuité mercredi, a suscité la stupeur à Washington. "Ne jouez pas au dur! Ne faites pas l'idiot!", y écrit le locataire de la Maison Blanche, lui proposant de parvenir avec lui à "un bon accord". Selon les médias turcs, M. Erdogan l'a "jetée" à la poubelle.

- Erdogan attendu en Russie -

L'opération turque a aussi rebattu les cartes dans le nord de la Syrie, nouvel épicentre du conflit qui déchire ce pays depuis 2011. A la faveur d'un accord avec les forces kurdes, le régime de Damas est en effet revenu dans des régions qui lui échappaient depuis des années et Moscou a commencé à remplir le vide laissé par le retrait des forces américaines. Le président syrien Bachar al-Assad a promis jeudi de faire face à l'offensive turque "par tous les moyens légitimes".

L'objectif affiché de l'opération est la création d'une "zone de sécurité" de 32 km de profondeur le long de sa frontière, qui permettrait de séparer celle-ci des zones YPG et de rapatrier une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens installés en Turquie. Cette offensive inquiète tout particulièrement les Européens, qui craignent l'évasion des jihadistes étrangers jusque-là retenus par les forces kurdes. Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian s'est d'ailleurs rendu jeudi à Bagdad pour discuter du possible transfert et jugement en Irak des jihadistes étrangers, dont 60 Français.

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est inquiété mercredi "du risque de dispersion" des jihadistes retenus prisonniers. L'EI a d'ailleurs affirmé jeudi avoir "libéré" des femmes détenues lors d'une attaque contre un QG des forces kurdes près de la ville de Raqa. Profitant du retrait des Américains, et afin d'éviter un affrontement d'envergure entre les forces de Damas et les militaires turcs, la police militaire russe mène des patrouilles dans le secteur de Minbej, selon Moscou. Le président turc doit rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine le 22 octobre dans la station balnéaire de Sotchi. La Turquie a fait état de la mort de six de ses soldats et de 20 civils depuis le début de l'offensive.

Chronologie: du lancement de l'opération à la suspension

Rappel des principaux développements de l'offensive turque contre les Kurdes dans le Nord de la Syrie, qu'Ankara a confirmé suspendre pendant cinq jours, puis arrêter si les Kurdes se retirent.

- Lancement de l'opération "Source de paix" -

Le 9 octobre, le président turc Recep Tayyip Erdogan annonce le début d'une opération militaire contre la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), alliée des Occidentaux dans la lutte antijihadiste (troisième offensive dans ce pays depuis 2016).

L'offensive, baptisée "Source de paix", vise selon lui, "les terroristes" des YPG et du groupe Etat islamique (EI), et a pour objectif de mettre en place une "zone de sécurité" et "permettre le retour des réfugiés syriens dans leur pays".

Des régions frontalières sont bombardées, notamment Tal Abyad et Ras al-Aïn.

Dans la soirée, Ankara annonce que des militaires turcs, aidés par leurs supplétifs syriens, ont pénétré en Syrie, marquant le début de la phase terrestre.

- Tollé international -

Le président américain Donald Trump estime que l'opération est "une mauvaise idée". C'est pourtant le retrait, deux jours auparavant, de forces américaines du nord syrien près de la frontière avec la Turquie qui a laissé le champ libre à Ankara.

L'opération suscite un tollé international, plusieurs pays, notamment européens, s'inquiétant du sort des civils mais aussi des nombreux jihadistes détenus par les Kurdes qui pourraient s'enfuir.

Le 11, les forces turques intensifient leurs bombardements. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance dominée par les YPG, luttent pour freiner leur avancée, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

- Jihadistes -

Les autorités kurdes affirment que cinq jihadistes de l'EI se sont évadés d'une prison près de Qamichli, après des raids turcs.

Le 13, elles annoncent la fuite de près de 800 proches de jihadistes du camp de déplacés d'Aïn Issa.

Quelque 12.000 combattants de l'EI sont détenus dans les prisons sous contrôle kurde (sources kurdes).

- Avancée turque -

L'OSDH rapporte que les forces turques et leurs supplétifs syriens ont pris Tal Abyad, plus grande ville conquise depuis le début de l'offensive.

Ankara dit avoir pris le contrôle d'un important axe routier, "en s'enfonçant à 30-35 km de profondeur" en Syrie.

- Les Kurdes font appel au régime -

Les Kurdes, qui ont perdu une longue bande frontalière de 120 km et accusent les Américains de les avoir "abandonnés", concluent un accord avec le régime de Damas pour le déploiement de l'armée syrienne près de la frontière turque.

Le 14, Damas envoie ses troupes dans le nord pour tenter de ralentir l'offensive turque. Le lendemain, elles prennent le contrôle de Minbej et des troupes russes patrouillent dans la zone afin d'éviter des heurts turco-syriens.

- Appel au cessez-le-feu rejeté -

Le 16, M. Erdogan somme les forces kurdes de déposer les armes et de se retirer du nord de la Syrie, rejetant l'appel au cessez-le-feu de Donald Trump, qui dépêche en Turquie son vice-président Mike Pence et son secrétaire d'Etat Mike Pompeo.

Les troupes du régime ainsi que des soldats russes se déploient dans la ville kurde de Kobané (province d'Alep).

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'inquiète "du risque de dispersion" des prisonniers jihadistes.

Donald Trump nie avoir donné un "feu vert" à son homologue turc pour envahir le nord de la Syrie. Il estime que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est "probablement" une plus grande "menace terroriste" que l'EI.

- Suspension de l'offensive -

Le 17, les combats continuent de faire rage, notamment à Ras al-Aïn dont près de la moitié de la ville est désormais contrôlée par l'armée turque (OSDH). Les autorités kurdes réclament un "couloir humanitaire" pour en évacuer les civils et les blessés.

Dénonçant l'"agression" de la Turquie, le président syrien Bachar al-Assad promet de faire face à l'offensive turque "par tous les moyens légitimes".

Celle-ci qui a déjà fait près de 500 morts, dont une centaine de civils, a provoqué le déplacement de 300.000 personnes depuis le 9 octobre, selon l'OSDH.

Les Kurdes accusent Ankara d'utiliser des armes non conventionnelles comme le napalm. La Turquie dément.

A l'issue d'une rencontre avec M. Erdogan, M. Pence annonce que la Turquie va suspendre son offensive pendant cinq jours et y mettra fin après un retrait des forces kurdes du nord de la Syrie. Il ajoute que M. Trump abrogera les sanctions contre la Turquie après un cessez-le-feu permanent en Syrie.

Ankara confirme la "suspension" de son offensive. M. Trump évoque un "grand jour" pour la Turquie et pour les Kurdes.