Renforçant l'impression qu'une offensive contre les Unités de protection du peuple (YPG) était imminente, le ministère turc de la Défense a indiqué que "tous les préparatifs en vue d'une opération ont été achevés".

La tension dans le nord-est de la Syrie est montée d'un cran après l'annonce par la Maison Blanche, dimanche soir dans la foulée d'un entretien téléphonique entre M. Trump et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, que les militaires américains stationnés dans la zone seraient retirés en vue d'une opération turque.

Mais accusé jusque dans son propre camp de lâcher des alliés des Etats-Unis, le président Trump a réorienté lundi son discours en affirmant affirmant qu'il "anéantirait complètement l'économie de la Turquie" si celle-ci "dépassait les bornes".

"Nous sommes en train de quitter la Syrie, mais nous n'avons absolument pas abandonné les Kurdes qui sont des gens formidables et de merveilleux combattants", a-t-il renchéri mardi dans un tweet. "Nous aidons les Kurdes financièrement (et en leur fournissant des) armes".

Mais il a aussi souligné que la Turquie était un "partenaire commercial important" des Etats-Unis et annoncé qu'il accueillerait M. Erdogan à Washington le 13 novembre.

D'après le quotidien turc Hürriyet, une opération pourrait débuter dans les prochains jours, l'état-major turc attendant que le retrait des forces américaines présentes dans cette zone soit achevé. La Turquie envisage dans un premier temps de prendre le contrôle d'une bande de territoire longue de 120 km et profonde d'une trentaine de km allant des villes de Tal Abyad à Ras al-Aïn, selon Hürriyet.

Espace aérien fermé

Lundi soir, l'armée turque a dépêché des renforts, notamment des chars, à sa frontière avec la Syrie, et de nouveaux véhicules blindés y ont été massés mardi.

Un convoi, composé de dizaines de véhicules blindés, a été vu par un journaliste de l'AFP dans la ville d'Akcakale, et selon l'agence de presse étatique Anadolu, il transportait notamment du matériel de construction.

Un haut responsable du département d'Etat a affirmé lundi que les forces américaines, qui contrôlent l'espace aérien dans le nord-est de la Syrie, l'avaient fermé à l'aviation turque. "Nous n'avons pas l'intention de changer cela dans un proche avenir", a-t-il indiqué.

A terme, Ankara entend créer une "zone de sécurité", sorte de tampon de 30 km profondeur s'étirant de l'Euphrate à la frontière irakienne, soit 480 km.

Cette zone a pour vocation, selon Ankara, d'accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie et de séparer la frontière turque des territoires conquis par les YPG en plein chaos syrien. "C'est l'idée la plus folle que j'aie jamais entendue", a affirmé le responsable américain au sujet de ce projet turc d'y installer des millions des réfugiés.

Si les pays occidentaux louent le rôle des YPG dans la défaite militaire du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, Ankara les considère comme des "terroristes" en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène une guérilla en Turquie.

En août, les Etats-Unis avaient empêché in extremis une offensive turque contre les YPG en proposant de créer avec elle une "zone de sécurité". Mais Ankara n'avait eu de cesse depuis de dénoncer des retards, menaçant de passer unilatéralement à l'action.

Des responsables américains se sont employés à se démarquer de toute opération militaire d'Ankara et à minimiser le départ des soldats américains, évoquant le simple redéploiement de 50 à 100 membres des forces spéciales.

"Détruire la confiance"

Reste que cette confusion inquiète le reste de la communauté internationale, l'ONU indiquant lundi se "préparer au pire" en cas de nouvelle crise humanitaire en Syrie, où le conflit a fait depuis 2011 des millions de déplacés et a coûté la vie à plus de 370.000 personnes.

La Russie a souligné mardi "l'importance, à l'heure actuelle, d'éviter toute action qui pourrait saper le règlement pacifique" du conflit syrien, Londres se disant "profondément préoccupé" par une intervention militaire turque et avertissant qu'une "action unilatérale" pourrait "déstabiliser la région".

Un sujet majeur d'inquiétude en cas d'offensive turque concerne le sort des jihadistes, notamment européens, prisonniers des forces kurdes. Ces dernières ont accusé Washington de "détruire la confiance", et ont averti qu'une opération turque entraînerait un retour de l'EI.

Le gouvernement syrien a pour sa part appelé les Kurdes à revenir dans son giron. "Nous défendrons l'ensemble du territoire syrien et nous n'accepterons aucune occupation" étrangère, a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Fayçal Mekdad au quotidien al-Watan.