Dans la petite boutique Avi & Lena au centre de Göteborg, l'argent liquide n'est pas souhaité: "Je sais, c'est un peu étrange de ne pas accepter un billet de banque, mais nous préférons un paiement par carte." Rien à voir avec la COVID-19: le Royaume a choisi de devenir le premier pays du monde à généraliser les paiements électroniques, bien avant la pandémie. "C'est comme le masque, vous n'en voyez nulle part. Nous avons misé sur la responsabilité individuelle." Le contraste avec la Belgique, où le port est devenu obligatoire dans les commerces, est saisissant, à un détail près: il règne ici une atmosphère aussi détendue que respectueuse des dispositions sécuritaires et sanitaires mises en place par le gouvernement.

Les touristes ne se bousculent guère dans la seconde ville la plus importante du pays en ce mois de juillet. Confirmation auprès du réceptionniste d'un hôtel familial, situé à deux pas de la gare principale: "C'est plus calme, forcément. Vous savez, nous avons tendance à faire les choses différemment dans ce pays. Je ne sais pas si nous avons pris la bonne décision, mais les citoyens sont disciplinés et, globalement, les mesures ont été bien acceptées par la population, qui les a prises très au sérieux. Ma petite amie est australienne. Elle a du mal à nous comprendre, elle parle de folie furieuse. Moi, je fais confiance aux autorités."

Les mesures sanitaires prises par la Suède pour faire face au coronavirus ont été radicalement différentes, y compris en comparaison avec ses voisins directs, la Finlande et le Danemark. Plutôt qu'un confinement dur, les autorités ont choisi de fermer les Universités et les écoles pour les étudiants de 15 ans et plus. Les personnes de plus de 70 ans étaient priées - mais non forcées - de s'isoler. Recommandation identique pour toute personne présentant des symptômes.

"Je ne sais pas si on peut dire que le modèle suédois s'est avéré payant", me confie Hakim, médecin à Copenhague. "C'est un immense pays, avec une faible densité de population. Il était donc plus simple pour eux d'éviter des mesures strictes telles que celles que nous avons connues au Danemark. Les Suédois sont connus pour être très disciplinés. Constat identique ici. D'ailleurs, le port du masque n'est pas du tout obligatoire chez nous. Vous savez, le coronavirus nous apprend tellement de choses, y compris à nous les médecins."

Partout dans la ville, des panneaux indiquent - aux touristes - les mesures à respecter: une distance de la longueur d'un bras, se laver les mains le plus souvent possible et s'isoler en cas de symptômes. Les résidents prennent les transports en commun pour de plus longues distances. Sinon, les deux-roues, la marche et les trottinettes sont privilégiés. Sur Östra Hamngatan, les trams circulent normalement : les places assises sont partagées avec des distances quasi symétriques.

REUTERS
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Pour Andrea, serveuse dans un restaurant, l'absence visible de confinement ne doit pas être confondue avec du laxisme : "Les rassemblements sont très restreints, les restaurants qui ne respectent pas les règles de distanciation peuvent être contraints de fermer leurs portes... Je dirais que nous avons sans doute, plus que tout autre pays en Europe, choisi l'auto-régulation."

Une étude vient nuancer les critiques

Comme pour venir contrecarrer ses détracteurs, le modèle de Stockholm a fait l'objet d'une étude scientifique, publiée début juillet par le magazine Clinical Infectious Diseases. Elle souligne la complexité, à ce stade, de déterminer quelle stratégie s'est montrée la plus efficace pour combattre la pandémie. Il n'empêche, le taux de mortalité au coronavirus se situe aujourd'hui à mi-chemin entre ceux des pays européens qui ont rapidement imposé des contrôles stricts et les pays qui ont agi plus tard.

En Suède, il ressort qu'une grande partie de la population s'est confinée volontairement. Quant au taux d'occupation en unités de soins intensifs, il est resté bien inférieur aux prévisions de départ, largement basées sur des modèles informatiques.

Pour les professeurs Shina Kamerlin et Peter Kasson, le pari suédois a, jusqu'à présent, livré un résultat intéressant : un confinement léger combiné à des mesures volontaires donne des résultats très similaires à ceux observés dans les pays où des mesures beaucoup plus strictes ont été prises tardivement.

Malmo en Suède, le 20 juin 2020, Reuters
Malmo en Suède, le 20 juin 2020 © Reuters

Cette politique a toutefois entraîné dans son sillage une forte sollicitation des hôpitaux et une mortalité plus importante que dans les pays où a été établi un contrôle plus rigoureux, strict et précoce. Ainsi, le 15 mai dernier, la Suède affichait un taux de mortalité par habitant de 35 pour 100.000, soit sensiblement plus élevé que les chiffres correspondants dans les pays voisins, le Danemark (9,3), la Finlande (5,2) et la Norvège (4,7). Curieusement, ce taux était alors inférieur à celui observé en Belgique (50), en Espagne (51), en Italie (52) et au Royaume-Uni (58).

Les chercheurs soupçonnent que les admissions en soins intensifs ont pu être motivées sur base de l'âge des patients. De nombreux malades âgés de 70 ans et plus n'auraient pas été transférés en soins intensifs à cause de leur faible probabilité de survie. Une manière de désengorger les unités.

Pour le Dr. Peter Kasson, "ce qui ressort surtout de cette étude que nous avons menée sur le modèle suédois, c'est l'importance de l'action individuelle. Si assez de personnes restent confinées et prennent des mesures de distanciation en public, les effets sur la courbe d'infection sont alors tangibles."

Dans la petite boutique Avi & Lena au centre de Göteborg, l'argent liquide n'est pas souhaité: "Je sais, c'est un peu étrange de ne pas accepter un billet de banque, mais nous préférons un paiement par carte." Rien à voir avec la COVID-19: le Royaume a choisi de devenir le premier pays du monde à généraliser les paiements électroniques, bien avant la pandémie. "C'est comme le masque, vous n'en voyez nulle part. Nous avons misé sur la responsabilité individuelle." Le contraste avec la Belgique, où le port est devenu obligatoire dans les commerces, est saisissant, à un détail près: il règne ici une atmosphère aussi détendue que respectueuse des dispositions sécuritaires et sanitaires mises en place par le gouvernement.Les touristes ne se bousculent guère dans la seconde ville la plus importante du pays en ce mois de juillet. Confirmation auprès du réceptionniste d'un hôtel familial, situé à deux pas de la gare principale: "C'est plus calme, forcément. Vous savez, nous avons tendance à faire les choses différemment dans ce pays. Je ne sais pas si nous avons pris la bonne décision, mais les citoyens sont disciplinés et, globalement, les mesures ont été bien acceptées par la population, qui les a prises très au sérieux. Ma petite amie est australienne. Elle a du mal à nous comprendre, elle parle de folie furieuse. Moi, je fais confiance aux autorités." Les mesures sanitaires prises par la Suède pour faire face au coronavirus ont été radicalement différentes, y compris en comparaison avec ses voisins directs, la Finlande et le Danemark. Plutôt qu'un confinement dur, les autorités ont choisi de fermer les Universités et les écoles pour les étudiants de 15 ans et plus. Les personnes de plus de 70 ans étaient priées - mais non forcées - de s'isoler. Recommandation identique pour toute personne présentant des symptômes. "Je ne sais pas si on peut dire que le modèle suédois s'est avéré payant", me confie Hakim, médecin à Copenhague. "C'est un immense pays, avec une faible densité de population. Il était donc plus simple pour eux d'éviter des mesures strictes telles que celles que nous avons connues au Danemark. Les Suédois sont connus pour être très disciplinés. Constat identique ici. D'ailleurs, le port du masque n'est pas du tout obligatoire chez nous. Vous savez, le coronavirus nous apprend tellement de choses, y compris à nous les médecins."Partout dans la ville, des panneaux indiquent - aux touristes - les mesures à respecter: une distance de la longueur d'un bras, se laver les mains le plus souvent possible et s'isoler en cas de symptômes. Les résidents prennent les transports en commun pour de plus longues distances. Sinon, les deux-roues, la marche et les trottinettes sont privilégiés. Sur Östra Hamngatan, les trams circulent normalement : les places assises sont partagées avec des distances quasi symétriques. Pour Andrea, serveuse dans un restaurant, l'absence visible de confinement ne doit pas être confondue avec du laxisme : "Les rassemblements sont très restreints, les restaurants qui ne respectent pas les règles de distanciation peuvent être contraints de fermer leurs portes... Je dirais que nous avons sans doute, plus que tout autre pays en Europe, choisi l'auto-régulation."Une étude vient nuancer les critiquesComme pour venir contrecarrer ses détracteurs, le modèle de Stockholm a fait l'objet d'une étude scientifique, publiée début juillet par le magazine Clinical Infectious Diseases. Elle souligne la complexité, à ce stade, de déterminer quelle stratégie s'est montrée la plus efficace pour combattre la pandémie. Il n'empêche, le taux de mortalité au coronavirus se situe aujourd'hui à mi-chemin entre ceux des pays européens qui ont rapidement imposé des contrôles stricts et les pays qui ont agi plus tard. En Suède, il ressort qu'une grande partie de la population s'est confinée volontairement. Quant au taux d'occupation en unités de soins intensifs, il est resté bien inférieur aux prévisions de départ, largement basées sur des modèles informatiques.Pour les professeurs Shina Kamerlin et Peter Kasson, le pari suédois a, jusqu'à présent, livré un résultat intéressant : un confinement léger combiné à des mesures volontaires donne des résultats très similaires à ceux observés dans les pays où des mesures beaucoup plus strictes ont été prises tardivement.Cette politique a toutefois entraîné dans son sillage une forte sollicitation des hôpitaux et une mortalité plus importante que dans les pays où a été établi un contrôle plus rigoureux, strict et précoce. Ainsi, le 15 mai dernier, la Suède affichait un taux de mortalité par habitant de 35 pour 100.000, soit sensiblement plus élevé que les chiffres correspondants dans les pays voisins, le Danemark (9,3), la Finlande (5,2) et la Norvège (4,7). Curieusement, ce taux était alors inférieur à celui observé en Belgique (50), en Espagne (51), en Italie (52) et au Royaume-Uni (58).Les chercheurs soupçonnent que les admissions en soins intensifs ont pu être motivées sur base de l'âge des patients. De nombreux malades âgés de 70 ans et plus n'auraient pas été transférés en soins intensifs à cause de leur faible probabilité de survie. Une manière de désengorger les unités. Pour le Dr. Peter Kasson, "ce qui ressort surtout de cette étude que nous avons menée sur le modèle suédois, c'est l'importance de l'action individuelle. Si assez de personnes restent confinées et prennent des mesures de distanciation en public, les effets sur la courbe d'infection sont alors tangibles."