Gina Miller est haïe dans son pays parce qu'elle a défié le gouvernement sur le Brexit. Non sur le principe sur la sortie de l'UE, car "c'est trop tard", mais sur qui doit déclencher le processus de séparation. La Première ministre Theresa May trouve que c'est à elle à décider du timing de l'activation de l'article 50. Miller est d'avis que c'est au parlement de trancher et la Cour suprême lui a donné raison. Le gouvernement est allé en appel, et la décision interviendra en janvier. Ironiquement, la Cour européenne est le tout dernier lieu où Miller pourrait obtenir gain de cause. "Pas question", dit-elle. "C'est une affaire britannique qu'il faut régler ici. La Cour suprême est le dernier recours. En outre, cette procédure coûte très cher. La plupart des avocats travaillent pro Deo, mais les frais sont tout de même exorbitants."
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Gina Miller est haïe dans son pays parce qu'elle a défié le gouvernement sur le Brexit. Non sur le principe sur la sortie de l'UE, car "c'est trop tard", mais sur qui doit déclencher le processus de séparation. La Première ministre Theresa May trouve que c'est à elle à décider du timing de l'activation de l'article 50. Miller est d'avis que c'est au parlement de trancher et la Cour suprême lui a donné raison. Le gouvernement est allé en appel, et la décision interviendra en janvier. Ironiquement, la Cour européenne est le tout dernier lieu où Miller pourrait obtenir gain de cause. "Pas question", dit-elle. "C'est une affaire britannique qu'il faut régler ici. La Cour suprême est le dernier recours. En outre, cette procédure coûte très cher. La plupart des avocats travaillent pro Deo, mais les frais sont tout de même exorbitants.""Je me qualifie de capitaliste consciencieuse. Mes trois règles sont : people, profit and planet. J'en parle depuis dix ans. Nous devons tous changer, les entreprises aussi. Et plus, ces changements ont eu lieu lentement au sommet, plus la colère de ceux d'en bas enfle."Un pays sans plan Le 23 juin, les Britanniques ont voté pour une sortie de l'Union européenne, une décision qui a rendu Miller "physiquement souffrante". Elle ne se dit pourtant pas étonnée par le résultat du référendum. "Ce qui m'a étonnée, c'est qu'il n'y ait pas de plan. Pour eux, tout ce qui importait était le pouvoir du Parti conservateur. S'ils avaient été sérieux, ils auraient consulté les meilleurs cerveaux pour agencer cette sortie. Que cela n'ait pas été le cas m'a inquiétée. Il n'y avait tout simplement pas de stratégie. Et quand la ministre May s'est mise à parler d'activer l'article 50 sans concertation avec le parlement, j'ai pensé : suis-la seule ? C'était comme "Les Habits neufs de l'empereur". Personne ne semblait s'inquiéter.Il y a suffisamment de Britanniques qui doutent de la compétence de leur gouvernement. Beaucoup d'entre eux voient le Brexit, pour le dire avec les mots d'un ami britannique, comme "le plus mauvais choix qu'a fait un peuple depuis qu'il a crié Barabbas au lieu de Jésus". Pourtant, peu se sentent appeler à mettre de l'argent et de l'énergie dans une question de procédure. "Mais ce n'est pas qu'une question de procédure ! Il s'agit de beaucoup plus que le déclenchement des négociations sur le Brexit. Si Theresa May avait eu ce qu'elle voulait, le parlement aurait été mis de côté et nous serions revenus à la politique du dix-neuvième siècle. Ce qui me fâche, c'est que je dois faire seule et de ma poche le travail des partis de l'opposition. C'étaient à eux à dénoncer ça, mais notre système politique est détruit. Le gouvernement conservateur peut siéger sans entraves encore pendant dix, vingt ans. Les gens me demandent toujours si j'ai été approchée par des parlementaires. Par personne. Et pourquoi? Nos parlementaires devraient être des gens avec des principes, mais ils ont peur de la vague populiste du Brexit. Ils devraient s'y opposer (avec insistance). C'est leur job. Je souhaite qu'ils retrouvent leur courage politique et qu'ils se battent.Une affaire simple A la question de savoir si elle est très satisfaite d'avoir obtenu gain de cause à la Cour suprême, Miller répond: "C'était très étrange. Généralement, on vous donne une indication de la décision la veille, mais comme si c'était sensible, je l'ai entendu que dans la salle d'audience. Les médias attendaient dehors, et j'ai dû écrire ma déclaration à la presse sur le banc de la tribune publique. Je ne suis pas du genre à fêter les choses avec exubérance. Je pense toujours : c'est bien qu'on ait gagné aujourd'hui, on verra ce qu'il se passera demain. (elle pèse ses mots, NDLR) Je suis contente, car les juges indépendants ont pris la bonne décision. Mais c'était une affaire très simple, très noir et blanc. N'importe quel étudiant de première année vous dira que seul le parlement peut promulguer et invalider une loi. Et non un dirigeant. Je ne vois donc pas vraiment comme une victoire, parce que nous n'avons pas vraiment dû nous battre."Les "connasses" et les traîtres La presse quotidienne britannique ne partage pas cet avis. Les Brexiteers considèrent le jugement comme une défaite cinglante. Ils y voyaient un complot de l'establishment europhile pour annuler le résultat du référendum. Pour les défenseurs du Brexit, les complots sont partout. Si ce n'est pas la Banque Nationale anglaise qui entrave un "Brexit réussi", c'est la BBC et les "connasses riches" comme Miller. À présent, les juges anglais sont également venus rejoindre cette armée de "traîtres". Le Daily Mail a qualifié les spécialistes poussiéreux, mais compétents, de la vague Constitution anglaise d'"ennemis du peuple", sans parler du leader ultranationaliste Nigel Farage qui a appelé à une manifestation de 100 000 personnes devant la Cour suprême.Gina Miller, que le Daily Mail qualifiait il y a quelques mois encore de "gestionnaire de fonds glamour et stylée", qui "contente les critiques de l'industrie financière grâce à la méthode forte qu'elle utilise pour exiger des changements", est devenue la femme "née à l'étranger" fille d'un millionnaire et financier". "Alors que j'ai vraiment la nationalité britannique", dit-elle. Napoléon a dit un jour qu'il craignait davantage quatre journaux hostiles que mille baïonnettes. "Les larmes me viennent aux yeux quand je pense au monde dans lequel tombent nos enfants. Plus les écarts sociaux sont importants, plus les risques de troubles et de guerre augmentent. Ici en Angleterre, l'inégalité a toujours été grande, mais je pensais qu'on était au moins partis pour une société diverse et intégrée. Cette idée s'est très vite évaporée. Même chose pour la misogynie. La hausse de violences conjugales, la lutte pour le droit à l'avortement, les agressions sexuelles sur les campus... Nous sommes retournés 20 ou 30 ans en arrière ! "En même temps, tout cela ne fait que raffermir mes positions. Je regarde vers l'avenir. C'est la raison pour laquelle je ne veux pas de second référendum. Je souhaite seulement un processus politique et un plan pour mener à bien le Brexit.