"Paris vaut bien un Messi." La "une" de L'Equipe ce lundi matin illustre la frénésie qui s'est emparée des supporters du PSG alors que le Dieu contemporain du football, Lionel Messi, est annoncé de façon imminente dans leur club de coeur. Tout le week-end, la France s'est enflammée à cette perspective de voir le joueur argentin compléter un trio d'attaque d'enfer aux côtés de Mbappé et Neymar. Des passionnés l'ont attendu toute la nuit à l'aéroport du Bourget, tandis que l'on annonce déjà la tour Eiffel à son image, dans le courant de la semaine.
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"Paris vaut bien un Messi." La "une" de L'Equipe ce lundi matin illustre la frénésie qui s'est emparée des supporters du PSG alors que le Dieu contemporain du football, Lionel Messi, est annoncé de façon imminente dans leur club de coeur. Tout le week-end, la France s'est enflammée à cette perspective de voir le joueur argentin compléter un trio d'attaque d'enfer aux côtés de Mbappé et Neymar. Des passionnés l'ont attendu toute la nuit à l'aéroport du Bourget, tandis que l'on annonce déjà la tour Eiffel à son image, dans le courant de la semaine."Si tout se passe comme attendu, mais comme on ne l'aurait jamais espéré, il y a deux ans, Lionel Messi va jouer en Ligue 1, se félicite Vincent Duluc, chef du service foot du quotidien sportif. D'ici là, que personne ne bouge, que personne ne parte. Nous entrons dans les jours les plus incroyables de l'histoire du Championnat de France."L'auteur précise: "Par-delà le contrat réclamé par l'Argentin, le PSG devra lui offrir ce qu'il n'avait plus à Barcelone: un équipe autour de lui. (...) Il y a, dans ce rêve, la part inéquitable de fonds d'Etat illimités et d'une attractivité sportive qui font du PSG un vainqueur de la pandémie pendant que le fair-play financier prend quelque repos et que les grands d'Espagne n'ont plus un sou."La saga Messi et son incroyable développement illustrent en effet différentes dimensions de ce sport devenu révélateur, ô combien, de notre société. Entre capitalisme sauvage, désir de soft power et régulation compliquée.Bien sûr, il y a une dimmension psychologique dans la fin de la "belle histoire" entre Messi et le Barça, club symbolisant encore un football romantique aux yeux de nombreux amoureux du ballon rond. Il est impossible d'oublier le soutien apporté par le club catalan à ce joueur argentin surdoué, mais souffrant d'un problème de croissance, et ce mariage de vingt années brutalement rompu. Psychologiquement, "Léo" avait trouvé une famille et un environement rassurant, lui dont le déficit de communication est maladif. Les larmes de son départ n'étaient sans doute pas feintes et ont bouleversé le monde entier, par-delà les frontières de son club. Elles cachent une jungle.Pour autant, ce départ n'est pas une histoire à l'eau de rose, loin s'en faut. La fin de l'idylle avec Lionel Messi témoigne d'un football que le capitalisme financier a fait sortir de son lit, créant une "bulle" susceptible d'exploser à tout moment, générant des comportements litigieux (rappelons les démêlées de Messi avec le fisc espagnol), des gestions chaotiques (celle du Barça l'est, singulièrement) et des hors-la-loi étatiques dignes du Far West (le Qatar ou les Emirats arabes).Si Lionel Messi avait voulu rester au Barça, n'aurait-il pas pu faire les efforts financiers nécessaires? Il avait déjà diminué de moitié ses prétentions salariales, mais la question demeurait néanmoins, relayée de toutes parts. Philippe Auclair, journaliste et écrivain réputé, a résumé en un constat clair: "Même si Messi avait proposé de jouer pour 0 euros, sa licence n'aurait pas été homologuée. Il serait en effet un 'nouveau joueur', son contrat ayant expiré, et le Barça ne peut recruter que si sa masse salariale représente maxium 70% de son chiffre d'affaires. Elle est de 95%."Jonathan Wilson, spécialiste du football au Guardian et auteur de plusieurs livres passionnants liant football et politique, souligne combien ce qui se passe illustre lé "mauvaise gestion grotesque" de Barcelone. Sur fond d'un bras de fer entamé avec la Liga espagnole depuis des années.Pour comprendre le contexte, il faut préciser que les clubs espagnols sont, depuis longtemps, lourdement endettés avec leur volonté de recruter des pointures mondiales (à l'image des fameux Galacticos madrilènes). La Fédération espagnole a décidé de nouvelles règles pour tenter d'enrayer l'hémorrage, en plus du Fair-play financier européen mais qui, lui, ne tient pas compte des dettes passées.De nouvelles superpuissances du ballon rond dominées par des Etats, le PSG (Qatar) et Manchester City (Emirats arabes unis), ont en outre dérégulé le sport à des fins de soft power. Ils ont coulé le Barça, en plus de la pandémie. Le transfert records de Neymera du Barça au PSG, en 2017, avait provoqué un séisme: 222 millions d'euros. A Barcelone, cela a induit une "urgence de dépenser", inconsidérée, souligne Joanthan Wilson: Ousmane Dembélépour 135 millions d'euros, Philippe Coutinho pour 135 millions, Antoine Griezmann pour 120 millions, Miralem Pjanic pour 60 millions et ce n'est pas tout. "Même un club supermoderne ne peut survivre à une tele litanie", dit-il.Pierre Rondeau, économiste du sport, souligne quant à lui sur le site de SoFoot le drôle d'effet papillon induit par l'échec de la super League européenne, proposé par les grands clubs européens au printemps passé - et mis par terre en raison de la réaction populaire."Avec d'autres géants aux pieds d'argile, les dirigeants du Barça se sont lancés dans le projet SuperLigue, raconte-t-il. Pendant des mois, accompagnés du Real, de l'Atletico, de la Juve, des clubs milanais et de six équipes anglaises, ils ont monté un dossier colossal et immensément rémunérateur. On parlait, à l'époque, lorsque l'officialisation a été faite, en avril dernier, d'un gain compris entre 4 et 6 milliards d'euros par an et jusqu'à 300 millions de prime de participation à chaque équipe dissidentes. Le tout financé par une banque d'affaires américaine et avec des fonds issus des quatre coins du globe. Loin, très loin, des quelques dizaines de millions d'euros donnés aux participants de la Ligue des Champions. Côté Barça, créer la SuperLigue et y prendre part signifiait aussi sauver ses comptes, solvabiliser et stabiliser ses finances. Et donc, et surtout, conserver Messi dans son effectif, en ayant enfin les moyens de le prolonger." Le plan de Super League a, certes, repris du poil de la bête après des décisions de justice qui pourrait lui être favorables. Mais un autre élément est intervenu. "D'un autre côté, la Liga de Javier Tebas, consciente de ses difficultés économiques, a négocié un accord de cession de 10% des parts de sa société commerciale à un fonds d'investissement richissime et spécialiste dans les investissements sportifs, CVC Partners, pour 2,7 milliards d'euros", explique Pierre Rondeau. Un tel accord contient certainement une clause selon laquelle le Barça et le Real ne pourront pas jouer dans une compétition "dissidente" - raisoon pour laquelle les deux clubs ont refusé ledit accord - et la manne d'argent potentielle qu'il offrait."Voilà comment on en arrive à la situation actuelle : en l'état, sans SuperLigue et sans accord avec CVC, le Barça n'a pas d'argent pour faire signer Messi", conclut l'économiste.Les Socios du Barça, ces supporters qui détiennent une large part de son capital, tentent encore d'inverser la mise. Une plainte a été déposée auprès de la Commission européenne afin que le PSG ne soit pas autorisé à recruter Lionel Messi. Ils dénoncent le non-respect des règles du fair play financier par le club de la capitale.Mais le fait est là: le foot professionnel est devenu une jungle et les tribunaux voient les litiges se multiplier.