On a donc assisté à une Tempête dans le bocal (1) où Bruno Patino, le président d'Arte, avait décelé, en 2019, l'émergence de La Civilisation du poisson rouge (Grasset, 184 p.), c'est-à-dire nous, noyés dans un océan de messages, de sollicitations, d'informations sous le contrôle des algorithmes et des robots.
...

On a donc assisté à une Tempête dans le bocal (1) où Bruno Patino, le président d'Arte, avait décelé, en 2019, l'émergence de La Civilisation du poisson rouge (Grasset, 184 p.), c'est-à-dire nous, noyés dans un océan de messages, de sollicitations, d'informations sous le contrôle des algorithmes et des robots. Le deuxième volet de son analyse du capitalisme numérique reflète l'inquiétude qu'inspire cette accélération. "La prime de puissance que [les réseaux sociaux] assurent aux plus extrémistes et aux plus motivés est devenue désormais gigantesque et indéfendable", avance-t-il notamment. Il relaie ainsi le pronostic sombre développé par l'essayiste américaine Sue Halpern, selon laquelle "les réseaux ont amorcé un mouvement [...] de dé-civilisation, en augmentant chaque jour notre accoutumance à la violence verbale". Mais le bilan n'est pas que négatif. Face à la "plateformisation du monde", le temps de la résistance a aussi sonné, souligne Bruno Patino. "Leur domination [des plateformes] nous pousse à leur demander des comptes. Les croire inaccessibles nous conduit à bâtir des solutions nouvelles." Résultat: "En quelques années, les plateformes et les réseaux sociaux ont cessé de plaider la surprise ou l'incompréhension face aux reproches qui leur sont adressés." La prise de conscience de leurs dirigeants ne va pas encore jusqu'à reconnaître qu'il y a aussi "quelque chose de vicié à l'intérieur de leur machine" (algorithmes, calculs...), déplore l'auteur. Mais le combat pour contenir et réguler l'hyperpuissance de ce 5e pouvoir, sans nier ses précieux apports, est engagé.