"Personne ne peut me faire croire que s'il s'était agi hier d'une manifestation de Black Lives Matter", mouvement anti-raciste à l'origine de multiples rassemblements l'an dernier dans tous les Etats-Unis, "ils n'auraient pas été traités très, très différemment de la foule de voyous qui a pris d'assaut le Capitole", a lancé Joe Biden lors d'une allocution depuis son fief de Wilmington.

"Nous savons tous que c'est vrai et c'est inacceptable", a insisté le prochain président américain, qui s'installera à la Maison Blanche le 20 janvier et a bénéficié pour son élection d'une forte mobilisation des électeurs noirs.

Des milliers de partisans de Donald Trump, aiguillonnés par leur président venus s'adresser directement à eux, ont facilement débordé mercredi les services de sécurité du Capitole alors que les élus y tenaient session.

Certains sympathisants du président républicain ont forcé des barrières de sécurité et bousculé voire frappé des policiers qui tentaient de leur barrer le passage. Dans d'autres cas, des médias américains rapportent que les forces de l'ordre leur ont ouvert les portes.

Malgré ces troubles manifestes, les policiers chargés de la sécurité des lieux n'ont pas fait usage de gaz lacrymogènes jusqu'à ce que les intrus aient atteint le coeur du bâtiment, où ils ont fouillé et saccagé des bureaux sans rencontrer d'opposition.

Quant à la Garde nationale, régulièrement déployée à titre préventif l'an dernier, à Washington comme ailleurs, lors des manifestations demandant la fin des brutalités policières contre les minorités, elle n'avait pas été activée mercredi avant le chaos, qui n'a cessé qu'au bout de plusieurs heures.

Pour de nombreux Américains, militants anti-racistes en tête, c'est la preuve que la police et les autorités américaines font "deux poids, deux mesures".

- "C'est énorme" -

"Nous avons passé tout l'été à nous battre pour des gens comme George Floyd (...) et nous avons été reçus avec des balles en caoutchouc", du gaz lacrymogène et des matraques, a souligné sur CNN Patrisse Cullors, l'une des fondatrices de Black Lives Matter (BLM).

Mme Cullors s'est réjouie que Joe Biden ait reconnu jeudi cette inégalité de traitement. "C'est énorme parce qu'il ne s'adresse pas seulement au pays, il s'exprime sur la scène internationale", a-t-elle relevé.

Michelle Obama s'est elle aussi indignée jeudi du contraste frappant et de la clémence consentie aux sympathisants de Donald Trump. "Les manifestations de Black Lives Matter étaient majoritairement pacifiques... Et pourtant, ville après ville, jour après jour, nous avons vu des manifestants paisibles confrontés à la force brute", a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

A l'opposé, ceux qui ont envahi le Capitole "ont profané le coeur du gouvernement américain. Et quand les autorités ont finalement repris le contrôle de la situation, ces émeutiers et membres de gangs ont été escortés hors du bâtiment non pas menottés, mais libres comme l'air", déplore l'ex-première dame des Etats-Unis.

"Pensez un peu au carnage s'ils n'avaient pas été blancs", avait de son côté réagi sur Twitter l'acteur Chris Evans, connu dans le monde entier pour avoir incarné le super-héros Captain America, tandis que le rappeur et acteur Ice-T écrivait: "Imaginez une seconde que BLM ait tenté ce genre de conn...".

"Ils nous ont tués pour moins que ça!", assurait l'organisation historique de défense des droits civiques NAACP (National Association for the Advancement of Colored People).

La star du rap Cardi B a quant à elle épinglé le président Trump, qui traitait les manifestants anti-racistes de tous les noms l'an dernier, les qualifiant d'"animaux" à jeter "en prison" ou de "voyous" sur lesquels lâcher les chiens.

Mercredi, M. Trump a tardé à prendre la parole pour appeler les émeutiers du Capitole à rentrer chez eux, faisant preuve d'une douceur peu coutumière. "Je comprends votre douleur. Je sais que vous êtes blessés", leur a-t-il dit, ajoutant "je vous aime".

"L'ironie est assez amusante... Est-ce que l'été dernier, les gens qui demandaient justice n'étaient pas juste des animaux sauvages ?", a interpellé sur Twitter Cardi B.

La sécurité à Washington en question à deux semaines de l'investiture

Beaucoup se demandent aussi comment les émeutiers ont pu rentrer dans le Capitole Le dispositif de sécurité de ce haut lieu du pouvoir américain était très critiqué jeudi, au lendemain des violences qui ont ébranlé Washington.

La facilité avec laquelle les services de sécurité ont été débordés par les partisans du président républicain brandissant des drapeaux "Trump 2020" et vêtus de tenues de camouflage "est un échec massif", a estimé le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, annonçant une enquête. "La sécurité du Capitole doit être complètement revue", a tweeté le sénateur démocrate d'Hawaï Brian Schatz.

Nancy Pelosi et Mike Pence, BELGAIMAGE
Nancy Pelosi et Mike Pence © BELGAIMAGE

La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a demandé jeudi après-midi la démission de Steven Sund, le directeur de la police du Capitole, un service fédéral fort de 2.300 agents en charge de la sécurité du Congrès, de ses élus et de son personnel.

Quelques heures plus tard, M. Sund a présenté sa démission, effective le 16 janvier, a-t-on appris auprès d'une source proche du chef de la police du Congrès.

- Juridictions séparées -

Les services de sécurité du Congrès avaient planifié leur réponse à une manifestation des partisans de Donald Trump, mais n'étaient pas préparés pour répondre à des violences, avait reconnu M. Sund dans un communiqué publié dans la matinée.

Un agent de la police du Capitole a tiré mortellement sur une manifestante qui tentait de pénétrer dans une zone du Congrès, à travers une vitre brisée. L'agent a été suspendu et une enquête a été ouverte, a précisé M. Sund, soulignant que la situation était alors particulièrement chaotique et que d'autres policiers avaient désamorcé au même moment deux engins explosifs à l'extérieur du bâtiment.

"Je n'ai jamais rien vu comme le violent assaut (de mercredi) contre le Capitole pendant mes 30 ans de carrière à Washington", a-t-il justifié.

Comme souvent aux Etats-Unis, la multiplication des juridictions a compliqué la réponse des autorités.

Soulignant le statut administratif particulier de la capitale américaine, qui est distincte des Etats limitrophes du Maryland et de la Virginie mais qui n'est pas un Etat à part entière, la maire de la ville, Muriel Bowser, a insisté au cours d'une conférence de presse sur le fait qu'elle n'avait pas l'autorité d'envoyer l'armée, la police ou la Garde nationale dans l'enceinte du Congrès, qui est un bâtiment fédéral.

"La police du Capitole et les dirigeants du Congrès n'ont pas pris la décision de demander le soutien de la Garde nationale" en prévision du rassemblement des pro-Trump, pourtant annoncé depuis plusieurs jours, a-t-elle souligné.

La police municipale n'a été appelée à la rescousse qu'à 13H00 locales (18H00 GMT), bien après les premières intrusions de manifestants pro-Trump, a indiqué son chef Robert Contee.

"Ça allait déjà assez mal à ce stade", a-t-il ajouté, faisant état de 68 arrestations, dont 41 dans l'enceinte du Capitole.

- "Pas de demande d'aide" -

A la demande de la maire de Washington, quelque 300 réservistes de la Garde nationale, qui avaient été déployés en grand nombre lors des manifestations antiracistes de l'été, avaient été mis en état d'alerte pour gérer les mouvements de foule dans la ville et dans le métro, sans armes, a indiqué le secrétaire à l'armée de Terre, Ryan McCarthy.

M. McCarthy, qui dirige de facto la Garde nationale de la capitale fédérale, justement parce qu'elle n'est pas un Etat, a souligné avoir eu plusieurs réunions entre le 31 décembre et le 3 janvier avec les autres agences concernées: le département à la Sécurité intérieure (DHS), le ministère de l'Environnement, responsable de la sécurité des monuments publics du centre de Washington, qui est un parc national, et la police du Capitole.

"Il n'y a pas eu de demande d'aide", a-t-il ajouté au cours d'une conférence téléphonique.

La police du Capitole a déclaré dimanche "qu'elle n'aurait pas besoin de l'assistance du ministère de la Défense", a renchéri le responsable des questions de sécurité au Pentagone, Ken Rapuano.

Mme Bowser a prolongé pour quinze jours l'état d'urgence, soit jusqu'à la cérémonie d'investiture de Joe Biden, prévue le 20 janvier sur les marches du Capitole.

En outre, M. McCarthy a annoncé qu'une barrière de deux mètres de haut était en cours d'érection pour protéger l'ensemble du complexe du Congrès, qui comprend le célèbre bâtiment surmonté d'une coupole mais aussi plusieurs immeubles de bureaux, jusqu'au 20 janvier.

Plus de 6.000 réservistes supplémentaires ont été appelés en renfort pour éviter tout nouvel incident d'ici la fin du mandat de Donald Trump, qui a promis jeudi dans un communiqué une "transition ordonnée" sans pour autant reconnaître sa défaite électorale.

"Personne ne peut me faire croire que s'il s'était agi hier d'une manifestation de Black Lives Matter", mouvement anti-raciste à l'origine de multiples rassemblements l'an dernier dans tous les Etats-Unis, "ils n'auraient pas été traités très, très différemment de la foule de voyous qui a pris d'assaut le Capitole", a lancé Joe Biden lors d'une allocution depuis son fief de Wilmington."Nous savons tous que c'est vrai et c'est inacceptable", a insisté le prochain président américain, qui s'installera à la Maison Blanche le 20 janvier et a bénéficié pour son élection d'une forte mobilisation des électeurs noirs.Des milliers de partisans de Donald Trump, aiguillonnés par leur président venus s'adresser directement à eux, ont facilement débordé mercredi les services de sécurité du Capitole alors que les élus y tenaient session.Certains sympathisants du président républicain ont forcé des barrières de sécurité et bousculé voire frappé des policiers qui tentaient de leur barrer le passage. Dans d'autres cas, des médias américains rapportent que les forces de l'ordre leur ont ouvert les portes.Malgré ces troubles manifestes, les policiers chargés de la sécurité des lieux n'ont pas fait usage de gaz lacrymogènes jusqu'à ce que les intrus aient atteint le coeur du bâtiment, où ils ont fouillé et saccagé des bureaux sans rencontrer d'opposition. Quant à la Garde nationale, régulièrement déployée à titre préventif l'an dernier, à Washington comme ailleurs, lors des manifestations demandant la fin des brutalités policières contre les minorités, elle n'avait pas été activée mercredi avant le chaos, qui n'a cessé qu'au bout de plusieurs heures.Pour de nombreux Américains, militants anti-racistes en tête, c'est la preuve que la police et les autorités américaines font "deux poids, deux mesures"."Nous avons passé tout l'été à nous battre pour des gens comme George Floyd (...) et nous avons été reçus avec des balles en caoutchouc", du gaz lacrymogène et des matraques, a souligné sur CNN Patrisse Cullors, l'une des fondatrices de Black Lives Matter (BLM).Mme Cullors s'est réjouie que Joe Biden ait reconnu jeudi cette inégalité de traitement. "C'est énorme parce qu'il ne s'adresse pas seulement au pays, il s'exprime sur la scène internationale", a-t-elle relevé.Michelle Obama s'est elle aussi indignée jeudi du contraste frappant et de la clémence consentie aux sympathisants de Donald Trump. "Les manifestations de Black Lives Matter étaient majoritairement pacifiques... Et pourtant, ville après ville, jour après jour, nous avons vu des manifestants paisibles confrontés à la force brute", a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.A l'opposé, ceux qui ont envahi le Capitole "ont profané le coeur du gouvernement américain. Et quand les autorités ont finalement repris le contrôle de la situation, ces émeutiers et membres de gangs ont été escortés hors du bâtiment non pas menottés, mais libres comme l'air", déplore l'ex-première dame des Etats-Unis."Pensez un peu au carnage s'ils n'avaient pas été blancs", avait de son côté réagi sur Twitter l'acteur Chris Evans, connu dans le monde entier pour avoir incarné le super-héros Captain America, tandis que le rappeur et acteur Ice-T écrivait: "Imaginez une seconde que BLM ait tenté ce genre de conn..."."Ils nous ont tués pour moins que ça!", assurait l'organisation historique de défense des droits civiques NAACP (National Association for the Advancement of Colored People). La star du rap Cardi B a quant à elle épinglé le président Trump, qui traitait les manifestants anti-racistes de tous les noms l'an dernier, les qualifiant d'"animaux" à jeter "en prison" ou de "voyous" sur lesquels lâcher les chiens.Mercredi, M. Trump a tardé à prendre la parole pour appeler les émeutiers du Capitole à rentrer chez eux, faisant preuve d'une douceur peu coutumière. "Je comprends votre douleur. Je sais que vous êtes blessés", leur a-t-il dit, ajoutant "je vous aime"."L'ironie est assez amusante... Est-ce que l'été dernier, les gens qui demandaient justice n'étaient pas juste des animaux sauvages ?", a interpellé sur Twitter Cardi B.Beaucoup se demandent aussi comment les émeutiers ont pu rentrer dans le Capitole Le dispositif de sécurité de ce haut lieu du pouvoir américain était très critiqué jeudi, au lendemain des violences qui ont ébranlé Washington.La facilité avec laquelle les services de sécurité ont été débordés par les partisans du président républicain brandissant des drapeaux "Trump 2020" et vêtus de tenues de camouflage "est un échec massif", a estimé le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, annonçant une enquête. "La sécurité du Capitole doit être complètement revue", a tweeté le sénateur démocrate d'Hawaï Brian Schatz.La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a demandé jeudi après-midi la démission de Steven Sund, le directeur de la police du Capitole, un service fédéral fort de 2.300 agents en charge de la sécurité du Congrès, de ses élus et de son personnel.Quelques heures plus tard, M. Sund a présenté sa démission, effective le 16 janvier, a-t-on appris auprès d'une source proche du chef de la police du Congrès.Les services de sécurité du Congrès avaient planifié leur réponse à une manifestation des partisans de Donald Trump, mais n'étaient pas préparés pour répondre à des violences, avait reconnu M. Sund dans un communiqué publié dans la matinée.Un agent de la police du Capitole a tiré mortellement sur une manifestante qui tentait de pénétrer dans une zone du Congrès, à travers une vitre brisée. L'agent a été suspendu et une enquête a été ouverte, a précisé M. Sund, soulignant que la situation était alors particulièrement chaotique et que d'autres policiers avaient désamorcé au même moment deux engins explosifs à l'extérieur du bâtiment."Je n'ai jamais rien vu comme le violent assaut (de mercredi) contre le Capitole pendant mes 30 ans de carrière à Washington", a-t-il justifié.Comme souvent aux Etats-Unis, la multiplication des juridictions a compliqué la réponse des autorités.Soulignant le statut administratif particulier de la capitale américaine, qui est distincte des Etats limitrophes du Maryland et de la Virginie mais qui n'est pas un Etat à part entière, la maire de la ville, Muriel Bowser, a insisté au cours d'une conférence de presse sur le fait qu'elle n'avait pas l'autorité d'envoyer l'armée, la police ou la Garde nationale dans l'enceinte du Congrès, qui est un bâtiment fédéral."La police du Capitole et les dirigeants du Congrès n'ont pas pris la décision de demander le soutien de la Garde nationale" en prévision du rassemblement des pro-Trump, pourtant annoncé depuis plusieurs jours, a-t-elle souligné.La police municipale n'a été appelée à la rescousse qu'à 13H00 locales (18H00 GMT), bien après les premières intrusions de manifestants pro-Trump, a indiqué son chef Robert Contee."Ça allait déjà assez mal à ce stade", a-t-il ajouté, faisant état de 68 arrestations, dont 41 dans l'enceinte du Capitole.A la demande de la maire de Washington, quelque 300 réservistes de la Garde nationale, qui avaient été déployés en grand nombre lors des manifestations antiracistes de l'été, avaient été mis en état d'alerte pour gérer les mouvements de foule dans la ville et dans le métro, sans armes, a indiqué le secrétaire à l'armée de Terre, Ryan McCarthy.M. McCarthy, qui dirige de facto la Garde nationale de la capitale fédérale, justement parce qu'elle n'est pas un Etat, a souligné avoir eu plusieurs réunions entre le 31 décembre et le 3 janvier avec les autres agences concernées: le département à la Sécurité intérieure (DHS), le ministère de l'Environnement, responsable de la sécurité des monuments publics du centre de Washington, qui est un parc national, et la police du Capitole. "Il n'y a pas eu de demande d'aide", a-t-il ajouté au cours d'une conférence téléphonique.La police du Capitole a déclaré dimanche "qu'elle n'aurait pas besoin de l'assistance du ministère de la Défense", a renchéri le responsable des questions de sécurité au Pentagone, Ken Rapuano.Mme Bowser a prolongé pour quinze jours l'état d'urgence, soit jusqu'à la cérémonie d'investiture de Joe Biden, prévue le 20 janvier sur les marches du Capitole.En outre, M. McCarthy a annoncé qu'une barrière de deux mètres de haut était en cours d'érection pour protéger l'ensemble du complexe du Congrès, qui comprend le célèbre bâtiment surmonté d'une coupole mais aussi plusieurs immeubles de bureaux, jusqu'au 20 janvier.Plus de 6.000 réservistes supplémentaires ont été appelés en renfort pour éviter tout nouvel incident d'ici la fin du mandat de Donald Trump, qui a promis jeudi dans un communiqué une "transition ordonnée" sans pour autant reconnaître sa défaite électorale.