C'est ce qui s'appelle une fameuse courbe rentrante. Après avoir menacé Audrey Pulvar, adjointe de la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), d'une plainte en justice, le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin (LRM), est contraint de faire profil bas et lui proposer une "rencontre".
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C'est ce qui s'appelle une fameuse courbe rentrante. Après avoir menacé Audrey Pulvar, adjointe de la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), d'une plainte en justice, le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin (LRM), est contraint de faire profil bas et lui proposer une "rencontre". En toile de fond de cette polémique qui a secoué la France depuis ce week-end, il y a un sujet devenu une source première de polarisation dans nos démocraties: l'attitude de la police et le soutien à lui apporter. Politiquement, le sujet est sensible car une partie de la droite manoeuvre pour empêcher l'extrême droite de prospérer - voire, d'être en situation d'arriver au pouvoir.Ce sujet français a rebondi en Belgique, après que Georges-Louis Bouchez, président du MR, ait relayé le tweet initial de Gérald Darmanin annonçant le dépôt de plainte. Et alors que de nombreux adversaires politiques, mais aussi des partenaires des libéraux dans les majorités fédérale et régionale,regrettent ses expressions décomplexées.Tout part, donc, d'une tweet envoyé dimanche par le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin: "Les propos de Madame Pulvar dépassent le simple cadre d'une campagne électorale et viennent profondément diffamer la police de la République. Je porte plainte au nom du ministère de l'Interieur."Pour comprendre cette annonce, il faut remonter à la semaine précédente. Le ministre de l'Intérieur avait pris part mercredi à une manifestation organisée par les syndicats de police devant l'Assemblée nationale. D'aucuns s'étaient étonnés de la participation du ministre à une mobilisation... contre un projet de son gouvernement. Mais Audrey Pulvar, adjointe de la maire de Paris, avait été un cran plus loin en fustigeant une manifestation "soutenue par l'extrême droite, à laquelle participe un ministre de l'Intérieur, qui marche sur l'Assemblée nationale pour faire pression sur les députés en train d'examiner un texte de loi concernant la justice, c'est une image qui pour moi était assez glaçante".En Belgique, Georges-Louis Bouchez avait donc retweeté le message initial du ministre français, sous le regard interloqué de ses adversaires politiques. Le libéral a, il est vrai, fait de la défense des policiers un des fils rouges de sa présidence.Audrey Pulvar, qu iest aussi candidate aux régionales en Île-de-France, ne s'est pas laissée décontenancer par la menace de plainte du ministre de l'Intérieur. Elle "n'a qu'un but, c'est de faire de la politique, et c'est de m'intimider, soulignait-elle sur LCI. Ça ne marche pas, ça ne m'impressionne pas. En revanche, cela m'inquiète pour l'état de notre démocratie". Il faut dire que la menace faite par le ministre a suscité un tollé dans l'ensemble de la classe politique française. Elle a également fait grincer des dents au sein de la majorité. "Le problème de Gérald, c'est qu'il roule à 300 km/h, sous la pluie et sur les graviers", confie un conseiller du pouvoir à franceinfo, résumant le sentiment général d'une métaphore édifiante.Mal pris, utilisant un extrait de l'interview pour se justifier, le ministre fait marche arrière: "J'ai entendu, ce matin, les propos de madame Audrey Pulvar explicitant clairement que, pour elle, la police n'était pas raciste. J'en prends acte. Je lui propose de la rencontrer dans les prochains jours." Voilà l'affaire éteinte, même si personne n'est dupe.En Belgique, donc, le président libéral est épinglé pour son soutien implicité au ministre de l'Intérieur français. Certains, à gauche, parlent même d'un "RT de la honte".Cela s'ajoute, ce mardi matin, à un message dans lequel le président du MR affirme, dans le contexte de l'affaire Jürgen Conings: "Interpellant comme le monde médiatique francophone est prolixe au sujet de l'extrême droite en Flandre mais est beaucoup moins loquace sur les horreurs du communautarisme de la gauche francophone. Les deux sont à combattre avec la même force, ils détruisent la société." Réplique de Gilles Van den Burre, chef de file Ecolo à la Chambre: "Mettre sur un même pied l'extrême droite et les partis de gauche est insupportable de la part d'un président de parti démocratique. Cette stratégie ultra clivante est en train de nous tirer vers les bas-fonds du populisme. Arrêtons cela et vite."Gérald Darmanin et Georges-Louis Bouchez mènent-ils un combat similaire pour tenter de faire barrage au populisme, quitte à en endosser les codes? Et quitte à irriter le reste de la classe politique?