"Le problème des Conservateurs, c'est qu'ils ne s'intéressent tout simplement pas aux gens qui louent. Et encore moins aux locataires d'habitations sociales". À l'époque, je pensais que c'était une conclusion d'un ténor du Labour incapable d'accepter d'avoir été battu par son rival de toujours, Boris Johnson, au "mayorat de la capitale". L'année dernière, Ken Livingstone (le maire de Londres de 2000 à 2008) était à Amsterdam pour la première d'une série documentaire sur le Royaume-Uni que j'avais aidé à produire. Londres n'a que deux priorités, m'a-t-il dit alors que nous nous promenions le long des canaux : les logements et les transports en public. Il trouvait qu'en ce domaine, son administration avait été assez efficace. Pour cette raison, l'écrivain et journaliste conservateur Charles Moore avait qualifié Livingstone de "seul politique de gauche du pays couronné de succès". Boris Johnson, "un paresseux" d'après Livingstone, l'avait regardé d'un air "sincèrement étonné" quand il avait parlé de l'importance de logements à louer abordables. "Quel est l'intérêt de locataires ?", aurait-il dit.
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"Le problème des Conservateurs, c'est qu'ils ne s'intéressent tout simplement pas aux gens qui louent. Et encore moins aux locataires d'habitations sociales". À l'époque, je pensais que c'était une conclusion d'un ténor du Labour incapable d'accepter d'avoir été battu par son rival de toujours, Boris Johnson, au "mayorat de la capitale". L'année dernière, Ken Livingstone (le maire de Londres de 2000 à 2008) était à Amsterdam pour la première d'une série documentaire sur le Royaume-Uni que j'avais aidé à produire. Londres n'a que deux priorités, m'a-t-il dit alors que nous nous promenions le long des canaux : les logements et les transports en public. Il trouvait qu'en ce domaine, son administration avait été assez efficace. Pour cette raison, l'écrivain et journaliste conservateur Charles Moore avait qualifié Livingstone de "seul politique de gauche du pays couronné de succès". Boris Johnson, "un paresseux" d'après Livingstone, l'avait regardé d'un air "sincèrement étonné" quand il avait parlé de l'importance de logements à louer abordables. "Quel est l'intérêt de locataires ?", aurait-il dit. L'acheteur était au centre de l'idéologie conservatrice des années quatre-vingt. L'idéal de Thatcher était de faire du Royaume-Uni une nation de propriétaires. Pour la première fois, les locataires d'habitations appartenant à la commune bénéficiaient de l'opportunité d'acheter leur logement à prix doux. L'opération a rapporté un million de propriétaires et un manque important de logements sociaux, un déficit qu'on a délibérément omis de combler. L'état a tout fait pour que les autorités locales ne construisent pas de logements à louer. Les Britanniques devaient acheter. Depuis lors, le marché libre a eu toute la liberté de réduire de plus en plus le rôle de l'état. Symbole Si la Grenfell Tower carbonisée symbolise une chose, c'est bien une culture d'indifférence à l'égard de ceux qui ne savent pas suivre économiquement. La tour de Kensington est un reproche à la gestion du laissez-faire et à l'inégalité. C'est un monument pour un quartier où les habitants déboursent 6000 euros pour une baignoire, mais où ce même montant était de trop pour une façade ignifuge d'une tour de 24 étages. On peut spéculer sur la responsabilité et la cause de l'incendie. Mais non sur les politiques qui ont rejeté une motion 'destinée à adapter les maisons à louer à l'habitation humaine', qui ont ignoré les recommandations d'experts en matière de prévention d'incendie, et qui ont menacé les habitants de la Grenfell Tower qui se sont plaints du danger d'incendie de poursuites judiciaires. Ces derniers jours, en écoutant les survivants de l'incendie, je me suis dit régulièrement : peut-être que Livingstone avait raison. Theresa MayL'incendie a également réduit la charge de Premier ministre de Theresa May en cendres. S'il y a deux mois, quand elle a convoqué les élections, elle était encore considérée comme la politique la plus capable de mener à bien l'énorme charge que représente le Brexit, sa vie politique se compte en jours. La perte de sa majorité à la Chambre a été le déclencheur du changement d'atmosphère. Que les revenus les plus faibles qui avaient trinqué pour les mesures draconiennes d'austérité imposées suite aux erreurs commises par le secteur financier en 2008, ne pouvaient plus en être tenus responsables. L'incendie a été le catalyseur de la colère au sujet d'économies qui ont coûté leur emploi à 7000 pompiers, qui ont réduit les inspections de sécurité d'incendie d'un quart en cinq ans et qui ont déclenché une négligence administrative. La Première ministre May n'est pas capable d'inverser la vapeur. Lors de la campagne électorale, elle a été critiquée pour avoir évité le contact avec les électeurs. L'incendie était une opportunité pour elle de montrer qu'elle n'était pas insensible, pas une Maybot mécanique. "Le moins que l'on puisse attendre d'un leader, c'est qu'elle exprime le chagrin et la confusion", ont dit mes voisins (conservateurs). L'incapacité de May de montrer de l'empathie confirme la distance entre elle et les électeurs. May semble avoir atteint le point où plus rien ne peut changer son statut. Elle est à ce point affaiblie que tout ce qu'elle fait peut être ridiculisé et critiqué. Sans le Brexit et sans la perte d'une majorité de la Chambre, elle s'en serait peut-être sortie. Whitehall est un organe puissant qui, à condition qu'il n'y ait pas d'événements inopinés, est capable de protéger un Premier ministre médiocre. Pas à la hauteur "Le pays a l'air ridicule", écrivait le Financial Times avant l'incendie. Le Royaume-Uni d'aujourd'hui semble non seulement absurde, mais aussi instable et privé de leader. Le dirigeant lutte pour un accord de soutien avec le parti conservateur le plus social du royaume. Mercredi, son nouveau gouvernement doit lancer l'année parlementaire. Et à côté de ça il y a, dominant tout, mais non évoqué, le Brexit. La déconnexion de l'UE est un procès aussi radical pour le Royaume-Uni que la perte des colonies, mais beaucoup plus compliqué à réaliser. Le coup d'envoi des négociations du Brexit est prévu ce lundi à 11 heures. Il n'y a pas de but, pas de stratégie sur la conclusion d'un accord et pas de confiance que le parlement britannique acceptera un accord dans deux ans. Et l'exécutante de tout cela, une Première ministre qui a promis une emprise sur ses frontières et ses lois, n'a pas d'emprise sur son propre gouvernement. Jamais encore l'adage anglais 'keep calm and carry on', n'avait tant failli.