"Même encore aujourd'hui, les Belges sous-estiment la vigueur du populisme européen parmi les électeurs", écrit Luuk van Middelaar. L'ancien conseiller du président européen Herman Van Rompuy a raison: en général, nous sommes très favorables à l'Europe, mais ailleurs on crache sur l'Union européenne. Après le Brexit, le départ des Britanniques de l'UE, l'Europe est au coeur de trois élections nationales. En France, Marine Le Pen, candidate présidentielle au Front national, promet un référendum sur l'adhésion de la France à l'UE. Aux Pays-Bas, même si le VVD reste la première formation politique des Pays-Bas, le PVV de Geert Wilders et le Forum voor Democratie de Thierry Baudet sont favorables à un "nexit" et en Allemagne Alternative für Deutschland attise les sentiments anti-européens. Et même si aucun d'entre eux ne coiffe la couronne, ils réussissent à exalter le nationalisme anti-européen.
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"Même encore aujourd'hui, les Belges sous-estiment la vigueur du populisme européen parmi les électeurs", écrit Luuk van Middelaar. L'ancien conseiller du président européen Herman Van Rompuy a raison: en général, nous sommes très favorables à l'Europe, mais ailleurs on crache sur l'Union européenne. Après le Brexit, le départ des Britanniques de l'UE, l'Europe est au coeur de trois élections nationales. En France, Marine Le Pen, candidate présidentielle au Front national, promet un référendum sur l'adhésion de la France à l'UE. Aux Pays-Bas, même si le VVD reste la première formation politique des Pays-Bas, le PVV de Geert Wilders et le Forum voor Democratie de Thierry Baudet sont favorables à un "nexit" et en Allemagne Alternative für Deutschland attise les sentiments anti-européens. Et même si aucun d'entre eux ne coiffe la couronne, ils réussissent à exalter le nationalisme anti-européen.Le sentiment anti-européen croissant sur le continent n'est pas de la même trempe qu'au Royaume-Uni. Les Britanniques voulaient simplement quitter l'Europe, alors que les partis anti-européens de nos pays voisins aspirent ni plus ni moins à la destruction du projet européen. Pour cela, ils peuvent compter sur le soutien de la Maison-Blanche à Washington. Et l'UE elle-même ne les entrave pas vraiment, au contraire."Le présent demande de l'action, l'avenir demande de la vision", avait déclaré l'ancien président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet. Ses propos datent de 2011, au moment où la crise de l'euro a atteint son apogée, mais ils valent également pour l'Union européenne qui se débat dans une crise existentielle. C'est pourquoi il y a quelques semaines, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a présenté cinq scénarios pour l'avenir de l'UE. Un: continuer à cafouiller. Deux: l'Europe devient uniquement une zone de libre-échange. Trois: une Europe à plusieurs vitesses, où les états membres qui veulent coopérer davantage en ont la possibilité. Quatre: moins d'Europe, mais une politique plus efficace pour les tâches fondamentales. Cinq: plus de coopérations à tous les niveaux.Le "Livre blanc sur l'avenir de l'Europe" de Juncker paraît soixante ans après le traité conclu par la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la République fédérale d'Allemagne, la France et l'Italie pour fonder la Communauté économique européenne (CEE), le prédécesseur principal de l'Union européenne. La semaine prochaine, cet anniversaire sera fêté par 27 leaders européens - sans la Première ministre britannique Theresa May - à Rome. Ils ne manqueront pas de parler des options esquissées par Juncker pour donner un avenir à l'UE.L'Allemagne et les cinq autres fondateurs de la CEE sont plutôt favorables à une combinaison des scénarios trois et quatre: à l'avenir, les états membres de l'UE pourraient unir leurs forces pour les projets spécifiques. Ce qu'il se passe maintenant avec l'euro (avec 19 pays de l'UE sur 28) et la zone Schengen sans passeport pourrait s'appliquer à la Défense, la politique ou la fiscalité. C'est ainsi qu'on obtient une Europe à la carte où différents groupes de pays coopèrent à des vitesses différentes. Ce scénario met fin à l'illusion d'un grand bloc européen. L'UE risque de se transformer en chaos.Les pays Visegrad (Pologne, Tchéquie, Slovaquie et Hongrie) ont déjà indiqué qu'ils s'opposeraient à cette Europe à différentes vitesses, car ils craignent d'y jouer un rôle de seconde zone. Donald Tusk, le président européen qui vient d'être réélu, s'est déjà rangé à leurs côtés et a déclaré qu'en "cas de naissance de 'nouveau bébé' à Rome, il devra s'appeler Unity et non Multi-speed. La naissance d'un "nouveau bébé" à Rome est exclue. Il faudra au moins attendre l'issue des élections en France et en Allemagne.Indépendamment de tout cela, le "Livre blanc" de Juncker constitue une initiative indispensable pour offrir un avenir en Europe. Mais elle demeure insuffisante. L'UE reste un projet exsangue, peuplé de fonctionnaires et de politiciens grassement payés. La transparence et la justification à l'égard de l'électeur sont et restent défaillantes. Il n'est pas question de politique sociale européenne digne de ce nom ou d'approche européenne décente du problème des réfugiés. L'UE n'affiche pratiquement aucune ambition ou vision et le discours européen n'enthousiasme plus personne. Dans ce climat, il n'est guère étonnant que de plus en plus de citoyens se chauffent au "feu de la révolte électorale populiste anti-européenne".