Ce sera le principal sujet des discussions des ministres des Affaires étrangères lundi à Luxembourg. "Laissez-nous un peu de temps. Nous verrons si l'intervention militaire de la Turquie se poursuit et prend de l'ampleur", a confié un diplomates interrogé sur l'incapacité des européens à s'entendre pour sanctionner Ankara.

Les dirigeants de l'UE ont exhorté Ankara à mettre fin à son offensive dans le nord de la Syrie. Ils ont mis en garde contre des conséquences humanitaires désastreuses et une résurgence de l'Etat islamique.

La milice kurde des YPG, cible de l'offensive turque, a soutenu les Occidentaux dans la lutte contre le groupe Etat islamique. La France a demandé une réunion de la coalition internationale contre l'EI dont font partie la Turquie et les Etats-Unis.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays est membre de l'Otan, a répondu en menaçant de permettre à des millions de réfugiés syriens de gagner l'Europe si l'UE continue de critiquer une offensive considérée comme nécessaire pour la sécurité de la Turquie.

L'Union européenne peut difficilement aller au-delà des appels à la retenue et de la condamnation car elle manque d'options. Toute sanction doit être décidée à l'unanimité. Or, l'UE est divisée. "C'est sur la table", a toutefois déclaré la secrétaire d'Etat française aux Affaires européennes Amélie de Montchalin. "Ce sera débattu au Conseil européen" organisé les 17 et 18 octobre à Bruxelles, a-t-elle assuré sur la radio France Inter.

L'UE rejette le "chantage" turc

"La Turquie doit comprendre que notre principale préoccupation est que leurs actions puissent conduire à une autre catastrophe humanitaire, ce qui serait inacceptable", a averti le président du Conseil de l'UE, Donald Tusk, lors d'une visite à Chypre. "Nous n'accepterons jamais que les réfugiés soient utilisés comme arme pour nous faire chanter. C'est pour cela que je considère les menaces d'hier du président Erdogan comme absolument hors de propos", a-t-il ajouté.

Les menaces du président turc ont suscité la colère à Bruxelles, compte tenu de l'aide que l'UE a apportée à la Turquie pour faire face à l'afflux de réfugiés.

Utiliser les réfugiés "comme levier est totalement inacceptable", a déclaré un haut fonctionnaire de l'UE. "Nous avons toujours reconnu le fardeau que porte la Turquie avec quatre millions de réfugiés, dont 3,6 millions de Syriens", a-t-il souligné.

Un accord a été conclu entre l'UE et la Turquie en 2016. Il prévoit une aide de 6 milliards d'euros pour les réfugiés syriens en Turquie. "Nous avons alloué 97 pour cent de ces fonds", a-t-il précisé.

L'UE a intensifié ses contacts avec la Turquie pour exprimer ses préoccupations, et réitéré sa décision de ne pas accorder un seul financement pour l'installation de réfugiés syriens dans la zone conquise par les forces turques.

L'UE a mis en garde Ankara contre toute intention d'envoyer des réfugiés non kurdes dans cette zone ce qui aurait pour effet de modifier la composition de la population locale. "Nous avons été très clairs sur le fait que toute tentative de changement démographique est totalement inacceptable", a déclaré le responsable.