L'opium, refuge pour les tribus montagnardes du Laos (en images)

09/09/18 à 11:35 - Mise à jour à 11:35

Allongé dans une hutte au sommet d'une montagne du Laos cernée par la brume, Vo Pali plane. Sa drogue, c'est l'opium, fait à partir des champs de pavots cultivés par les tribus montagnardes du Laos.

"Je fume trois fois par jour", explique dans un grommellement ce paysan de l'ethnie Hmong, dans ce petit pays d'Asie du Sud-Est enclavé entre Birmanie, Thaïlande et Chine, au milieu du Triangle d'Or. "Cela a ruiné ma vie", explique celui qui vivote et fume de l'opium depuis ses 30 ans. Son fils est lui aussi accro. La conversation s'interrompt quand vient l'heure de prendre sa première dose. Vo Pali brûle une boule de résine d'opium, noire, au-dessus d'une bougie, puis la place dans sa pipe en bambou. Il en prend cinq profondes bouffées, et le voilà parti.

L'ethnie montagnarde des Hmong fait pousser de l'opium à usage médicinal et récréatif depuis des générations. Mais au Laos, dirigé par un régime communiste à parti unique depuis des décennies, aucun programme de réhabilitation n'existe, contrairement à des pays voisins plus développés comme la Thaïlande. Dans les années 1960 et 1970, le Laos a commencé à exporter massivement son opium, pour alimenter notamment les Etats-Unis, où la consommation d'héroïne (faite à base d'opium) explosait. Un moyen comme un autre de nuire à l'ennemi capitaliste. Depuis un décret de 2006, la culture de l'opium est officiellement interdite au Laos. Ce qui n'empêche pas les tribus montagnardes de continuer à cultiver du pavot et à produire de l'opium, pour leur usage personnel mais aussi pour l'exportation.

Certains Hmongs sont devenus trafiquants de drogue, liés à la criminalité organisée internationale. Mais nombre des membres de ces tribus ne profitent pas des dividendes centralisés par quelques-uns. "Les habitants de ces régions reculées sont très pauvres", explique à l'AFP Onphiuw Khongviengthong, responsable de l'Autorité anti-drogue laotienne, lors d'une rare interview à un média étranger, dans ce pays au régime cultivant le secret. "Ils ne sont pas très éduqués, ne connaissent pas la loi, alors il est facile de les tromper et de les utiliser à des fins de trafic" pour les intermédiaires, explique-t-il.

De l'opium à l'arabica

En 2015, quelque 5.700 hectares du Laos étaient consacrés à des plantations de pavot, selon les estimations de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Plusieurs saisies d'opium et d'héroïne cette année au Vietnam, transportés par des Hmongs du Laos, ont mis en lumière le phénomène. "Ces paysans viennent d'une des régions les plus pauvres du pays, ils n'ont comme alternative que des cultures à faible valeur ajoutée et un accès très limité aux marchés et aux nouvelles technologies" agricoles, explique Erlend Falch, représentant de l'ONUDC au Laos. "Ils n'ont pas vraiment de voie de sortie de la pauvreté", reconnaît-il.

L'agence de l'ONU tente néanmoins de changer la donne avec un programme de culture de café dans dix villages de la province de Houaphan, à la frontière avec le Vietnam, connue pour leur tradition de culture de l'opium. Le but est de produire de l'arabica de haute qualité, donc à forte valeur ajoutée, destiné aux marchés des pays riches, du Japon à l'Europe. "Avant, nous n'avions pas d'alternatives à la culture d'opium", explique Mer Su Vua, un paysan Hmong participant au programme, au milieu de plants de cafés. Lui et d'autres villageois feront à la fin de l'année leur toute première récolte de café. L'ONUDC essaye de mettre en place un système de distribution pérenne et "une vraie coopérative commerciale, détenue par les paysans", explique Erlend Falch.

En parallèle, le Laos est confronté, comme tous ses voisins du Triangle d'Or, au phénomène grandissant des laboratoires clandestins fabriquant des méthamphétamines. Et les groupes de trafiquants sont bien mieux équipés que la police antidrogue. L'arrestation du parrain de la drogue laotien Xaysana Keophimpa, emprisonné à vie en Thaïlande, a marqué un revers pour les trafiquants. Mais les plus gros trafiquants sont intouchables, comme le Chinois Zhao Wei, qui opère un commerce de trafic d'animaux et de drogue depuis une zone économique spéciale, de facto enclave chinoise au Laos. (AFP)

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