La rapidité avec laquelle cette formule codée vulgaire a prospéré dans un pays ultra polarisé illustre la détérioration du débat politique post-Donald Trump. Elle reflète aussi la chute de popularité de son successeur à la Maison Blanche.

D'où viennent ces trois mots ? Tout simplement d'une interview locale d'un coureur automobile, Brandon Brown: victorieux d'une compétition sur un circuit Nascar dans l'Alabama, le pilote de 28 ans est interrogé le 2 octobre par une journaliste de NBC. Elevant la voix pour couvrir la rumeur montant des tribunes, la femme lance: "Et vous pouvez entendre les chants de la foule: Vas-y Brandon!".

En fait, on entend assez clairement la foule scander: "Fuck You Biden!" ("Biden, va te faire f...").

Slogan viral

L'erreur de la journaliste, peut-être un peu dure d'oreille, combinée avec la béatitude du jeune Brandon, ont suffi pour que la séquence devienne virale. Et le slogan "Let's Go Brandon" est devenu une façon facile et édulcorée de vouer Biden aux gémonies, sans répéter le "F. word", mot grossier habituellement proscrit de tout discours éduqué.

C'est ainsi qu'on a vu ces dernières semaines des responsables politiques républicains de premier ordre reprendre la formule sulfureuse, suscitant les condamnations du camp démocrate.

Parmi eux figure le très trumpiste gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, que certains voient déjà remporter la Maison Blanche en 2024.

Dans un discours prononcé à West Palm Beach, ville où Donald Trump s'est retiré dans son luxueux club de Mar-A-Lago, M. DeSantis a raillé "l'administration Brandon".

Il ne faisait qu'emboîter le pas à d'autres conservateurs républicains, qui ont contribué à sortir le slogan insultant des cercles d'extrême droite pour lui donner une certaine forme d'acceptabilité.

Masques, tee-shirts...

Jeff Duncan, élu de la Caroline du Sud, a semé l'émoi en arborant un masque "Let's Go Brandon" à la Chambre des représentants. Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a lui tweeté la phrase. Le sénateur Ted Cruz, autre poids lourd républicain, a posé derrière une pancarte "Let's Go Brandon".

Chez les militants pro-Trump, les tee-shirts "Let's Go Brandon" se déclinent dans toutes les tailles et couleurs, y compris sur fond de drapeau américain.

Concluant un vol de Houston à Albuquerque, un pilote de Southwest Airlines a répété les mots irrévérencieux dans un message diffusé en cabine. Dénonçant une conduite "inacceptable", la compagnie aérienne a dans la foulée lancé une enquête interne.

Du côté des autorités sportives, notamment universitaires, on observe le phénomène avec inquiétude. Le slogan est repris en choeur dans de nombreux stades et autres lieux de compétitions aux Etats-Unis, en particulier les circuits Nascar, connus pour attirer un public issu des milieux blancs et populaires.

Vendredi, le patron de Nascar, Steve Phelps, a averti que son organisation ne tolérerait pas de voir son logo associé avec l'injure ayant fait florès.

Et, samedi soir, le slogan clivant a encore franchi un cap en notoriété en faisant une entrée en fanfare sur la chaîne YouTube de Saturday Night Live, la grande émission de satire politique.

Du côté des partisans du président Biden, la riposte a pris un tour ironique, avec un hashtag #ThankYouBrandon ("Merci Brandon").

La rapidité avec laquelle cette formule codée vulgaire a prospéré dans un pays ultra polarisé illustre la détérioration du débat politique post-Donald Trump. Elle reflète aussi la chute de popularité de son successeur à la Maison Blanche. D'où viennent ces trois mots ? Tout simplement d'une interview locale d'un coureur automobile, Brandon Brown: victorieux d'une compétition sur un circuit Nascar dans l'Alabama, le pilote de 28 ans est interrogé le 2 octobre par une journaliste de NBC. Elevant la voix pour couvrir la rumeur montant des tribunes, la femme lance: "Et vous pouvez entendre les chants de la foule: Vas-y Brandon!". En fait, on entend assez clairement la foule scander: "Fuck You Biden!" ("Biden, va te faire f..."). Slogan viralL'erreur de la journaliste, peut-être un peu dure d'oreille, combinée avec la béatitude du jeune Brandon, ont suffi pour que la séquence devienne virale. Et le slogan "Let's Go Brandon" est devenu une façon facile et édulcorée de vouer Biden aux gémonies, sans répéter le "F. word", mot grossier habituellement proscrit de tout discours éduqué.C'est ainsi qu'on a vu ces dernières semaines des responsables politiques républicains de premier ordre reprendre la formule sulfureuse, suscitant les condamnations du camp démocrate.Parmi eux figure le très trumpiste gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, que certains voient déjà remporter la Maison Blanche en 2024. Dans un discours prononcé à West Palm Beach, ville où Donald Trump s'est retiré dans son luxueux club de Mar-A-Lago, M. DeSantis a raillé "l'administration Brandon".Il ne faisait qu'emboîter le pas à d'autres conservateurs républicains, qui ont contribué à sortir le slogan insultant des cercles d'extrême droite pour lui donner une certaine forme d'acceptabilité.Masques, tee-shirts...Jeff Duncan, élu de la Caroline du Sud, a semé l'émoi en arborant un masque "Let's Go Brandon" à la Chambre des représentants. Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a lui tweeté la phrase. Le sénateur Ted Cruz, autre poids lourd républicain, a posé derrière une pancarte "Let's Go Brandon".Chez les militants pro-Trump, les tee-shirts "Let's Go Brandon" se déclinent dans toutes les tailles et couleurs, y compris sur fond de drapeau américain.Concluant un vol de Houston à Albuquerque, un pilote de Southwest Airlines a répété les mots irrévérencieux dans un message diffusé en cabine. Dénonçant une conduite "inacceptable", la compagnie aérienne a dans la foulée lancé une enquête interne.Du côté des autorités sportives, notamment universitaires, on observe le phénomène avec inquiétude. Le slogan est repris en choeur dans de nombreux stades et autres lieux de compétitions aux Etats-Unis, en particulier les circuits Nascar, connus pour attirer un public issu des milieux blancs et populaires.Vendredi, le patron de Nascar, Steve Phelps, a averti que son organisation ne tolérerait pas de voir son logo associé avec l'injure ayant fait florès. Et, samedi soir, le slogan clivant a encore franchi un cap en notoriété en faisant une entrée en fanfare sur la chaîne YouTube de Saturday Night Live, la grande émission de satire politique.Du côté des partisans du président Biden, la riposte a pris un tour ironique, avec un hashtag #ThankYouBrandon ("Merci Brandon").