"Notre gouvernement est certain que l'homme assassiné est Kim Jong-Nam", a déclaré le porte-parole du ministère sud-coréen de l'Unification, Chung Joon-Hee, qui gère les affaires intercoréennes.

Peu auparavant, le président sud-coréen par intérim, Hwang Kyo-Ahn, avait estimé que ce crime commis lundi démontrait "la brutalité et la nature inhumaine du régime" de Pyongyang. "S'il est confirmé, le meurtre de Kim Jong-Nam serait un exemple qui démontrerait la brutalité et la nature inhumaine du régime nord-coréen", a déclaré M. Hwang lors d'une réunion avec ses principaux conseillers à la sécurité, selon son porte-parole.

"Nous prenons cette affaire très au sérieux et nous gardons l'oeil sur le Nord", a déclaré le président par intérim lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité nationale (NSC). Il a souligné que son gouvernement coopérait étroitement avec les autorités malaisiennes pour tenter de faire la lumière sur ce mystérieux assassinat.

Kim Jong-Nam a été empoisonné avec des aiguilles lundi à l'aéroport de Kuala Lumpur, par deux femmes non identifiées, a rapporté la télévision sud-coréenne Chosun, citant plusieurs sources gouvernementales, ajoutant que les deux femmes avaient ensuite hélé un taxi pour s'enfuir.

"Il a dit à l'accueil du hall des départs que quelqu'un l'avait attrapé par derrière par le visage et l'avait aspergé d'un liquide", a déclaré le chef de la police criminelle de l'Etat de Selangor, Fadzil Ahmat, selon le journal malaisien The Star.

"Il a demandé de l'aide et a immédiatement été envoyé à la clinique de l'aéroport. A ce moment-là, il disait souffrir de maux de tête et semblait sur le point de s'évanouir", a-t-il dit.

"A la clinique, il a été victime d'une crise cardiaque. Il a été placé dans une ambulance et était en route vers l'hôpital de Putrajaya quand son décès a été prononcé."

La police malaisienne a annoncé qu'une autopsie serait pratiquée mercredi sur la dépouille de la victime, sans toutefois dire quand les résultats en seraient annoncés.

Le fils aîné du dirigeant nord-coréen défunt Kim Jong-Il, âgé de 45 ans, a succombé sur le chemin de l'hôpital. Pressenti un temps comme héritier de la Corée du Nord, Kim Jong-Nam, partisan de réformes dans son pays et critique du mode de succession dynastique du pouvoir, vivait de facto en exil.

Il s'agit du plus haut dignitaire assassiné sous le règne de Kim Jong-Un depuis l'exécution en décembre 2013 de l'oncle du jeune leader nord-coréen, Jang Song-Thaek, qui fut un temps le numéro deux officieux du régime.

Soumis à une pression internationale croissante à propos des programmes nucléaire et balistique nord-coréen, Kim Jong-Un cherche à renforcer son pouvoir.

Lundi, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné à l'unanimité --y compris la Chine, principale alliée de Pyongyang-- le tir de missile effectué dimanche par la Corée du Nord. Les annonces de purges, d'exécutions et de disparitions, --certaines confirmées, d'autres non-- sont fréquentes depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2011.

Disneyland

Les annonces de purges, d'exécutions et de disparitions --certaines étant confirmées, d'autres non-- sont fréquentes depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2011.

Selon des médias sud-coréens, Kim Jong-Nam voyageait avec un faux passeport au nom de Kim Chol.

Ancien patron du contre-espionnage de la police secrète du régime, entre autres postes stratégiques, il était tombé en disgrâce suite à une tentative manquée en 2001 d'entrer au Japon avec un passeport falsifié, pour soi-disant visiter Disneyland.

Depuis, il a vécu principalement dans le territoire chinois de Macao.

De l'avis de Cheong Seong-Jang, chercheur dans l'Institut Sejong, groupe de réflexion à Séoul, il est très peu probable que Kim Jong-Un ait vu en lui un possible rival.

Reuters
© Reuters

"Mais si Kim Jong-Nam a commis un acte mettant en cause l'autorité de Kim Jong-Un, alors je pense qu'il est possible que le renseignement nord-coréen ait directement mené cet assassinat, sous les ordres de Kim Jong-Un, dans la mesure où il était chargé de le surveiller de près", a-t-il déclaré à l'AFP.

Kim Jong-Nam avait déjà été pris pour cible. En octobre 2012, le parquet sud-coréen avait indiqué qu'un Nord-coréen appréhendé comme espion avait reconnu son implication dans une mise en scène d'accident de la route le visant, en 2010 en Chine.

En 2012, l'hebdomadaire moscovite Argumenty i Fakty avait rapporté qu'il avait des difficultés financières après s'être vu couper les vivres par Pyongyang suite à ses critiques du mode de succession.

Selon cet hebdomadaire, il aurait été expulsé d'un hôtel de luxe à Macao avec des dettes de 15.000 dollars.

Portrait de Kim Jong-Nam, un "Petit Général" critique du régime nord-coréen

Kim Jong-Il en 2005., Image Globe
Kim Jong-Il en 2005. © Image Globe
Né de l'union de son père avec Sung Hae-rim, une actrice née en Corée du Sud et morte à Moscou, Kim Jong-Nam avait étudié en Suisse et en Russie, et parlait plusieurs langues, dont le japonais.

Présenté comme un passionné d'ordinateurs, il était après ses études rentré à Pyongyang, où il avait été propulsé à la tête de la stratégie de développement informatique du régime nord-coréen.

Mais avant même sa disgrâce, l'aîné joufflu des Kim était considéré par les services sud-coréens comme un poids plume de la politique nord-coréenne, n'ayant pas l'étoffe d'un dirigeant. "On le surnomme le Petit général seulement parce qu'il est le fils du Cher Général, le leader", disait-on à Séoul au début des années 2000.

C'est par une aventure rocambolesque et peu en phase avec les talents de son père pour les opérations secrètes qu'il se fait connaître en 2001.

Il est arrêté à l'aéroport de Tokyo muni d'un faux passeport dominicain avec deux femmes et un enfant. Il aurait alors déclaré aux autorités qu'il voulait visiter Tokyo Disneyland.

Après cette mésaventure, Kim Jong-Nam vit de fait en exil avec sa famille, à Macao, Singapour ou en Chine. Il se dit qu'il se rend souvent à Bangkok, à Moscou et en Europe.

Et c'est son demi-frère Jong-Un qui hérite du pouvoir à la mort de leur père en décembre 2011.

Jong-Un, juste 'un symbole'

Mais avant même cette succession, il affirme que le pouvoir ne l'intéresse pas et se dit en octobre 2010 "opposé à la transmission héréditaire à une troisième génération de la famille", dans un entretien en coréen à la chaîne japonaise Asahi TV.

Il enfonce le clou en janvier 2011 en affirmant à un journal japonais que son père était également opposé à cette transmission héréditaire, mais a désigné son cadet comme successeur "afin de stabiliser le pays"./Para

Para"Il n'y a pas eu de succession par hérédité même pour le président chinois Mao Tsé-toung", rappelle-t-il. "Cela ne correspond pas au socialisme et mon père était contre."

Kim Jong-Un , Reuters
Kim Jong-Un © Reuters
Un an plus tard, il émet des doutes sur les capacités de son jeune frère. "Je me demande comment un jeune héritier avec seulement deux années (de préparation à la succession) peut être capable d'assumer (...) le pouvoir absolu", dit-il dans un courriel au Tokyo Shimbun. "Il est probable que les élites actuellement au pouvoir vont succéder à mon père en exhibant son jeune successeur comme symbole."

Quelques jours plus tard, sort l'essai Mon père Kim Jong-Il et moi, écrit par des journalistes japonais sur la base d'échanges avec Kim Jong-Nam.

En 2012, des agents du Nord tentèrent d'assassiner Kim Jong-Nam, qui passait pour un défenseur des réformes au Nord, ont raconté mercredi à la presse des parlementaires sud-coréens après une réunion à huis clos avec le patron des renseignements sud-coréens (NIS) Lee Byung-Ho.

"Selon (Lee), il a été victime d'une tentative d'assassinat en 2012 et Jong-Nam a envoyé en avril 2012 une lettre à Jong-Un lui écrivant: "s'il te plaît épargne moi et ma famille"", a déclaré aux journalistes Kim Byung-Kee, membre de la commission des renseignements du Parlement.

"Il lui disait aussi: "Nous n'avons nulle part où aller, (...) nous savons que la seule issue est le suicide"", a-t-il ajouté en expliquant que Jong-Nam avait peu de soutiens en Corée du Nord et qu'il ne constituait pas une menace pour son demi-frère.

La famille du défunt -ses épouses actuelle et passée et ses trois enfants- vivent actuellement à Pékin et Macao, selon un autre membre de la commission, Lee Cheol-Woo. "Ils sont sous la protection des autorités chinoises", a-t-il dit, en ajoutant que Jong-Nam était entré en Malaisie le 6 février.

Difficultés financières

Ce dernier souligne que le régime nord-coréen est confronté à un dilemme insoluble: "Sans réforme, l'économie va s'effondrer. Mais des réformes conduiront à une crise et à la fin du régime."

En octobre 2012, le parquet sud-coréen avait indiqué qu'un Nord-coréen détenu comme espion avait reconnu son implication dans une mise en scène d'accident de la route en Chine en 2010 et visant Kim Jong-Nam.

La même année, l'hebdomadaire moscovite Argumenty i Fakty avait rapporté qu'il avait des difficultés financières après s'être vu couper les vivres par Pyongyang suite à ses critiques du mode de succession. Il aurait été expulsé d'un hôtel de luxe à Macao avec des dettes de 15.000 dollars.

Son fils né en 1995, Kim Han-Sol a étudié à Mostar (Bosnie) puis au campus du Havre (nord-ouest) de Sciences-Po Paris./ParaEn octobre 2012, dans un entretien en anglais accordé à Mostar à la télévision finlandaise Yle, ce jeune homme à l'oreille percée avait qualifié son oncle Kim Jong-Un de "dictateur" et soutenu que son "père n'était pas vraiment intéressé par la politique".

"Notre gouvernement est certain que l'homme assassiné est Kim Jong-Nam", a déclaré le porte-parole du ministère sud-coréen de l'Unification, Chung Joon-Hee, qui gère les affaires intercoréennes.Peu auparavant, le président sud-coréen par intérim, Hwang Kyo-Ahn, avait estimé que ce crime commis lundi démontrait "la brutalité et la nature inhumaine du régime" de Pyongyang. "S'il est confirmé, le meurtre de Kim Jong-Nam serait un exemple qui démontrerait la brutalité et la nature inhumaine du régime nord-coréen", a déclaré M. Hwang lors d'une réunion avec ses principaux conseillers à la sécurité, selon son porte-parole."Nous prenons cette affaire très au sérieux et nous gardons l'oeil sur le Nord", a déclaré le président par intérim lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité nationale (NSC). Il a souligné que son gouvernement coopérait étroitement avec les autorités malaisiennes pour tenter de faire la lumière sur ce mystérieux assassinat.Kim Jong-Nam a été empoisonné avec des aiguilles lundi à l'aéroport de Kuala Lumpur, par deux femmes non identifiées, a rapporté la télévision sud-coréenne Chosun, citant plusieurs sources gouvernementales, ajoutant que les deux femmes avaient ensuite hélé un taxi pour s'enfuir."Il a dit à l'accueil du hall des départs que quelqu'un l'avait attrapé par derrière par le visage et l'avait aspergé d'un liquide", a déclaré le chef de la police criminelle de l'Etat de Selangor, Fadzil Ahmat, selon le journal malaisien The Star."Il a demandé de l'aide et a immédiatement été envoyé à la clinique de l'aéroport. A ce moment-là, il disait souffrir de maux de tête et semblait sur le point de s'évanouir", a-t-il dit."A la clinique, il a été victime d'une crise cardiaque. Il a été placé dans une ambulance et était en route vers l'hôpital de Putrajaya quand son décès a été prononcé."La police malaisienne a annoncé qu'une autopsie serait pratiquée mercredi sur la dépouille de la victime, sans toutefois dire quand les résultats en seraient annoncés. Le fils aîné du dirigeant nord-coréen défunt Kim Jong-Il, âgé de 45 ans, a succombé sur le chemin de l'hôpital. Pressenti un temps comme héritier de la Corée du Nord, Kim Jong-Nam, partisan de réformes dans son pays et critique du mode de succession dynastique du pouvoir, vivait de facto en exil.Il s'agit du plus haut dignitaire assassiné sous le règne de Kim Jong-Un depuis l'exécution en décembre 2013 de l'oncle du jeune leader nord-coréen, Jang Song-Thaek, qui fut un temps le numéro deux officieux du régime.Soumis à une pression internationale croissante à propos des programmes nucléaire et balistique nord-coréen, Kim Jong-Un cherche à renforcer son pouvoir. Lundi, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné à l'unanimité --y compris la Chine, principale alliée de Pyongyang-- le tir de missile effectué dimanche par la Corée du Nord. Les annonces de purges, d'exécutions et de disparitions, --certaines confirmées, d'autres non-- sont fréquentes depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2011.DisneylandLes annonces de purges, d'exécutions et de disparitions --certaines étant confirmées, d'autres non-- sont fréquentes depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2011.Selon des médias sud-coréens, Kim Jong-Nam voyageait avec un faux passeport au nom de Kim Chol.Ancien patron du contre-espionnage de la police secrète du régime, entre autres postes stratégiques, il était tombé en disgrâce suite à une tentative manquée en 2001 d'entrer au Japon avec un passeport falsifié, pour soi-disant visiter Disneyland.Depuis, il a vécu principalement dans le territoire chinois de Macao.De l'avis de Cheong Seong-Jang, chercheur dans l'Institut Sejong, groupe de réflexion à Séoul, il est très peu probable que Kim Jong-Un ait vu en lui un possible rival."Mais si Kim Jong-Nam a commis un acte mettant en cause l'autorité de Kim Jong-Un, alors je pense qu'il est possible que le renseignement nord-coréen ait directement mené cet assassinat, sous les ordres de Kim Jong-Un, dans la mesure où il était chargé de le surveiller de près", a-t-il déclaré à l'AFP.Kim Jong-Nam avait déjà été pris pour cible. En octobre 2012, le parquet sud-coréen avait indiqué qu'un Nord-coréen appréhendé comme espion avait reconnu son implication dans une mise en scène d'accident de la route le visant, en 2010 en Chine.En 2012, l'hebdomadaire moscovite Argumenty i Fakty avait rapporté qu'il avait des difficultés financières après s'être vu couper les vivres par Pyongyang suite à ses critiques du mode de succession. Selon cet hebdomadaire, il aurait été expulsé d'un hôtel de luxe à Macao avec des dettes de 15.000 dollars.