Contestant les élections législatives de novembre, les militaires ont proclamé lundi l'état d'urgence pour un an, mettant brusquement fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

Ils ont arrêté Aung San Suu Kyi, 75 ans, et d'autres dirigeants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), juste avant la première session du parlement.

Ce putsch a été condamné par nombre d'Etats, Washington menaçant d'imposer des sanctions, et une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU aura lieu ce mardi.

Aucun signe de présence militaire significative n'était visible mardi matin à Rangoun, la capitale économique, preuve de la confiance des militaires dans leur emprise sur le pays 24 heures après leur putsch, d'après des observateurs.

Les connexions téléphoniques et l'accès à internet, très perturbés la veille, fonctionnaient à nouveau, les banques étaient rouvertes, mais l'aéroport international de Rangoun restait fermé.

Les marchés et les rues, généralement animés malgré la pandémie de coronavirus, étaient plus calmes qu'à l'ordinaire, même si quelques habitants se rendaient au parc pour leurs exercices matinaux, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les langues avaient du mal à se délier par peur de représailles dans un pays qui a vécu, depuis son indépendance en 1948, sous le joug de la dictature militaires pendant près de 50 ans.

"Les gens ont peur de critiquer ouvertement, même si nous n'aimons pas ce qu'il se passe", a relevé à l'AFP Maung Zaw, qui tient un petit étal de viande.

Aung Sann Suu Kyi "est entre les mains des militaires, nous ne pouvons pas faire grand-chose", a souligné un chauffeur de taxi, sous couvert d'anonymat.

- Suu Kyi assignée à domicile ? -

L'armée n'a divulgué aucune information sur le lieu de détention de l'ex-dirigeante, du président Win Myint et des autres responsables de la LND interpellés.

On nous a dit qu'"elle était assignée à résidence à son domicile de Naypyidaw", la capitale, a déclaré à l'AFP un député de son parti, sous couvert d'anonymat. "Mais nous sommes inquiets", ajoute ce parlementaire, lui-même assigné à résidence dans le bâtiment où résident les députés.

Pour justifier leur coup d'Etat, les militaires ont assuré que les législatives de novembre, remportées massivement par la LND, étaient entachées d'"énormes irrégularités", ce que la commission électorale dément.

Pressentant les événements, Aung San Suu Kyi avait préparé un message par anticipation, exhortant les Birmans à "ne pas accepter le coup d'Etat".

L'armée a promis d'organiser de nouvelles élections "libres et équitables", une fois que l'état d'urgence d'un an serait levé.

Mais les généraux restaient silencieux face aux vives condamnations venues de l'étranger.

Le président américain Joe Biden a appelé la communauté internationale à "parler d'une seule voix pour exiger de l'armée birmane qu'elle rende immédiatement le pouvoir", l'ONU et l'Union européenne condamnant unanimement le coup d'Etat.

A l'inverse, Pékin a refusé de critiquer qui que ce soit, appelant simplement toutes les parties à "résoudre les différends".

Le parti d'Aung San Suu Kyi appelle à sa "libération" immédiate

Le parti d'Aung San Suu Kyi a appelé mardi à la "libération" immédiate de l'ex-dirigeante et des autres responsables du mouvement, arrêtés lundi lors d'un coup d'Etat de l'armée en Birmanie.

"Libérez tous les détenus, y compris le président (Win Myint) et le conseiller d'Etat (Suu Kyi)", a écrit la Ligue nationale pour la démocratie sur sa page Facebook. Ce putsch est "une tache dans l'histoire de l'Etat et de Tatmadaw", l'armée birmane. Aung San Suu Kyi serait assignée à résidence à son domicile de la capitale Naypyidaw, d'après un député de sa formation.

- Paria à l'international -

Le chef de l'armée Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l'essentiel des pouvoirs, est un paria pour les capitales occidentales du fait de la répression sanglante menée par les militaires contre la minorité musulmane rohingya, un drame qui vaut à la Birmanie d'être accusé de "génocide" devant la Cour internationale de Justice (CIJ), la plus haute juridiction de l'ONU.

Aung San Suu Kyi, très critiquée à l'international pour sa passivité dans cette crise qui a conduit des centaines de milliers de Rohingyas à se réfugier au Bangladesh, reste toutefois adulée dans son pays.

Longtemps exilée, "Mother Suu" est rentrée en Birmanie en 1988, devenant la figure de l'opposition face à la dictature militaire. Elle a passé 15 ans en résidence surveillée avant d'être libérée par l'armée en 2010.

En 2015, la LND avait obtenu une large majorité et l'ex-dissidente avait été contrainte à un délicat partage du pouvoir avec l'armée encore très puissante.

Malgré la crise des Rohingyas, l'Occident "doit respecter" le résultat des législatives de novembre qu'elle a remportées haut la main, estime Derek Mitchell, ex-ambassadeur des USA en Birmanie. "Ce n'est pas la personne, c'est le processus" démocratique qui est en jeu.

Contestant les élections législatives de novembre, les militaires ont proclamé lundi l'état d'urgence pour un an, mettant brusquement fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.Ils ont arrêté Aung San Suu Kyi, 75 ans, et d'autres dirigeants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), juste avant la première session du parlement.Ce putsch a été condamné par nombre d'Etats, Washington menaçant d'imposer des sanctions, et une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU aura lieu ce mardi. Aucun signe de présence militaire significative n'était visible mardi matin à Rangoun, la capitale économique, preuve de la confiance des militaires dans leur emprise sur le pays 24 heures après leur putsch, d'après des observateurs.Les connexions téléphoniques et l'accès à internet, très perturbés la veille, fonctionnaient à nouveau, les banques étaient rouvertes, mais l'aéroport international de Rangoun restait fermé.Les marchés et les rues, généralement animés malgré la pandémie de coronavirus, étaient plus calmes qu'à l'ordinaire, même si quelques habitants se rendaient au parc pour leurs exercices matinaux, ont constaté des journalistes de l'AFP. Les langues avaient du mal à se délier par peur de représailles dans un pays qui a vécu, depuis son indépendance en 1948, sous le joug de la dictature militaires pendant près de 50 ans."Les gens ont peur de critiquer ouvertement, même si nous n'aimons pas ce qu'il se passe", a relevé à l'AFP Maung Zaw, qui tient un petit étal de viande.Aung Sann Suu Kyi "est entre les mains des militaires, nous ne pouvons pas faire grand-chose", a souligné un chauffeur de taxi, sous couvert d'anonymat.- Suu Kyi assignée à domicile ? -L'armée n'a divulgué aucune information sur le lieu de détention de l'ex-dirigeante, du président Win Myint et des autres responsables de la LND interpellés.On nous a dit qu'"elle était assignée à résidence à son domicile de Naypyidaw", la capitale, a déclaré à l'AFP un député de son parti, sous couvert d'anonymat. "Mais nous sommes inquiets", ajoute ce parlementaire, lui-même assigné à résidence dans le bâtiment où résident les députés. Pour justifier leur coup d'Etat, les militaires ont assuré que les législatives de novembre, remportées massivement par la LND, étaient entachées d'"énormes irrégularités", ce que la commission électorale dément.Pressentant les événements, Aung San Suu Kyi avait préparé un message par anticipation, exhortant les Birmans à "ne pas accepter le coup d'Etat".L'armée a promis d'organiser de nouvelles élections "libres et équitables", une fois que l'état d'urgence d'un an serait levé.Mais les généraux restaient silencieux face aux vives condamnations venues de l'étranger. Le président américain Joe Biden a appelé la communauté internationale à "parler d'une seule voix pour exiger de l'armée birmane qu'elle rende immédiatement le pouvoir", l'ONU et l'Union européenne condamnant unanimement le coup d'Etat.A l'inverse, Pékin a refusé de critiquer qui que ce soit, appelant simplement toutes les parties à "résoudre les différends".- Paria à l'international -Le chef de l'armée Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l'essentiel des pouvoirs, est un paria pour les capitales occidentales du fait de la répression sanglante menée par les militaires contre la minorité musulmane rohingya, un drame qui vaut à la Birmanie d'être accusé de "génocide" devant la Cour internationale de Justice (CIJ), la plus haute juridiction de l'ONU.Aung San Suu Kyi, très critiquée à l'international pour sa passivité dans cette crise qui a conduit des centaines de milliers de Rohingyas à se réfugier au Bangladesh, reste toutefois adulée dans son pays.Longtemps exilée, "Mother Suu" est rentrée en Birmanie en 1988, devenant la figure de l'opposition face à la dictature militaire. Elle a passé 15 ans en résidence surveillée avant d'être libérée par l'armée en 2010.En 2015, la LND avait obtenu une large majorité et l'ex-dissidente avait été contrainte à un délicat partage du pouvoir avec l'armée encore très puissante.Malgré la crise des Rohingyas, l'Occident "doit respecter" le résultat des législatives de novembre qu'elle a remportées haut la main, estime Derek Mitchell, ex-ambassadeur des USA en Birmanie. "Ce n'est pas la personne, c'est le processus" démocratique qui est en jeu.